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Reportage à Smakieh, dernier village 100 % chrétien de Jordanie

© Claire Guillaumet
Smakieh, en août 2016.
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Au cœur d’une zone géopolitique sous haute tension, la Jordanie fait figure d’exception. Les chrétiens peuvent encore y vivre en paix, sinon dans l’insouciance. La présence des réfugiés rappelle cependant en permanence la menace qui plane.

À Smakieh, la communauté semble vivre en dehors de toute menace extérieure. C’est en toute liberté que chacun peut afficher son adhésion au christianisme, laquelle se manifeste par des croix sur les maisons ou autour du cou, des images de piété en guise de décoration intérieure, etc. Les quelques 2 000 habitants se répartissent en deux grandes familles : les Hijazine, de rite latin, et les Akasheh, de rite melkite. Ces deux paroisses forment le cœur de la vie sociale et spirituelle.

Si les chrétiens de Smakieh frappent par leur esprit communautaire et fraternel, leur isolement aux abords du désert ainsi qu’un certain repli sur eux-mêmes suscitent également l’interrogation. Un premier coup d’œil sur l’économie du village permet de comprendre que la situation ne favorise pas un fort dynamisme. Le travail se trouve en dehors du village, pour les actifs, et les familles vivent décemment. Mais en attendant, leur production d’huile d’olives prometteuse (estimée en moyenne à 130 litres par an et par famille) et, plus largement, leur potentiel agricole restent peu valorisés.

Au lieu de l’impliquer, cette crise de développement conduit la nouvelle génération à un exode rural. Les métropoles et l’ouverture internationale présentent un attrait fort pour ces jeunes ultra-connectés. Et de fait, leur principal moyen de communication avec le reste du monde est Facebook, dont ils font un usage aussi vital qu’exagéré, y multipliant les messages témoignant de leur foi et de leur culture singulières.

À la rencontre des chrétiens réfugiés

La revendication religieuse est très forte aussi chez les réfugiés présents dans la région. Leur situation est plus complexe, et la tension, plus palpable. D’autant plus que leur statut ne leur permet pas de travailler.

Chez la plupart des Irakiens réfugiés, le traumatisme de « la nuit du 6 août 2014 » hante les esprits. Les témoignages se ressemblent souvent d’une famille à l’autre : les menaces puis l’arrivée de Daesh, sous les bombes ; la fuite de Qaraqosh ou des environs de Mossoul durant cette fameuse nuit ; les camps de réfugiés à Erbil où ils bénéficient de l’aide de l’Église, parfois dans une grande précarité (autant de familles dans un appartement que de pièces disponibles). À Amman, la capitale jordanienne, ils échouent dans les quartiers pauvres d’Hashemi ou de Marka, où ils ne parviennent à retrouver un sentiment de sécurité. En arrivant, ils se montrent incapables de sortir dans la rue, par peur des trahisons et des pillages, tels qu’ils ont eu lieu chez eux en Irak, suite à leur départ. Leur méfiance se tourne en une aversion généralisée contre les musulmans.

L’aide de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) et des organismes caritatifs est essentielle pour permettre aux réfugiés de survivre matériellement et de recréer une vie sociale. L’esprit communautaire finit souvent par reprendre le dessus, assurant aux familles des conditions plus humaines et plus dignes, avant l’obtention des visas demandés ou le retour dans leur pays. En attendant ils témoignent d’une foi vive, que les dramatiques événements ont renforcée. Persécutés et chassés, ils reviennent aux sources de leur attachement au Christ, dans un abandon total à Dieu.

Témoignages recueillis à Smakieh et Amman en août 2016.

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