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Pierre Adrian, jeune écrivain catholique et talentueux

© Mollona / Leemage

Thomas Renaud - Publié le 30/04/17

Avec "Des Âmes simples", un roman d’une grande beauté, Pierre Adrian nous transporte au cœur des Pyrénées où un religieux sans âge offre le Christ aux âmes brisées.

Voilà cinquante ans que le frère Pierre Moulia est curé de la vallée d’Aspe. Un curé rugueux, à l’accent martelé, qui passerait assez vite pour fou aux yeux blasés et fatigués du monde. Ordonné prêtre diocésain en 1966, il a choisi d’enfiler l’habit blanc des religieux prémontrés assez tardivement. Et de tenir inlassablement la place du Christ dans une région aussi belle que dévastée. Avec chevillée au cœur, la folle espérance des fondateurs. Dans ce paysage qui ne pardonne rien, Pierre Adrian, qui raconte cette histoire dans Des Âmes simples, confesse : « Ma pente la plus raide sera de comprendre comment un homme seul tient ici par sa foi. Pourquoi la souffrance passe en lui comme une timide avalanche sur le dos cabré d’une montagne ». Avant de susurrer un début de réponse : « Cela est autre. En dedans. Une paix déchirée ça et là par de terribles fracas ». « Une halte au cours d’une vie bousillée », voilà ce que permet la vieille nef de pierre que cet atypique prémontré a décidé de maintenir debout face aux flots du monde. Un peu de paix à portée des hommes. De tous les hommes. Sans certificat de bonne conduite.

« Chez les invisibles »

Adrian aurait pu s’intéresser aux singuliers destins des pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle qui séjournaient nombreux sous le toit du frère Pierre, mais il préféra réserver son attention aux silencieux, aux sédentaires brisés. À ceux pour qui « la vallée n’est pas un passage mais une île ». Si Christophe Guilluy a fait mouche en parlant de la « France périphérique », il faut bien avouer que l’expression manque de poésie. Adrian lui préfère la « France du dedans », celle du petit peuple des oubliés, ce peuple des petits, ce petit peuple « qu’on voit mal puisqu’on lui marche dessus ». L’écrivain-reporter confesse : « Ce qui repousse les caméras m’attire. Ceux qui trébuchent, ceux qu’on ne voit pas. J’aime le fond de la classe. Le saccage et le sursaut, la poudrière, le foutoir, la beauté, les rêveurs : tout est au fond, chez les invisibles ». On croirait lire du Bernanos — c’en est, d’ailleurs, d’une certaine manière. Comme une fenêtre ouverte sur la grâce, au milieu des nuages…


Des âmes simplesde Pierre Adrian. Équateurs, janvier 2017, 18 euros.

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