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#Anti2010 : comment savoir si son enfant est harcelé à l’école ?

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Marie de Ménibus - Publié le 19/05/17 - Mis à jour le 17/09/21

Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Education nationale, s'est inquiété, ce jeudi 16 septembre, d'un mouvement né sur les réseaux sociaux et tagué #Anti2010, consistant à dénigrer les élèves nés en 2010, qui ont donc fait leur entrée en 6ème cette année. Nicole Catheline, pédopsychiatre, donne des éléments afin de repérer une situation d'harcèlement.

Quand des différents à propos du jeu vidéo Fortnite provoquent des insultes relayées par TikTok, Twitter ou Instagram à l’égard des élèves nés en 2010, cela provoque une forme de bizutage 2.0 qui est loin d’être anodine. Si les syndicats (des parents d’élèves et des enseignants) n’ont pour l’heure pas fait état de situations graves, le fameux hashtag semble néanmoins être connu des collégiens. Pour Nicole Catheline, pédopsychiatre spécialiste des adolescents en difficulté, le harcèlement scolaire peut entraîner des répercussions dramatiques sur la santé mentale de celui qui en est victime. Elle analyse cette problématique dans son livre Le Harcèlement scolaire (PUF, 2015) et fournit des clés pour repérer et sortir de telles situations.

Aleteia : Quels sont les signes avant-coureurs d’un harcèlement ?
Nicole Catheline : Il n’existe pas de signes spécifiques mais un changement de comportement qui n’est pas propre au harcèlement : irritabilité, hypersensibilité, fatigue, problèmes alimentaires, de sommeil, addiction aux jeux vidéos, lenteur le matin pour éviter d’aller à l’école ou rater le bus. Malheureusement, les adultes mettent ce changement trop rapidement sur le compte de l’adolescence.

Peut-on parler d’un profil d’harcelé ?
Il ne faut pas attaquer ce problème par ce biais-là. Cela signifierait que c’est la faute des harcelés. Des faibles qu’il faudrait envoyer chez des psys pour qu’ils deviennent plus forts, et les harceleurs, des méchants qu’il faudrait envoyer chez des éducateurs. Le harcelé peut être le plus timide ou, au contraire, l’extraverti.

Surtout ne pas lui dire : « on ne t’embête pas à l’école, hein ? »

Le harcèlement résulte d’un échec de la dynamique de groupe. A l’adolescence, le groupe est important dans la construction de la personnalité. Il protège, renvoie une image positive à celui qui en fait partie. Pour qu’il fonctionne, il a besoin de rassembler le plus possible. Tout enfant porteur d’une différence – par ses vêtements, ses centres d’intérêt ou d’autres aspects – peut être un harcelé potentiel car il représente une menace pour l’identité du groupe. C’est à l’établissement d’intervenir. Il ne doit pas laisser la loi du plus fort s’installer.

Pourquoi l’enfant harcelé ne se confie pas à ses parents ?
L’enfant est en pleine construction, il veut une image positive de lui-même et donc va essayer de trouver seul la solution. Ce peut-être aussi la peur des représailles si les parents alertent le collège, le poids de la honte ou la crainte de rajouter des soucis dans une famille où il y en a déjà assez. Mais au bout d’un moment, l’enfant s’épuise et se confie. Il le fait en général entre quatre et six mois. Parfois, jamais.

Comment faire parler notre enfant sans le brusquer ?
Il faut être le plus neutre possible : « le harcèlement peut t’arriver et si c’est le cas, on fera tout ce qu’il faut pour que ça s’arrête ». Surtout ne pas lui dire : « on ne t’embête pas à l’école, hein ? » Ce qui traduirait notre anxiété et n’encouragerait pas l’enfant à se confier.

Comment faire pour que son harcèlement cesse ?
Il ne faut pas chercher à régler seul la chose, encore moins voir le harceleur ou les parents car la situation pourrait s’empirer ! La première chose à faire, c’est mettre au courant les professeurs, le CPE et le directeur d’établissement qui vont réunir les deux enfants et mettre du sens sur ce qui se joue : aider le harceleur à comprendre ses motivations et, du coup, permettre au harcelé de savoir ce qu’on lui reproche. Ensuite, il est important d’être dans la co-construction – « quelle solution peut on trouver ensemble ? »– et non dans l’accusation. Si l’établissement ne veut rien savoir ? Il faut alors contacter le monsieur ou madame harcèlement de l’académie de son enfant. Une mesure mise en place depuis quatre ans.

N’y a-t-il pas quand même un meneur ?
Ce peut être n’importe qui, pas forcément un meneur. Le caractère grégaire de certains comportements sommeille en nous tous. C’est pour cela qu’il convient avant tout de travailler sur le groupe des pairs, les faire réfléchir, les encourager à user de leur droit de retrait au lieu de suivre de façon moutonnière pour continuer à faire partie du groupe et surtout à savoir venir en aide à la victime.

Faut-il pousser son enfant à rendre les coups ? Porter plainte ? Changer d’école ?
Il faut décoder l’intention du harceleur ; la plupart du temps, elle signifie « on ne veut pas de toi’ » et répondre par des coups ne servira à rien. Utiliser la justice n’apportera pas non plus la réponse attendue, hormis dans des situations authentiquement perverses. Changer d’établissement ne résoudra pas forcément le problème car l’enfant aura développé un langage de peur (retrait, yeux baissés…) qui pourra attirer un autre harceleur. Ces trois mesures se discutent au cas par cas.

Comment l’aider à reprendre confiance en lui ?
En lui donnant des activités valorisantes, un lieu de parole, en l’aidant à retrouver confiance dans le groupe. Ce peut être intégrer un groupe sportif ou culturel. C’est comme une chute de cheval, il faut tout de suite l’encourager à réintégrer le « vivre ensemble ».

Tags:
ecoleharcèlement
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