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Élection d’Emmanuel Macron à la Présidence : les trois conditions du sursaut politique

Emmanuel Macron
© IRINA KALASHNIKOVA / SPUTNIK / AFP
Emmanuel Macron a été élu 25e président de la République Française ce dimanche 7 mai 2017. I a célébré sa victoire dans la cour carrée du Louvre à Paris © Irina Kalashnikova/Sputnik
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Entre adhésion, scepticisme et opposition, le nouveau Président de la République va devoir dominer sa victoire pour, comme il l’a annoncé, «servir avec humilité, force et amour».

Sur le char du «triomphe» qui les conduisait au Capitole au milieu de la foule en liesse, les héros victorieux de la Rome antique étaient accompagnés d’un esclave chargé de leur murmurer à l’oreille : «Memento mori» : souviens-toi que tu es mortel. Cette sagesse d’hier vaut pour aujourd’hui. Ce n’est pas faire injure à Emmanuel Macron, élu à 39 ans plus jeune Président de la République française, que de souhaiter, à ses côtés, la présence d’hommes et de femmes libres capables de lui rappeler : souviens-toi que tu n’es qu’un homme. Car au-delà de la satisfaction légitime d’avoir remporté cette élection, au terme d’un parcours aussi fulgurant qu’improbable, l’essentiel demeure : redresser un pays meurtri par une crise économique, sociale et politique, mais également culturelle et morale.

Le défi de l’ouverture

Dès à présent, trois défis se présentent à lui sur le chemin de la reconstruction de notre vie politique. Le premier est le défi de l’ouverture, dans la perspective des élections législatives des 11 et 18 juin. Dimanche, un quart du corps électoral s’est abstenu (25,3%), chiffre le plus élevé depuis la présidentielle de 1969 (1). Et 4 millions de citoyens se sont rendus aux urnes pour y déposer un bulletin blanc ou nul, signe de leur refus de «l’offre politique» concrétisée par les deux finalistes. Enfin, parmi les 66% d’électeurs d’Emmanuel Macron, quatre sur dix ont fait ce choix principalement pour barrer la route à Marine le Pen. (2). C’est à dire que le nouveau président a été élu, dimanche, par 43,6% du corps électoral, avec une adhésion manifeste à sa personne et à son programme qui est de l’ordre d’un Français sur quatre. Cela n’enlève rien à la légitimité de son pouvoir, mais c’est là une fragilité qui l’oblige à une forme d’ouverture politique.

Dans les toutes prochaines semaines, Emmanuel Macron va donc devoir, dans la fidélité à ses engagements, donner des signes concrets de compréhension vis-à-vis de ceux qui se sont abstenus ou n’ont voté pour lui que «par défaut». C’est tout l’enjeu de la constitution de son gouvernement et de la présentation du projet politique sur lequel se battront les candidats d’En marche aux législatives. Paradoxalement, Emmanuel Macron dispose d’un atout qui a d’abord été perçu comme une faiblesse : le flou relatif de son programme. En se limitant à «prendre des engagements clairs sur les chantiers essentiels pour l’avenir de notre pays» là où ses concurrents produisaient des listes de propositions (144 pour Marine le Pen), il s’est donné les coudées franches pour qu’une fois élu, le gouvernement puisse adapter son «offre politique» avec pour objectif avoué l’obtention d’une majorité présidentielle à l’Assemblée nationale.

Le défi du dialogue républicain

Le second défi, qui ne dépend pas du seul nouveau président, tient à la qualité de la vie parlementaire, et donc de la vie politique, qui suivra les élections de juin prochain. Il est parfaitement légitime qu’au lendemain de la présidentielle, les principales formations qui ont porté les candidatures de Marine le Pen, François Fillon, Jean-Luc Mélenchon ou Benoît Hamon, tentent d’avoir à l’Assemblée la plus large représentation. Le politologue Patrick Weil, rappelle à ce propos, dans un excellent article du Monde : «La France est avant tout une République parlementaire. Le gouvernement tient sa légitimité constitutionnelle d’une majorité à l’Assemblée nationale, pas du président» (3). Ce qui l’amène à conclure à propos du nouveau chef de l’État : «M. Macron présidera la République, il ne gouvernera pas la France.»

C’est un juste retour à nos institutions, par-delà les dérives nées de la superposition du mandat présidentiel avec la législature. «Le quinquennat, écrit encore Patrick Weil, a transformé le président en une figure boursouflée qui cumule présidence et direction au quotidien du pays.» Le défi sera donc relevé si, une fois digéré le choc de la défaite, Marine Le Pen, aussi bien que Jean-Luc Mélenchon, François Baroin ou les élus socialistes acceptent d’entrer sinon dans une opposition constructive – si En Marche obtient la majorité absolue à l’Assemblée – du moins dans un dialogue ouvert au service du pays et du Bien commun.

Le défi de la refondation de notre vie politique

Mais ces défis de l’ouverture et du dialogue Républicain ne peuvent occulter ce qui reste peut-être l’enjeu majeur des cinq ans à venir : la recomposition du paysage politique, nécessaire à cette «Refondation» à laquelle appelaient les évêques de France voici quelques mois (4). Il y va, pour une large part, du succès du quinquennat d’Emmanuel Macron. Car on juge aussi du bilan d’un chef de l’État – comme de tout responsable – à sa capacité à préparer sa succession, quelle qu’en soit l’échéance, dans de bonnes conditions. Critère qui, aujourd’hui, nous fait porter un jugement sévère sur les deux mandats de Barack Obama… débouchant sur l’élection de Donald Trump.

Notre pays, l’a-t-on suffisamment entendu durant ces mois de campagne, est aujourd’hui divisé entre une France d’en haut, urbaine, ouverte mais surtout bénéficiaire de la mondialisation ; et une France d’en bas, une France périphérique, rurale ou périurbaine, moins «fermée» que victime d’un modèle économique et sociétal qui se développe sans elle et au prix de son exclusion. La victoire d’Emmanuel Macron au second tour de la présidentielle ne peut nous faire oublier qu’il y a deux semaines à peine, le parti des insoumis et des radicaux, rassemblait, à travers Jean-Luc Mélenchon, Marine le Pen et quelques autres candidats, plus de deux Français sur cinq. Il n’y aura pas de recomposition crédible des forces politiques de ce pays sans l’émergence d’un ou plusieurs partis permettant que l’on sorte, le jour venu, de ce que Jean-Claude Michéa appelle «Une alternance sans alternative.» Même si Emmanuel Macron a semblé prendre la mesure de cet enjeu en déclarant devant la foule massée devant la pyramide du Louvre : «Je ferai tout, dans les cinq ans qui viennent, pour qu’ils n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes.»

Défi de l’ouverture, défi du dialogue républicain, défi de la refondation de notre vie politique et démocratique… voilà le paysage qui s’offre à nous au terme d’une campagne par moment insaisissable, violente et âpre mais d’où sort aux yeux du monde, troublé par le Brexit et l’élection de Donald Trump, une France peut-être à nouveau portée par la jeunesse, l’énergie, l’optimisme et l’espoir.


(1) Le duel Pompidou-Poher avait suscité l’appel à l’abstention de la part du Parti communiste français, estimant que les deux candidats étaient «bonnet blanc et blanc bonnet».

(2) Chiffres fournis par l’étude d’Ipsos rendue publique le soir même. C’est le cas de 71% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, de 65% de ceux de Benoît Hamon et de 57% de ceux de François Fillon.

(3) Le Monde du 5 mai 2017, p.22

(4) Conseil permanent de la CEF, Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique. Ed. Bayard-Cerf-Mame 2016, 100 P.

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