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Le mystère du troisième secret de Fatima

© Georges Perret-CC
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En 1917, la Vierge Marie a confié trois secrets aux pastoureaux de Fatima. Mais le troisième, révélé par Sœur Lucie, est celui qui a fait le plus couler d’encre...

C’était il y a cent ans, mais cela pourrait être hier, tant les fameux secrets confiés par la Sainte Vierge à Lucie, François et Jacinthe à Fatima ont marqué le XXe siècle et suscitent encore aujourd’hui un intérêt considérable. Il suffit de voir l’intense production littéraire de ces dernières semaines, à l’occasion du centenaire des apparitions.

C’est dire aussi le poids qui a reposé sur les frêles épaules de ces trois jeunes enfants, des bergers d’un village perdu du Portugal, pauvres et sans instruction.

Au cours des six apparitions, du 13 mai au 13 octobre 1917, la Vierge Marie leur confie trois secrets, avec la permission de révéler les deux premiers : une vision de l’enfer, ainsi qu’une demande de consécration de la Russie à son Cœur immaculé.

Pour le troisième en revanche, la Bienheureuse Vierge Marie leur défend de le révéler. C’est seulement en 1944 que Sœur Lucie dos Santos, seule survivante des trois voyants, met par écrit ce secret, et l’enferme dans une enveloppe qui ne peut être ouverte que par le successeur de Pierre. Le courrier est ainsi transmis au Vatican, et dès lors, l’histoire s’emballe.

Sans pour autant révéler ce secret, les papes seront marqués par le message de la Vierge à Fatima. En 1950, Pie XII voit le soleil danser – comme la foule à Fatima en octobre 1917. En 1967, Paul VI se rend en pèlerinage dans la cité mariale pour le cinquantenaire des apparitions et appelle à l’unité de l’Église deux ans après la fin du Concile. Jean Paul II, lui, s’y rend trois fois après l’attentat qui le vise le 13 mai 181 : en 1982, 1991 et 2000.

Pour mettre fin aux polémiques, le même Jean Paul II – après avoir demandé à Sœur Lucie – décide en l’an 2000 de lever le voile sur ce fameux troisième secret. Il charge de cette délicate mission un homme de confiance, et théologien reconnu : le cardinal Josef Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

« Ce n’est pas un film sur l’avenir »

Après 83 ans d’attente, le public apprend qu’il s’agit d’une vision représentant la persécution contre l’Église et l’assassinat de son chef, le pape. D’emblée, le cardinal Ratzinger met en garde : « Ceux qui attendaient des révélations apocalyptiques excitantes sur la fin du monde et sur le cours futur de l’histoire seront déçus ». « Ce n’est pas un film sur l’avenir », tempère encore le cardinal Ratzinger. À cette époque, l’interprétation dominante au Vatican considère que le troisième secret se réfère à l’attentat du 13 mai 1981 contre Jean Paul II, qui avait alors frôlé la mort. Tout en finesse, le futur pape Benoît XVI écrit que « la vision parle plutôt de dangers et de la voie pour en être sauvegardés ».

« Le sang des martyrs jaillit des bras de la croix »

Le haut prélat note également que la conclusion du secret est une vision « consolante », car on y découvre qu’une histoire de sang et de larmes, celle des hommes, peut être traversée par la puissance de guérison de Dieu. « Des anges recueillent sous les bras de la croix le sang des martyrs, souligne encore Ratzinger, avec sa profondeur habituelle : ces martyrs « irriguent ainsi les âmes qui s’approchent de Dieu. Le sang du Christ et le sang des martyrs doivent être considérés ensemble : le sang des martyrs jaillit des bras de la croix ». Voilà sans doute une des clefs du message, bien en accord avec toute la tradition chrétienne : le martyre de l’Église et de ses membres est fécond. Mais l’histoire continue, et elle bégaie parfois…

En 2005, le cardinal Ratzinger est élu pape et prend le nom de Benoît XVI. Le 13 mai 2010, il prend à son tour la route de Fatima, et affirme fermement : « Celui qui penserait que la mission prophétique de Fatima est achevée se tromperait ». Et d’expliquer : « L’homme a pu déclencher un cycle de mort et de terreur, mais il ne réussit pas à l’interrompre… » Et de poursuivre : « Dans l’Écriture Sainte, il apparaît fréquemment que Dieu est à la recherche des justes pour sauver la cité des hommes et il en est de même ici, à Fatima ». En somme, le message de Fatima serait une actualisation du dialogue d’Abraham avec Dieu, demandant que Sodome soit épargnée…

Un peu plus tard, Benoît XVI s’expliquera sur ce qui peut être vu comme un revirement de sa position. Dans le livre d’entretiens avec Peter Seewald, Lumière du monde (2010), le pape allemand explique qu’il faut distinguer d’un côté les événements déterminés représentés dans les visions de Fatima, et de l’autre leur message. Ainsi, les visions faisaient allusion pour lui à un instant critique dans l’histoire : quand « tout le pouvoir du mal (…) s’est cristallisé, au cours de ce XXe siècle, dans les grandes dictatures [le nazisme et le communisme, ndlr], et (…) agit encore aujourd’hui ».

Le message n’est pas clos

À l’inverse, poursuit le pontife, le message, lui, « n’est justement pas clos […] la souffrance de l’Église demeure, la menace qui pèse sur l’homme demeure, l’attente d’une réponse demeure elle aussi ». Ce dont vient témoigner le phénomène de Fatima, souligne encore le 265e pape, c’est que « la réponse ne consiste pas en de grandes actions politiques ; elle ne peut en dernier ressort provenir que de la transformation des cœurs – de la foi, de l’espoir, de l’amour, de l’expiation ». Au-delà des grands débats sur la résonnance historique du message, une des clefs du secret de Fatima consiste ainsi en la conversion personnelle, et celle du monde, par la prière et la pénitence. On l’oublierait presque…

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