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Les conseils du père abbé de Cîteaux avant de voter au second tour

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Le père Olivier Quenardel dirige l'abbaye cistercienne Notre-Dame de Cîteaux, berceau de l'Ordre cistercien, qui applique la règle de saint Benoît, bien utile pour aider au discernement personnel.

Aleteia : Beaucoup de chrétiens iront voter dimanche avec des souliers de plomb, partagez-vous ce sentiment ?
Père Olivier Quenardel : Je comprends et je partage cet embarras ! Mais en lui-même, l’embarras n’est pas un mal ! Il advient aussi dans notre vie communautaire, lorsque nous devons prendre une décision difficile. Il est légitime, dans ces conditions de ressentir une grande inquiétude. En ce moment, par exemple, nous envisageons des travaux de rénovations, de notre abbaye classée aux monuments historiques, et ce projet représente un coût considérable. Dans l’histoire de notre communauté aussi, lorsque saint Robert de Molesme a décidé de quitter son abbaye, Notre-Dame de Molesme avec vingt moines pour fonder notre abbaye, il a connu le doute, et le poids que pesait sa décision.

Pour beaucoup d’entre nous, il est difficile de discerner le bien du mal dans cette élection, y a-t-il des recettes de saint Benoît pour ne pas se tromper ?
Rappelons-nous que nous ne sommes pas seuls, au moment de prendre notre décision. Lorsque nous élisons un père abbé, nous faisons précéder le vote d’une messe consacrée à l’Esprit saint. Pour la décision que nous avons à prendre dimanche, je crois qu’il faut montrer de l’intelligence, or ce qui caractérise l’intelligence pour saint Benoît, c’est le sens de l’autre. Donc pour voter dimanche je me demanderai quel est le candidat qui a le plus le sens de l’autre.

Pourtant, vous n’allez pas voter avec le cœur léger ?
Non, et je crois que plus profondément, cette élection démontre que nos sociétés qui se prétendent des démocraties n’en portent que le nom. Quel que soit le candidat qui sera élu dimanche, il aura derrière lui des puissances qui le dépassent. Les institutions des républiques occidentales sont colonisées par le grand pouvoir financier, c’est très grave !

Les monastères sont des mini démocraties, quelles sont les recettes pour qu’elles fonctionnent ?
Chacun a non seulement le droit, mais le devoir de donner son avis sur toutes les questions importantes. Le père abbé dirige, et la règle de saint Benoît précise que celui qui gère le budget ne doit pas prendre sa place. Il est aussi contrôlé de l’extérieur. Tous les deux ans, un abbé ou une abbesse vient réaliser un audit, durant lequel chacun des frères est entendu, confidentiellement. Mais au-delà de ces garde fous, il y a un ton à respecter dans les débats. Quand on élit un père abbé, on ne crache pas, on n’insulte pas, bref, on ne se permet pas n’importe quoi. De ce point de vue-là, notre presse mériterait d’être considérablement assainie. Ce n’est pas un mouvement qui peut venir de l’extérieur, avec des lois et des mises à l’index, mais des politiques et des journalistes eux-mêmes.

Propos recueillis par Sylvain Dorient.

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