Aleteia

Équipes Saint-Vincent : « Un mouvement de femmes pour les femmes »

Sur le parvis de Notre-Dame de Paris, avant la messe pour les 400 ans des équipes Saint-Vincent de Paul, le 8 mars 2017. © DR
Partager
Commenter

Les équipes Saint-Vincent fêtent leurs 400 ans. Leur expérience dans l’accompagnement des plus pauvres — des femmes en particulier — est unique. Rencontre avec Michèle de Précourt, responsable des événements qui accompagnent cet anniversaire.

Aleteia : Quelle est la spécificité des équipes Saint-Vincent ?
Michèle de Précourt : Au XVIIe siècle, saint Vincent de Paul a eu l’audace de créer un mouvement de femmes pour les femmes. C’était tout à fait inédit, car à l’époque on ne pensait pas que les femmes étaient capables de se gérer toutes seules. Aujourd’hui nous avons 90 antennes autonomes en France et nous essayons de répondre aux besoins variés que génèrent les situations de grande pauvreté. Qu’il s’agisse de cours de soutien scolaire pour les enfants, d’ateliers divers ou de l’accueil des femmes battues. Nous travaillons en bonne intelligence avec les associations qui œuvrent aussi dans ces domaines et nous nous efforçons d’apporter des soutiens complémentaires. Dans le domaine de la charité, il y a de la place pour tout le monde !

Par quelle forme de spiritualité êtes-vous soutenues ?
Il s’agit de celle de saint Vincent de Paul. Dès le départ, il a écrit un règlement qui s’est adapté à la vie actuelle mais en conservant l’essence de son intuition. Nous organisons des réunions d’équipières une fois par mois qui commencent toujours par un partage spirituel. Les groupes sont limités à une vingtaine de femmes, rarement plus, de façon à ce que tout le monde puisse s’exprimer lors de ces réunions. Mais ce qui importe fondamentalement est l’action que nous souhaitons mener. Ce n’est pas un mouvement de spiritualité, mais un mouvement d’action qui a une spiritualité.

Lors de nos réunions mensuelles, nous prions ensemble entre équipières, mais nous ne prions pas avec les personnes que nous accueillons car elles sont bien souvent de confession musulmane. Nous sommes chrétiennes, mais dans notre accueil je dirais que nous sommes « républicaines ». Notre but est l’intégration.

Aujourd’hui vous n’aidez plus uniquement les femmes ?
En effet, mais il faut savoir que 71 % des personnes en situation de précarité sont des femmes, si bien que mathématiquement ce sont elles que nous aidons le plus. Par ailleurs,  certaines communautés n’acceptent pas vraiment la proximité entre les hommes et les femmes lors des activités. Ainsi, quand nous proposons des cours d’alphabétisation par exemple, nous touchons paradoxalement un public bien plus large que si nous étions mixtes.

Quels sont vos objectifs ?
La grande obsession de notre fondateur était de remettre les gens au travail. 400 ans après c’est toujours ce que nous essayons de faire. Le but est de redonner confiance aux gens que nous accompagnons ce qui suppose d’éviter tout assistanat permanent. Nous cherchons à les responsabiliser, à les rendre acteurs de leur intégration et de leur insertion. Les équipes Saint-Vincent doivent être « un moment » dans leur vie mais pas toute leur existence. Notre but n’est pas de combler les désirs des personnes que nous accueillons mais bien de les responsabiliser pour qu’elles puissent devenir davantage autonomes. Leur participation est essentielle, on ne peut pas faire les choses à leur place. Ce serait beaucoup plus simple de leur mâcher le travail, c’est beaucoup plus compliqué en revanche de les rendre acteurs de leur propre insertion mais les résultats sont là ! C’est une façon de leur rendre leur dignité.

Qu’est ce qui vous a marqué lors des 400 ans du mouvement ?
Pour cet anniversaire, nous avons emmené 500 femmes de partout en France faire une promenade en bateau mouche sur la Seine après une messe de jubilé à Notre-Dame de Paris. Beaucoup d’entre elles n’étaient jamais entrées ni dans une église ni dans une cathédrale. Elles ne savaient pas qu’elles pouvaient entrer dans nos édifices religieux. Ce qui les a le plus émerveillées sont les vitraux de Notre-Dame.

Quelle est votre différence avec les conférences Saint-Vincent-de-Paul ?
Les conférences Saint-Vincent-de-Paul ont été créées au XIXe siècle par Frédéric Ozanam tandis que nous, les équipes Saint-Vincent, avons été créées il y a 400 ans par saint Vincent de Paul lui-même. Nous sommes deux associations distinctes mais notre travail reste axé sur la charité. Nous sommes complémentaires tout comme avec le Secours catholique, le Secours populaire ou d’autres associations de bienfaisance.

Propos recueillis par Sabine de Rozières.

Partager
Commenter
Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous
Aleteia vous offre cet espace pour commenter ses articles. Cet espace doit toujours demeurer en cohérence avec les valeurs d’Aleteia. Notre témoignage de chrétiens portera d’autant mieux que notre expression sera empreinte de bienveillance et de charité.
[Voir la Charte des commentaires]