Aleteia

Qui était Lucia, dernier témoin des apparitions de la Vierge à Fatima ?

Partager
Commenter

Lucia, troisième voyante de Fatima, ne sera pas canonisée avec ses cousins Jacinta et Francisco. Décédée en 2005, l'enquête diocésaine pour sa béatification a été close en février dernier. En attendant de devenir bienheureuse, et peut-être sainte un jour, elle demeure la "grande messagère du cœur Immaculée de Marie" à travers le monde

Après un premier volet sur Francisco, puis un deuxième sur Jacinta, qui seront canonisés par le pape François le 13 mai prochain à Fatima, Aleteia vous propose de partir à la découverte de Lucia, leur cousine, qui eut le privilège d’entendre la Vierge et de converser avec elle pendant ses six apparitions, devenant aux yeux des croyants du monde « la grande messagère du Cœur Immaculé de Marie ». Dernier témoin des apparitions de Marie à Fatima, il y a cent ans, elle pourrait être béatifiée puis canonisée comme ses petits cousins, mais décédée plus de 80 ans après eux (2005), les enquêtes sur ses « vertus héroïques » durant sa vie, et d’éventuels miracles par son intercession, sont en cours.

« (…) Jacinta et Francisco, je vais les emmener bientôt. Mais toi tu restes ici encore quelque temps. Jésus veut se servir de toi pour me faire connaître et aimer », révéla la Vierge Marie, lors de sa deuxième apparition aux trois petits bergers, le 13 juin 1917. La mission de chacun était toute tracée : Francisco aurait prié et consolé le Seigneur et la Vierge Marie des péchés des hommes, Jacinta cherché à convertir les pécheurs et préserver les âmes de l’enfer, tandis que Lucie, plus âgée, serait restée dans le monde pour y répandre la dévotion au cœur immaculé de Marie. Tous les trois ne savaient ni lire et écrire. À Lucia seule, pour accomplir sa mission, la Vierge lui demanda explicitement d’apprendre à le faire.

« Ma fille, ton âme est le temple du Saint-Esprit »

Lucie est la dernière d’une fratrie de six enfants. Elle est décrite comme une petite fille expansive, affectueuse, obéissante, serviable et directe avec les personnes. Sa mère, Maria Rosa, était une fervente catholique, qui aimait enseigner le catéchisme, à Lucie, mais également aux enfants du voisinage. Grâce à elle, la petite fille fut suffisamment préparée pour recevoir sa première communion à l’âge de 6 ans, au lieu des 10 ans requis. « Cette enfant sait le catéchisme mieux que beaucoup d’autres qui communieront demain », déclara en sa faveur le père jésuite Francisco da Cruz, un saint prêtre vénéré dans tout le Portugal pour ses magnifiques prédications. Après avoir défendu sa cause devant le curé qui préférait attendre encore un an, c’est lui qui entendra sa première confession. Il en fut bouleversé : « Ma fille, ton âme est le temple du Saint-Esprit. Garde-la toujours pure pour qu’Il puisse exercer sur toi son action divine », lui dit-il, rapportera Lucia plus tard dans ses Mémoires. Elle lui en fit la promesse et pria Marie de l’aider à « recevoir dignement le Corps et le Sang du Seigneur ». Sa première communion bouleversa profondément la fillette. « J’ai perdu le goût et l’attrait pour les choses du monde, et je ne me sentais bien à la maison que dans des endroits solitaires où, toute seule, je pouvais me rappeler les délices de ma première communion », déclarera-t-elle au gré de ses confidences.

Lucia a 10 ans quand la Vierge Marie apparaît aux trois petits bergers à la Cova da Iria, (« Anse d’Irène »), à environ 2 kilomètres de Fatima. Ils sont chargés par leurs parents respectifs de faire paître leurs petits troupeaux. Et bien que plus âgée que ses petits cousins, Lucia prend beaucoup de plaisir à les retrouver. Comme Francisco et Jacinta, sa plus grande distraction est de faire résonner le nom de Marie au milieu des collines, ou de fredonner des chants sacrés. Elle-même en composa quelques uns durant son enfance — Au Paradis, je vais être avec ma mère, J’aime Dieu dans le ciel et Notre Dame du Carmel. Comme ses cousins, l’annonce de l’ange qu’un « événement de grâce divine » leur arrivera, et l’invitation à offrir « prières et sacrifices en guise de réparation pour les péchés des hommes » pour « attirer attirer la paix » sur leur Patrie, resteront gravées dans son cœur. Ils n’en parleront à quiconque, si ce n’est elle, Lucia, bien plus tard. En effet, contrairement à ceux de la Vierge, l’année suivante, les messages de l’ange s’adressaient directement à eux.

La prédiction de la Vierge, à sa première apparition, le 13 mai 1917 — « Vous aurez beaucoup à souffrir, mais la grâce de Dieu sera votre réconfort » — pénètre le cœur de Lucia « jusqu’au plus profond de son âme », à l’image de la lumière intense qui émana de Marie en prononçant ces paroles. Et sa vie prend un nouveau tournant : « Un vrai chemin de Croix » qu’elle supportait, dit-elle, « par amour de Notre Seigneur Jésus-Christ, en réparation pour les péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie, pour le Pape et pour la conversion des pécheurs ».

Après la mort de Francisco et Jacinta

Lucia souffrit beaucoup de la perte de ses petits cousins. Elle resta à Aljustrel leur village natal, jusqu’au 17 juin 1921, puis entra comme pensionnaire à l’école des Sœurs de Sainte-Dorothée à Vilar, dans la banlieue de Porto, avant d’intégrer l’Institut des Sœurs de Sainte-Dorothée comme postulante au couvent de Tuy, en Galicie (Espagne), en 1925, où elle est témoin de nouvelles apparitions de la Vierge. La jeune fille prononcera ses premiers voeux en 1928, et ses vœux perpétuels, en octobre 1934. Mais en mars 1948, Lucia, à 41 ans, choisit la vie cloîtrée et, après autorisation spéciale du Pape à être relevée de ses vœux perpétuels, entre au carmel de Sainte-Thérèse à Coimbra, où elle résidera jusqu’à sa mort, sous le nom de Sœur Maria Lúcia de Jésus et du Cœur Immaculé. Selon les constitutions de la communauté, Lucia ne pouvait converser que très rarement, et uniquement si les conversations étaient de nature spirituelle, avec quiconque venant de l’extérieur, même avec sa famille. Certains virent cela comme une « conspiration » pour contraindre Lucia au silence.

Alors que par deux fois — en septembre 1935, puis en mai 1951 — à l’occasion du transfert de la dépouille de Jacinta de Vila Nova de Ourém à Fatima, puis de son exhumation définitive dans la basilique du sanctuaire, il fut constaté publiquement que le visage de la petite voyante était resté intact, une photo fut envoyée à Lucia qui l’envoya à son tour à l’évêque de Leiria, Mgr José Alves Correia. Lettre à laquelle l’évêque répondra demandant aussitôt à celle-ci d’écrire tout ce qu’elle savait de la vie de Jacinta. Ces écrits constitueront le premier des six « Mémoires de Sœur Lucie ».

Ses retours à Fatima

Lucia ne retourna à Fatima qu’à trois occasions : la première fois en le 13 mai 1967, quand elle rencontra le bienheureux Paul VI, puis en 1981 pour diriger au Carmel un projet de peinture sur les apparitions de Fatima. Le 13 mai 1982, elle y rencontra pour la première fois saint Jean Paul II, qu’elle reverra le 13 mai 1991, quand celui-ci y retourna, dix ans après l’attentat qu’il avait subi et dont il dit avoir été sauvé grâce à la protection de la Vierge Marie. La voyante de Fatima rencontra une dernière fois le pape Wojtyla sur les lieux des apparitions en l’an 2000, à l’occasion de la béatification de ses petits cousins Francisco et Jacinta. Quelques jours plus tard, le Saint-Siège révèlera le contenu de la troisième partie du secret (ou communément appelé troisième secret) confié, 24 ans auparavant, par le Vierge en recommandant aux petits bergers de ne pas le divulguer immédiatement. La troisième guerre mondiale ? La venue de l’Antéchrist ? Cette troisième partie continue à faire des vagues…

Mort et procès en béatification

Sœur Lucia est décédée le 13 février 2005 à l’âge de 98 ans, Sa dépouille a été transférée aux côtés de celle de sa petite cousine Jacinta, dans la chapelle à gauche du Grand Autel de la basilique Notre-Dame du Rosaire de Fatima. Francisco, lui, repose dans la chapelle juste en face.

Le 13 février 2008, le pape Benoît XVI a accordé la dispense des cinq ans nécessaires pour lancer sa Cause. La demande d’ouverture a été faite deux mois plus tard et le Tribunal institué l’année suivante. L’enquête diocésaine pour sa béatification a été clôturée solennellement le 13 février dernier.

Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous
Aleteia vous offre cet espace pour commenter ses articles. Cet espace doit toujours demeurer en cohérence avec les valeurs d’Aleteia. Notre témoignage de chrétiens portera d’autant mieux que notre expression sera empreinte de bienveillance et de charité.
[Voir la Charte des commentaires]