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Ghislain Lafont : « Le message de Fatima est la priorité de ma vie »

Charlotte d'Ornellas - Publié le 13/05/17

Catholique pratiquant et convaincu, pèlerin de Fatima, Ghislain Lafont, ancien président du conseil de surveillance de Bayard Presse, sera candidat à la députation dans le 16ème arrondissement de Paris, sous l’étiquette du mouvement « 577, les indépendants » initié par Jean-Christophe Fromantin. Il revient sur sa notion de l’engagement, ses motivations et la place occupée par le message de la Sainte Vierge dans cette nouvelle aventure.

Aleteia : Nous fêtons ce samedi 13 mai le centième anniversaire des apparitions de Fatima. Vous y êtes allé plusieurs fois. Quelle est l’importance de ce message dans votre vie et dans vos engagements ?
Ghislain Lafont : Cela compte énormément et c’est même la priorité de ma vie. La foi est une force intérieure qui me permet de me tenir debout. Quant à Fatima, c’est tout simplement un message inouï. Cent ans après jour pour jour, la situation semble pourtant similaires avec tant de tristes évènements…
Il faut se rappeler qu’en 1917, il y avait la guerre, beaucoup de haine, de violences et notre époque n’est pas tellement plus reluisante : il y a en 2017 beaucoup de violences, beaucoup de règlements de comptes, de combats et de haine. Le message de Marie est un message de paix et de réconciliation dont la France a particulièrement besoin.

Une autre chose me touche particulièrement dans le message de Fatima, c’est la demande de Marie aux petits bergers de prier pour les « pauvres pécheurs ». En retournant récemment à Fatima, j’ai compris l’importance de cette supplique. Prier pour les pécheurs, c’est vouloir leur bien, et espérer la paix. Quelle plus belle prière et vocation pour un homme politique ?

Pensez-vous que le voyage du pape à Fatima puisse apporter de la sérénité à cette Europe si inquiète ?
Bien sûr. Et le message de Fatima est à la fois lucide et plein d’espérance. Il est complètement pour notre temps. Le Pape y va avec une dévotion mariale aussi affirmée que ses prédécesseurs. Mais il y va sans doute aussi pour rappeler à chacun que le seul Roi du monde est le Seigneur et non les dirigeants qui se succèdent à la tête de nos pays. Il va nous inciter à nous tourner vers Lui.

La France est éprouvée à plusieurs égards, mais elle connaît surtout une grave crise spirituelle. Il y a une sorte d’apostasie de la France aujourd’hui, qui est grave. Le cardinal Sarah nous rappelle souvent que nous n’y arriverons pas en laissant ainsi Dieu de côté, c’est un message que j’entends avec une force toute particulière.

Quelque chose m’a beaucoup choqué, pour prendre un exemple concret : l’annonce de la passation des pouvoirs à Emmanuel Macron dimanche matin à 10 heures. Je sais que les Français ne vont plus à la messe, que le pratique religieuse est en baisse, mais je trouve malgré tout que c’est un drôle de signal qui est envoyé. Dans l’inconscient collectif de la France, qui est quand même une terre chrétienne, cette annonce est significative et peut être inquiétante : que va devenir le dimanche ?


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Mais autre chose me console à l’inverse, et j’y vois un signal très positif, c’est la présence à Fatima, presqu’au même moment, du pape François ! Emmanuel Macron deviendra président quelques heures après que le Pape aura pronconcé la messe aux pieds de la Sainte Vierge, c’est une bonne nouvelle !

Vous êtes jeune retraité et vous vous briguez un mandat électif pour la première fois… Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer ?
Cela fait maintenant 40 ans que je veux m’engager en politique mais j’ai une famille assez nombreuse et occupé des fonctions qui ne me permettaient pas de le faire. J’ai donc déposé un bulletin dans l’urne comme le font tous les Français, chaque fois que l’on me demandait à qui je souhaitais déléguer ce que j’aurais aimé faire moi-même pour le pays.

Mais quarante ans plus tard, ce pour quoi j’ai toujours voté n’a pas été fait. Alors mes enfants élevés et mon devoir d’état accompli, j’avais deux attitudes possibles : partir en retraite et profiter de la vie (impensable pour moi), ou profiter du temps libre qu’offrait cette retraite pour m’engager complètement. La politique est devenue un vrai métier, faire une campagne occupe 100% du temps, c’est un fait. Nous ne sommes plus du tout dans une logique de mission ou de service que l’on accomplirait en rentrant du travail : il faut n’avoir que ça à faire.

Alors maintenant que j’ai du temps libre, j’ai pris la décision de m’occuper moi-même – sans prétention absurde – de mettre en œuvre ce en quoi j’ai cru pendant quarante ans. Parce que le constat est attristant : je suis un homme qui se situe à droite, mais quand je constate les abandons successifs des partis de droite qui posent pourtant les bons diagnostics sur les problèmes auxquels nous devons faire face… Je me sens obligé à l’engagement. Rien n’a été fait en profondeur pour des raisons politiciennes mais surtout pour des questions de réélection. Les carrières politiques se construisent au détriment du bien commun et de l’intérêt général.

J’aurais pu continuer à m’en indigner, j’ai décidé de m’engager et de mettre mes compétences – notamment celles de chef d’entreprise – au service de la France et des Français. Il y a indéniablement un essoufflement de la vie politique, tous les « anciens » ont été mis dehors et c’est l’occasion de reprendre les choses en main pour refaire de la politique un service.

Vous l’avez évoqué, on sent un pays essoufflé, une vie politique chamboulée… Quel est selon vous le souffle qui manque aujourd’hui à la France ?
Pour moi il y a deux choses. Il y a d’abord l’axe de ce que j’appellerais le temps court, c’est-à-dire un certain nombre de décisions urgentes dont on sait très bien qu’il faut les prendre notamment sur la question de l’emploi. Même ces mesures urgentes n’ont souvent pas été appliquées par peur de l’affrontement. Les hommes politiques devraient réaliser qu’au bout du compte, à force de renoncements, ils ne sont pas réélus.

Ensuite, je pense que le manque majeur est une vision pour notre pays. Le monde avance désormais à une vitesse vertigineuse et l’homme politique pense à J+1 mois, pas plus. Mon expérience de chef d’entreprise m’a appris qu’il fallait une vision courte pour diriger correctement bien sûr, mais également une vision longue pour apprendre, prévoir et transmettre aux générations suivantes. C’est absolument indispensable pour la pérennité de l’entreprise et c’est la même chose pour un pays. Il faut accepter de prendre des décisions parfois difficiles dont on ne voit pas le fruit de son vivant mais qui sont transmises aux générations suivantes.

Le drame de notre pays est d’avoir été dirigé sur le temps court uniquement. La préparation sur les grands plans de l’éducation, de la justice, de la sécurité, de la défense nationale a été laissée de côté. Il nous faut absolument retrouver des hommes politiques qui acceptent d’agir sans que les résultats soient immédiat. L’herbe qui pousse ne se voit pas, et pourtant, elle pousse.

Le pays est entrain de mourir à force d’être géré à coup de communications et de décisions prises à la hâte.
C’est le problème des politiciens professionnels. Je suis atterré de voir des députés se présenter pour la troisième ou quatrième fois dans la situation actuelle. En réalité, c’est aussi la peur du vide qui anime certains d’entre eux, et qui hante notre société moderne.

Je n’ai, pour ma part, aucun enjeu personnel et je conçois la politique comme un service. Je crois que nous avons perdu le sens du politique.

D’où vient la force qui vous pousse à vous engager plutôt qu’à profiter de votre retraite bien méritée ?
Le sentiment d’avoir beaucoup reçu d’abord. Étant donné l’état du pays, il m’est impossible de rester indifférent ou en retrait. J’aime beaucoup cette parole de JF Kennedy lors de son discours d’investiture qui disait : « Demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays plutôt que ce que le pays peut faire pour vous ». J’ai beaucoup travaillé dans ma vie, beaucoup de réussites et beaucoup d’échecs et il est temps pour moi de restituer par une forme de don gratuit tout ce que j’ai reçu et accompli.

Ensuite, pour être très honnête, l’engagement politique aujourd’hui me paraît non-négociable. Nous avons eu sept enfants et huit petits enfants, ma mission ne peut s’arrêter là. Je ne me sentirais peut-être pas coupable mais vraiment mal à l’aise de ne pas tout faire pour leur léguer un pays pour lequel j’aurais fait le maximum.

Je ne prétends pas avoir toutes les solutions et sauver le pays demain, mais je pense que si nous nous levons tous en même temps, conscients de la nécessité de l’engagement, nous pouvons faire de grandes choses.

Qu’est-ce que votre foi peut apporter de plus à cet engagement ?
Je pense vraiment que les gens vous jugent par rapport à ce que vous rayonnez. Je me sens à la fois fort, faible et fragile mais le fait de dire que je suis chrétien et d’essayer de l’être le meilleur possible est sans doute ce qui me tient le plus à cœur.

Il est important aussi que nous sachions être un témoignage de sérénité dans les difficultés, que les personnes qui nous regardent se demandent d’où vient notre force. Je suis particulièrement touché lorsque j’entends certaines personnes me dire « comme j’aimerais avoir la foi », cela nous oblige forcément, alors que rien n’est simple et pour personne. Mais la foi est un bâton dans la vie, une force indéniable et nous devons être à la hauteur.

La foi est une sorte de supplément d’âme qui permet de tenir dans les difficultés mais surtout de tenir dans le temps, pour en revenir à la question du temps long. Je prie beaucoup en préparant et en faisant cette campagne, pour rester sincère, honnête et libre.

Propos recueillis par Charlotte d’Ornellas.

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Fatima
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