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Tribunes

Élection présidentielle : Pour Marine Le Pen et Emmanuel Macron, tout commence aujourd'hui

© Joël Saget et Eric Feferberg / AFP

Philippe Oswald - Alexandre Meyer - Publié le 24/04/17

Dans un climat rendu pesant par une campagne chaotique, marquée par les scandales et les débats houleux, la démocratie doit reprendre ses droits. Il dépend de chacun que la vie politique renaisse dès aujourd'hui.

Un séisme a beau être prévisible, signalé, annoncé, il n’en est pas moins dévastateur. Les deux partis qui ont occupé et structuré la vie politique française depuis près d’un demi-siècle, le RPR mué en UMP devenu Les Républicains et le Parti socialiste, sont éliminés du second tour de la présidentielle. Le PS avait déjà vécu cela un certain 21 avril 2002 mais pour la droite classique, c’est une première dont elle se serait bien passée.

Le premier tour franchi, les électeurs heureux ou malheureux sont appelés à faire un choix crucial. Pour la survie de notre système politique et l’unité du pays au sortir du second tour, il est urgent que les débats portent enfin sur le fond, dans la plus grande sérénité possible. Pour Marine Le Pen et Emmanuel Macron, le temps de produire la preuve de leur capacité à réunir les Français et prendre les rênes de notre pays commence aujourd’hui. L’une comme à l’autre, il est temps pour nous d’essayer de mieux les connaître et de bien les comprendre.

La France en quatre quarts

Le vainqueur du second tour et futur chef de l’État, aura à présider un pays divisé en quatre quarts en apparence irréconciliables. Le premier tour du scrutin présidentiel a vu les Français se ranger aux idées de quatre courants politiques bien distincts : la France compte 26 % d’ « insoumis » acquis à Jean-Luc Mélenchon ou socialistes, 25 % de « légitimistes » soutenant la droite républicaine et souverainiste, 24 % de « marcheurs » galvanisés par Emmanuel Macron et 22 % d’ « irréductibles », ralliés à la candidature de Marine Le Pen.

Réunir une majorité présidentielle dans ce contexte sera compliqué, d’autant que, dès les premiers résultats connus, quelques heurts entre casseurs « anti-fascistes » ou anti-capitalistes et policiers étaient relevés dans Paris, prémices d’un printemps « chaud » et d’un troisième tour social décisif.

Deux finalistes au coude-à-coude mais aux réserves de voix inégales

Grand favori dans la course à la présidence de la République mais crédité d’un score contenu au premier tour – 23,8 % à l’heure où nous publions – l’ancien conseiller et ex-ministre de l’économie de François Hollande est également fragilisé par sa faible d’expérience politique. C’est en effet la première fois qu’Emmanuel Macron brigue les suffrages des Français et son mouvement, En Marche, n’existe que depuis une petite année.

Le score de Marine Le Pen s’avère très proche de celui d’Emmanuel Macron avec 21,6 % des voix. Pour lui faire barrage, les ténors politiques de l’ensemble des partis dits « de gouvernement » qui se sont succédé sur les plateaux des émissions politiques de cette soirée électorale riche en surprises, ont sonné la mobilisation générale derrière le candidat Macron. Il lui faudrait donc un report massif des voix de la droite républicaine et de la gauche anti-capitaliste pour espérer l’emporter au second tour.

C’est aujourd’hui que tout commence

Il est temps à présent que le débat projet contre projet, programme contre programme, vision contre vision commence. Après un premier tour gâché par les « affaires », la stérilité des querelles et la médiocrité des débats, souhaitons que le second tour permettra de décliner et confronter les mesures prévues par chacun des deux candidats. L’économie, la consommation, le travail, l’éducation, la mondialisation, la défense, la justice, la famille… Les sujets qui préoccupent les Français ne manquent pas.

La société française a un besoin urgent d’être soignée dans un « hôpital de campagne » pour reprendre l’expression que le pape François a employée en parlant de l’Église. Raison de plus pour bien choisir l’homme ou la femme qui entrera à l’Élysée et la majorité que l’élu voudra ou devra emmener avec lui à l’Assemblée nationale. Une fois la présidentielle passée, formellement, les jeux sembleront seront faits mais politiquement rien ne sera joué et tout ne fera que commencer.

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