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L’art de réformer, selon le cardinal Richelieu

CARDINAL RICHELIEU

© Wikimedia

Jean-Baptiste Noé - publié le 03/05/17 - mis à jour le 05/04/22

Unir le peuple par la raison, faire respecter l’État et sa justice, modérer l’impôt : le Testament politique du cardinal de Richelieu n’a pas pris une ride. À faire lire sans hésitation aux hommes de gouvernement d’aujourd’hui.

Armand Jean du Plessis, cardinal-duc de Richelieu, est né en 1585 et mort en 1642. Il est nommé ministre des Affaires étrangères en 1616, et principal ministre de Louis XIII en 1624. Il le reste jusqu’à sa mort. Il fut aussi un homme de foi passionné, évêque de Luçon et l’un des premiers à appliquer les directives du concile de Trente (1545-1563) dans son diocèse. Son Testament politique résonne de bien des manières dans la France actuelle.

De l’art difficile de réformer

Difficulté des réformes, déjà. Richelieu cherche à abroger la vénalité des offices, qui sont des charges administratives qui pouvaient être achetées et ensuite transmises en héritage. Ce système sclérose la France et la ruine, mais il est tellement ancré dans l’esprit des gens que le cardinal sait qu’il ne pourra pas le supprimer. Il conseille donc de ne pas changer le système brutalement, mais par petites touches.

La raison comme arme de gouvernement

Richelieu est par ailleurs tout à fait opposé à l’immixtion des passions dans la vie politique. La raison seule doit conduire l’action gouvernementale, celle qui fait rechercher le bien commun avant tout, et qui se méfie des émotions populaires :

« La lumière naturelle fait connaître à un chacun que, l’homme ayant été fait raisonnable, il ne doit rien faire que par raison, puisqu’autrement il ferait contre sa nature, et, par conséquent, contre celui même qui en est l’auteur. (…) Il s’ensuit clairement que l’homme doit souverainement faire régner la raison, ce qui ne requiert pas seulement qu’il ne fasse rien sans elle, mais elle l’oblige, de plus, à faire que tous ceux qui sont sous son autorité la révèrent et la suivent religieusement. »

Crimes contre l’État : fermer la porte à la pitié

Face aux crimes qui menacent la structure du pays et la solidité des institutions, le cardinal prône la plus grande fermeté :

« En matière de crime d’État, il faut fermer la porte à la pitié, mépriser les plaintes des personnes intéressées et les discours d’une populace ignorante qui blâme quelquefois ce qui lui est le plus utile et souvent tout à fait nécessaire. Les chrétiens doivent perdre la mémoire des offenses qu’ils reçoivent en leur particulier, mais les magistrats sont obligés de n’oublier pas celles qui intéressent le public. Et, en effet, les laisser impunies c’est bien plutôt les commettre de nouveau que les pardonner et les remettre. »

Richelieu et les finances

La politique de Richelieu concernant l’usage des finances publiques peut aussi trouver des résonnances avec la situation actuelle.

« Les dépenses absolument nécessaires pour la subsistance de l’État étant assurées, le moins qu’on peut lever sur le peuple est le meilleur. Pour n’être pas contraint à faire de grandes levées, il faut peu dépenser et il n’y a pas de meilleurs moyens pour faire des dépenses modérées que de bannir toutes les profusions et condamner tous les moyens qui sont à cette fin. »

Richelieu eut cette formule restée célèbre : « La France serait trop riche et le peuple trop abondant si elle ne souffrait pas la dissipation des deniers publics que les autres États dépensent avec règle. »

Quant aux taxes et tarifs douaniers, il avait bien compris que cela nuisait in fine à la population :

« L’augmentation du revenu du Roi ne se peut faire que par celle de l’impôt qu’on met sur toutes sortes de denrées, et, partant, il est clair que, si on accroît par ce moyen la recette, on accroît aussi la dépense, puisqu’il faut acheter plus cher ce qu’on avait auparavant à meilleur marché. (…) Il y a plus : l’augmentation des impôts est capable de réduire un grand nombre de sujets du Roi à la fainéantise, étant certain que la plus grande partie du pauvre peuple et des artisans employés aux manufacures aimeront mieux demeurer oisifs et les bras croisés que de consommer toute leur vie en un travail ingrat et inutile, si la grandeur des [impôts] les empêche de recevoir [le salaire] de la sueur de leur corps. »

Peu d’hommes politiques osent se réclamer de son action, où même l’évoquer. Peut-être parce que sa vision de l’État et du pouvoir paraît trop exigeante aux nouveaux ministres de la France.

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PolitiquePrésidentielle
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