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Ces chrétiens irakiens et syriens à qui l’on barre le chemin de la France

Des réfugiés irakiens en France. La famille parle avec le Fr. Majid McDASSY, dominicain, irakien de Bagdad, à l'issue de la messe dominicale à Saint-Ephrem le Syriaque à Paris (75), France. © Corinne SIMON/CIRIC
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En charge de l’accueil des chrétiens d’Irak et de Syrie en France, le préfet Jean-Jacques Brot a dénoncé, sur l’antenne de la radio locale RCF Vendée, une baisse drastique du nombre de visas de réfugiés délivrés aux chrétiens d’Orient en raison « d’empêchements bureaucratiques ou idéologiques de la part de certains fonctionnaires français ».

Jean-Jacques Brot, préfet hors-cadre, a été nommé le 9 mars 2015, coordinateur de l’accueil d’une partie des réfugiés syriens et irakiens.

Aleteia : En quoi consiste votre mission ?
Jean-Jacques Brot : J’ai été mandaté il y a plus de deux ans pour m’occuper de deux catégories de réfugiés. Je précise bien de « réfugiés » et non de migrants dont on ne connaît pas le statut. L’une de ces catégories concerne des familles qui sont actuellement sous la protection de l’ONU et du Haut Commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR) dans des camps en Jordanie, au Liban et en Turquie. Le HCR propose à la France un certain nombre de ces familles à l’Office français des réfugiés et apatrides (OFPRA) qui les accepte sur le territoire français après auditions. Beaucoup sont refusées car soit elles ne veulent pas vraiment venir en France soit elles manifestent un prosélytisme islamiste soit parce qu’elles ne sont pas victimes d’une vulnérabilité. Nous appelons cela de la réinstallation dont l’accord date de février 2008 entre la France et le HCR. L’objectif est d’accueillir en 2016/2017, 10 375 personnes. Avant mon arrivée, 500 Syriens étaient arrivés par ce procédé, ensuite 780 lors de ma première année et actuellement 2600.
L’autre catégorie de réfugiés dont je m’occupe est celle de familles, irakiennes uniquement, persécutées pour leurs confessions religieuses. En d’autres termes, les chrétiens et les yézidis. Lors de l’invasion de la plaine de Ninive par Daesh à l’été 2014, le gouvernement français avait choisi le système de visas pour asile. C’est un procédé qui a fonctionné cahin-caha car, à mon grand désespoir, j’ai constaté entre 2015 et 2016 une baisse de 40% du nombre de visas délivrés à ces minorités religieuses persécutées. La réalité est que, contrairement à ce que l’on peut entendre depuis des mois, l’accueil des chrétiens d’Orient est faible.

Quelles en sont les causes ?
Nous constatons un enchaînement d’empêchements bureaucratiques ou idéologiques. Il y a objectivement un certain nombre de fonctionnaires, dont je ne citerais pas les noms qui, par leurs écrits, leurs actes ou leur lenteur, expriment leurs convictions.
Autre raison : le manque de moyens des consulats de France à Erbil, Ankara ou Beyrouth. Il a fallu attendre l’arrivée de Jean-Marc Ayrault comme ministre des Affaires étrangères pour que six postes budgétaires soient créés et que les instructions des visas pour asile des chrétiens et des yézidis reprennent. Des retards considérables se sont accumulés malgré mes protestations par écrit et oral à tous les cabinets ministériels concernés. Tout cela sans émouvoir le monde politique ni ecclésiastique.

Les chrétiens d’Orient eux-mêmes se demandent pourquoi leur cause n’avance pas alors que la politique migratoire de la France est plutôt généreuse…
Une des raisons qui explique ce système à deux vitesses est à trouver dans les prises de position de certains patriarches qui, dans des voitures et hôtels de luxe quand ils sont en France, appellent les chrétiens d’Orient à ne pas fuir leur pays. Cela peut se comprendre pour ceux qui n’ont pas été torturés et violés mais le discours de ces patriarches est catastrophique. Ils alimentent ceux des fonctionnaires qui, en France en particulier, font passer leurs convictions avant le sauvetage de ces familles vulnérables. Ils se saisissent de ces discours pour en tirer argument à refuser des visas.

Tandis que les pouvoirs publics en France ont trouvé rapidement des logements en région pour accueillir les migrants de Calais par exemple…
Je pense qu’à l’occasion du débat présidentiel et de la préparation de la rénovation du modèle administratif qui devrait s’en suivre, il serait bon de remettre tous les systèmes d’accueil dans une cohérence. Il y a un amalgame entre migrants de Calais, ces « réfugiés » économiques, les demandeurs d’asile et les réfugiés. Il existe même une dérive sémantique qui englobe tout le monde sous le titre de « réfugié ». Ce sont pourtant des choses distinctes sur lesquels il serait bon d’avoir un langage de vérité. Rappelons par exemple que sur les 80 000 demandeurs d’asile du dispositif général par an en France seuls 35% sont admis mais cela veut dire que 55 à 60 000 déboutés du droit d’asile ne sont pas reconduits à la frontière et qui s’ajoutent aux 200 000 immigrants qui arrivent par an en France. Les Français ont le droit de connaître ces chiffres ! Je demande l’augmentation du nombre de réfugiés et l’inconditionnalité de l’accueil, à proportion de la vulnérabilité, mais à condition qu’on n’écarte pas ceux qui ont le droit d’être considérés comme des réfugiés : les chrétiens et les yézidis d’Irak. Quand mes collègues préfets trouvaient à la hâte des logements pour des groupes de « calaisiens », évidemment cela pesait sur la demande de logements pour d’autres catégories. Plusieurs dispositifs sont entrés en concurrence et mériteraient d’être aplanis afin que plus de réfugiés puissent venir en France mais à la condition que l’on reconduise à la frontière les déboutés du droit d’asile. Mais la priorité politique semble inverse, les migrants ont d’abord été accueillis puis les demandeurs d’asile, et enfin « mes » réfugiés chrétiens.

Propos recueillis par Thomas Cauchebrais.

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