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Entretien avec le réalisateur François Lespes : « Quitter le fracas du monde »

FRANÇOIS LESPES

Benjamin Fayet - publié le 18/05/17

Journaliste et réalisateur, François Lespes poursuit depuis plus de dix ans une œuvre autour de la foi et du catholicisme. Il est l’auteur d’un documentaire remarqué sur les moines orthodoxes de Valaam et de "La cuisine des monastères," une série culinaire pour KTO qui nous amène dans l’intimité de communautés monastiques.

Aleteia : Votre travail vous a amené au sein de nombreuses communautés monastiques aussi variées que celle des moines orthodoxes de l’île de Valaam à celle de l’abbaye de Notre-Dame de Fontgombault dans l’Indre. Ce choix de travailler avec des moines ou des moniales est-il volontaire ? Qu’est-ce qui vous attire dans ces expériences hors du monde ?
François Lespes : C’est peut-être cela justement, quitter un moment le fracas du monde, pour goûter la paix qui habite ces lieux et dont j’ai tant besoin. La vie de ces moines m’intéresse pour différentes raisons. D’abord car elle répond à une question qui me taraude depuis toujours : peut-on vivre radicalement différemment, aujourd’hui, de ce que la société de consommation propose ? Une autre vie est-elle possible ? Qu’est-ce qui comble une vie au quotidien ? De quoi a-t-on vraiment besoin pour vivre une vie riche ? Ces moines et moniales qui ont renoncé à presque tout, y compris à une forme d’indépendance par le vœu d’obéissance, témoignent qu’ils ont accédé à une forme de liberté qui semble les combler. Ils vivent aussi en contact concret avec la nature, une vie plus incarnée, faite de simplicité, de travail manuel, rythmée par les saisons et le temps liturgique. Une vie peu excitante et pourtant intense et pleine. Et puis, bien sûr, il y a cette mystérieuse histoire d’Amour que chacun a noué avec Dieu, et qu’ils évoquent difficilement, avec pudeur. Un Amour si fort et profond qu’ils ont choisi de Lui consacrer leur vie, envers et contre tout. Enfin, ce monde des monastères est visuellement très riche, avec ses codes, ses rituels, ses sons, bref, fascinant à filmer !

Votre documentaire Valaam : L’archipel des moines vous a amené au cœur de l’orthodoxie russe. En plus d’un film saisissant de beauté, qu’avez-vous retiré en tant que catholique de ce contact avec ces moines orthodoxes ?
D’abord beaucoup d’étonnement. Je savais que le contact serait difficile, j’avais mis deux ans à obtenir l’autorisation de m’y rendre. Mais j’espérais que l’opportunité de témoigner de ce qu’ils vivent et la fierté de montrer la beauté de leur liturgie, l’emporteraient. Eh bien pas du tout ! Ils n’en avaient que faire de témoigner, ils voulaient juste vivre leur expérience monastique paisiblement, loin des caméras, qui plus est étrangères et catholiques. Donc je me suis heurté à une forme de rudesse et de froideur que je n’imaginais pas chez des moines. Le plan de tournage que j’avais péniblement élaboré à distance avant de venir s’effritait chaque jour un peu plus, et j’ai vite compris que je ne pourrai pas ramener le film que j’avais imaginé. Après avoir douloureusement accepté cela, j’ai décidé de vivre l’instant présent, et de faire de mon mieux pour le saisir. Là les portes se sont ouvertes, les visages éclairés, et j’ai fait de magnifiques rencontres, qui ont abouti à ce film. En particulier les retrouvailles avec un moine français, le père Séraphin, que j’avais rencontré vingt ans avant, et qui était la raison de ma venue à Valaam et du désir de faire ce film. Donc je dirais que j’ai appris un plus grand abandon à la providence, la certitude de n’être qu’un ouvrier inutile, qui essaie péniblement de ne pas faire obstacle à la grâce.


La bande annonce de Valaam : L’archipel des moines :


Vous réalisez pour KTO une série documentaire sur la cuisine des monastères. Des membres de communautés monastiques y présentent des recettes. Comment vous est venue cette idée originale ?
De mes origines du sud-ouest, j’ai hérité le goût de faire « bonne chère » et de cuisiner. J’ai donc pas mal regardé les émissions culinaires qui fleurissent à la télévision depuis quelques années, avec l’intérêt croissant pour les recettes anciennes, une nourriture saine qui respecte la nature et les saisons. Et je me suis dit que dans tous ces domaines, le christianisme avait des choses à dire. Nous sommes la religion de l’Incarnation, les scènes de repas sont nombreuses dans les Évangiles, à Cana, chez Zachée ou Lévi, lors de la Pâque. Le début et le sommet de la mission du Christ se déroulent autour d’une table bien garnie ; là se déroulent les plus belles rencontres avec Dieu et avec les frères. J’ai donc proposé l’idée d’émission à KTO, et nous avons lancé une première saison, qui, au vu des réactions très positives, aura certainement une suite.

Au-delà de ces recettes, souhaitez-vous montrer que ces communautés ont un message à faire passer à notre société sur la sobriété, le refus du gaspillage ou la permaculture ?
Oui, d’ailleurs les moines citent aussi souvent l’encyclique Laudato Si’ que la règle de saint Benoît, pour expliquer leurs choix. Bien sûr, faute de bras, beaucoup de monastères font appel à des sociétés de restauration. Mais les recettes des moines de Fontgombault et de Bayeux, où nous avons tourné les émissions cette année, consomment les produits de saison, trouvent toujours une manière d’accommoder le vieux pain pour éviter de jeter, de même qu’ils adaptent les recettes au temps liturgique. Les cuisiniers des monastères proposent des repas simples, mais aussi savoureux et toujours bien présentés. Les moines témoignent aussi de l’importance du temps du repas dans la vie d’un monastère, un moment fraternel central, même s’il se passe en silence. Peut-être ont-ils des choses à rappeler aux familles, qui négligent parfois ce moment si important de la vie familiale ?


La première saison de « La cuisine des monastères » :


Quels sont vos nouveaux projets en préparation ?
Déjà, continuer « La cuisine des monastères » avec KTO, un beau projet qui j’espère durera longtemps.

En ce qui concerne les documentaires, j’aimerais bien continuer à faire connaître des (peu-être) futurs saints, comme je l’ai fait avec mes deux derniers films (sur Jérôme Lejeune et sur le couple Cyprien et Daphrose Rugamba, dont les procès en béatification sont en cours). Je lis, je réfléchis à plusieurs autres projets, mais aucun n’est mûr. Et puis je travaille aussi au service d’associations, d’entreprises et de communautés pour leurs besoins en vidéos. Elles peuvent me contacter sur mon site.

Propos recueillis par Benjamin Fayet. 


Pour voir et acheter les documentaires de François Lespes, c’est par ici

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