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David Desgouilles : « Une coupure entre la France des villes et la France des champs »

David Desgouilles / Facebook

Benjamin Fayet - Publié le 05/05/17

À quelques jours du second tour de l'élection présidentielle, Aleteia a rencontré David Desgouilles, membre de la rédaction de Causeur, qui livre ici une analyse de la recomposition du paysage politique français en général et de la droite en particulier.

Aleteia : Le vote de du premier tour montre une fracture profonde dans le pays entre une France périphérique hostile à la mondialisation et une France urbaine qui lui est plus favorable. Comment analysez-vous cette fracture ?
David Desgouilles : Cette fracture, décrite depuis des années notamment par le géographe Christophe Guilluy, entre une France des grandes métropoles, qui profite globalement de la mondialisation, et une France périphérique, qui a été globalement perdante, se traduit de plus en plus en termes électoraux. Dès 1992, lors du référendum sur le traité de Maastricht, on avait noté une coupure entre France des villes, favorable au « oui », et France des champs, favorable au « non ». Cette coupure avait surpris puisque le clivage ne recoupait en rien celui qui organisait la vie politique sur les bases droite/gauche. Les mouvements géographiques et démographiques se sont poursuivis avec les conséquences de la mondialisation et treize ans plus tard, c’est le « non » qui l’emportait, sans que notre organisation partisane n’en tienne compte. Nous voilà encore douze ans après au bout du processus, avec une vie politique complètement décomposée.

Sommes-nous en train d’assister à une recomposition de la droite en particulier et de la politique française en général ?
Les deux principaux partis qui se sont succédé au pouvoir ont été éliminés tous les deux du second tour de l’élection présidentielle. C’est un séisme. La décomposition est donc arrivée à son terme en pleine élection présidentielle et elle tente de se recomposer dans les plus mauvaises conditions autour de deux personnalités assez caricaturales, l’un incarnant le système favorable à cette mondialisation et l’autre, la France des oubliés, qui a l’inconvénient d’être la dirigeante d’un parti héritier d’une tradition politique qui avait conduit à la formation d’un cordon sanitaire autour de lui. La conséquence de cette recomposition « low-cost », c’est que le premier l’emportera, à moins d’une grande surprise, sur la seconde, alors que, globalement, la « France du non » est toujours majoritaire, comme il y a douze ans.

S’agissant de la droite, elle est évidemment aussi partagée en son sein. Au clivage sur la mondialisation s’est ajouté un autre sur l’idée de progrès.

Pensez-vous que les catholiques auront un rôle important dans cette recomposition de la droite française ?
Le clivage sur le progrès que je viens d’évoquer a émergé à la suite des débats sur la Manif pour tous, et certains catholiques ont joué un rôle non négligeable. Le rôle de l’association « Sens commun » dans la campagne de François Fillon a été très important, l’aidant énormément lors de la primaire, et lui sauvant sans doute la mise à l’occasion du rassemblement du Trocadéro. Mais malgré cette aide, François Fillon continuait de s’appuyer sur des personnalités comme François Baroin et Luc Chatel qui estime que le mot « conservateur » comporte une connotation négative. Le Front national est aussi traversé par ce clivage. La difficulté de la droite, en l’espèce, c’est que les lignes de partage par rapport à la mondialisation et par rapport au progrès ne se recoupent pas forcément. À cet égard, le rôle des catholiques pourrait être intéressant. Le rôle du pape François, le travail autour de l’idée d’écologie intégrale, notamment, peuvent conduire à travailler à l’interaction entre les deux lignes de partage.

En cas de victoire d’Emmanuel Macron dimanche, le pensez-vous capable d’obtenir une majorité aux législatives ?
Le plus probable est que personne n’obtiendra une majorité absolue en juin prochain. Si c’est le cas, Emmanuel Macron risque de payer très cher la révision constitutionnelle de 2008 obtenue à une voix de majorité à l’initiative de Nicolas Sarkozy. Rappelons que le 49.3 ne peut désormais être utilisé que pour le budget et pour un autre texte. Bref, on se prépare peut-être à une France ingouvernable accompagnée d’un système politique décomposé. Et tout cela dans un monde qui n’a jamais été aussi dangereux depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Difficile de faire preuve d’optimisme dans ces conditions.

Propos recueillis par Benjamin Fayet. 

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