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Quand le pinceau exorcise la Kalachnikov

© Fraternité en Irak
Affiche de l'exposition "Exode et espérance", organisée par l'association Fraternité en Irak.
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Chassés de chez eux par l'expansion de l'État islamique, des artistes irakiens chrétiens exposent leurs œuvres du 6 au 8 mai à Croissy-sur-Seine.

Leurs toiles racontent le dernier grand bouleversement de l’histoire des chrétiens d’Irak, dans une histoire qui en connaît beaucoup. 37 toiles de 10 artistes irakiens, venant d’Erbil, de Kirkouk, de Souleymania ou encore d’Alqosh. Elles sont exposées dans l’espace Chanorier de Croissy-sur-Seine, du 6 au 8 mai puis, dans le cadre du festival Beçalel, au cœur de la halle des expositions d’Evreux, du 26 au 28 mai. L’exposition, Exode et espérance, organisée par l’association Fraternité en Irak, donne aux péripéties récentes de nos frères chrétiens irakiens des accents bibliques.

C’était un 6 août

Ibrahim Lallo, peintre irakien, s’inspire naturellement de l’Ancien Testament quand il peint son « Exode ». Il n’a pas de mal à imaginer les souffrances des hébreux au désert, lui qui a tout perdu en quelques heures, le 6 août 2014, pour être jeté sur les routes et voir sa famille dispersée. Ils ont voulu nous anéantir, témoigne-t-il. Les maisons ont été pillées, et les jihadistes ont porté une attention particulière à détruire les éléments religieux et culturels. L’église, les livres ont été brûlés… Ainsi que les peintures d’Ibrahim.

Notre civilisation ne mourra pas

Face à l’acharnement des soldats du pseudo-califat, réunis sous le drapeau noir, il oppose les couleurs vives de ses nouveaux tableaux, peints en exil. Il reprend l’antique taureau à tête d’homme et ailes d’aigle de la civilisation assyrienne et appelle son œuvre, comme un défi, « Notre civilisation ne mourra pas ». On se souvient que l’État islamique s’était attaqué précisément à des statues de ces génies protecteurs, les « Shedû », dans le musée de Mossoul. Le peintre revendique sa filiation au peuple mésopotamien, le plus ancien qui vive encore entre le Tigre et l’Euphrate. Son « Shedû » est maculé de sang, mais quand on connaît la symbolique assyrienne, il ne s’agit pas seulement d’un rappel des horreurs vécues par son peuple. Le sang, qui forme une croix, ressemble volontairement au symbole des quatre fleuves du paradis, cités dans la Genèse (Le Gihon, le Pishon, le Tigre et l’Euphrate). Les assyro-chaldéens, comme notre artiste, frappent leur drapeau de ce symbole. Il rappelle qu’ils s’abreuvent à une source ancienne, qui ne tarit pas ; et qu’ils ne disparaîtront pas.

Bientôt la fête du pain

Le village d’Ibrahim Lallo a été libéré il y a trois mois, et dans les tableaux qui concluent sa série, il envisage le retour. Il prévoit déjà de rentrer chez lui, car sa maison a été pillée, mais pas brûlée. Il dessine ce qu’il espère : les musiques, les danses et à la fin la « fête du pain ». Une tradition qu’il explique : « Quand une mauvaise situation est finie, il faut rendre grâce à Dieu, puis partager le pain ».

Informations pratiques : 

Espace Chanorier – La chapelle Saint-Léonard
12 Grande rue – 78290 Croissy-sur-Seine
Tarif : gratuit
Horaires : 9h30 – 19h sauf le samedi 21h.

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