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Zacharie retrouve la parole par Ghirlandaio © Public Domain
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Comment l’histoire de Zacharie rappelle notre singularité ontologique.

Dans un monde qui tend à uniformiser l’être, à l’objectiver et à lui nier sa dignité ontologique, il est important de rappeler la vision anthropologique chrétienne. Celle-ci se fonde sur la singularité irréductible de l’être.

Lorsque l’ange apparaît à Zacharie pour lui annoncer la naissance prochaine de son fils, il lui dit bien : « Tu lui donneras le nom de Jean ». 

Mais Zacharie est un vieillard un peu désabusé. Il ne croit plus à la promesse du messager céleste. Pour le punir, l’ange lui retire l’usage de la parole : « Mais voici que tu seras réduit au silence et, jusqu’au jour où cela se réalisera, tu ne pourras plus parler, parce que tu n’as pas cru à mes paroles ; celles-ci s’accompliront en leur temps. »

Arrive ce qu’il devait arriver, Elisabeth, la femme de Zacharie, tombe enceinte et neuf mois plus tard, un bébé arrive. C’est un beau garçon et toute la famille accourt. Enfin, la famille comme on la conçoit à ce moment là : les oncles, les arrières cousins, les tantes par alliance… On imagine tout ce monde débarquant au huitième jour après la naissance pour la circoncision. Ça crie, ça se félicite, ça pleure d’émotion, ça cancane au milieu de la maman un peu débordée et du papa muet, et puis… la pression sociale prend le dessus. C’est d’abord ténu puis cela enfle comme une houle de tempête : « Ils voulaient l’appeler Zacharie, du nom de son père. »         

Le prénom :  l’essence même de l’être

C’est que ce n’est pas anodin un prénom. Un prénom, ça exprime l’essence même de l’être, le moi le plus intime, ne dit-on pas que Dieu nous appelle par notre prénom ? Ce n’est pas pour rien que la première fonction de l’Homme régnant sur l’univers fut de nommer les choses et les êtres.

L’attribution d’un prénom est donc un enjeu de taille. Le nom, c’est la vie et le chemin de vie. Cela n’a pas échappé à tous ces gens assemblés pour la circoncision du petit d’Elisabeth : « Ils voulaient l’appeler Zacharie, du nom de son père. »

En fait, la communauté a déjà tout prévu, le nouveau né suivra le chemin de son père. Prêtre dans le temple de Jérusalem, il sera prêtre à son tour… Pression sociale quand tu nous tiens ! Et pourtant, ce n’est pas ce que l’ange avait dit, autrement dit, ce n’est pas ce que Dieu avait prévu. Et la mère de tenter de défendre le plan de Dieu pour son fils : « Mais sa mère prit la parole et déclara : “Non, il s’appellera Jean.” »

L’entourage ne veut rien savoir, c’est qu’ils tiennent à déterminer la vie du gamin.  

– Qu’est-ce qu’elle dit Elisabeth ? Elle est devenue folle ? Déjà que son mari ne dit rien ! Il faut être raisonnable, qu’il fasse ce qu’on a prévu pour lui ! Qu’il soit conforme à la vie de son vieux ! Qu’il ne s’écarte en rien de la tradition de ses pères ! Qu’il assume ses origines et joue le rôle qu’il lui a été dévolu !

« On lui dit : “Personne dans ta famille ne porte ce nom-là !” »

Finalement, leur patience poussée à bout, n’en pouvant plus, la famille, la société, les amis, la tradition se tourne vers le père, espérant que le muet sera plus conciliant : « On demandait par signes au père comment il voulait l’appeler. Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit : « Jean est son nom. » Et tout le monde en fut étonné. À l’instant même, sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu. »

En obéissant à l’ange, le vieux Zacharie retrouve la parole. En ne bloquant pas la force de vie qui vient de Dieu, Zacharie laisse couler le flux du temps et de la volonté divine qui au travers lui vient marquer l’enfant d’un nom nouveau : « Jean ». Jean qui sera le plus grand prophète de tous les temps. C’est l’ouverture au renouveau, au renouvellement des sons et des formes, à la naissance de l’inattendu qui permet le surgissement de l’esprit prophétique.  

Ce nouveau inconnu n’est pas détournement de la volonté divine mais au contraire recherche consciente de son accomplissement ici-bas. Il n’est pas révolte nihiliste et destructrice mais confiance en Dieu qui prend toujours des voies inconnues et inattendues pour élever l’Homme et montrer la singularité ontologique de chaque être.

Sébastien Morgan est historien d'Art de formation. Auteur d'un essai paru en 2013 aux éditions du Mercure Dauphinois : Devenir soi-même, chronique d'un chrétien du XXIe siècle, il est également le webmaster du site relianceuniverselle.com.  Après une décennie passée dans le journalisme, il exerce actuellement le métier d'enseignant à Bruxelles.
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