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Savoir pardonner pour obtenir le Salut

Audience générale du 13 janvier 2016 au Vatican

Le pape François © M.MIGLIORATO/CPP/CIRIC

Sabine Faivre - publié le 19/04/17

Quand notre frère se noie sous nos yeux, nous devons nous jeter à l'eau pour le sauver. Il en est aussi du péché. Quand un frère s'enfonce dans quelque chose de mal, quelque chose qui le détruit, l'aliène, le dépossède de ses facultés, nous avons le devoir de le lui dire et de lui venir en aide. Car notre Salut en dépend.

Quand notre frère a fait quelque chose contre nous, qu’une faute a été commise et nous a profondément et durablement blessés, si nous considérons cela comme impardonnable, nous nous renfermons dans nos certitudes et notre bonne conscience. Mais en faisant cela, nous empêchons notre frère de marcher vers son propre Salut. Parce que tant que le pardon n’est pas exprimé, tant qu’un acte de réconciliation n’a pas été mené, la faute subsiste, et elle subsiste en premier contre son auteur.

Comment expliquer cela ?

Si nous retenons les fautes de nos frères, d’abord ces fautes seront retenues contre lui au moment du Jugement dernier ; mais ensuite, nous-mêmes seront jugés avec la même mesure que celle que nous aurons utilisée pour juger les autres. Admirable ressort d’interconnexion du Salut des âmes !

Si bien que lorsque nous décidons de pardonner à quelqu’un qui nous a fait beaucoup souffrir, si on le fait d’un cœur sincère et sans arrière-pensée, mais gratuitement — ceci a pour conséquence de décharger cette personne de la faute qu’il a commise. Et en faisant cela, non seulement nous travaillons activement au Salut de cette personne, car ceci ne lui sera pas compté, mais en plus, nous sommes les bénéficiaires de cette action ; car si nous avons su pardonner à nos tortionnaires, alors nous aussi serons déchargés, en proportion équivalente, du poids de nos propres fautes. 

Il y a dans cette imbrication quelque chose d’extraordinairement fécond, qui nous pousse sur le chemin de l’amour total : l’amour qui pardonne et l’amour qui sauve.

Quand les autres participent à notre Salut

Cette interconnexion nous permet de considérer chaque personne que nous rencontrons, des personnes qui composent notre cercle professionnel, familial ou amical, aux passants rencontrés dans la rue, comme providentielle dans notre vie, comme pièce maîtresse de notre Salut.

J’ai décidé, cette année, de réciter silencieusement pour chaque personne croisée dans la rue (surtout des SDF, des enfants roumains qui jouent dans les caniveaux, des personnes âgées qui fouillent les poubelles, des musulmans que je côtoie dans leur quartier ), un « Je vous salue Marie ». Je me dis que ce sera peut être la seule et unique fois dans leur vie que quelqu’un priera pour eux ! De cette manière, je les confie à l’intercession de Dieu, et cela occupe utilement mes trajets à pieds !

Parce que nous sommes humains, nous voulons « trier » ceux que nous côtoyons, et il nous arrive parfois de connaître de vraies tensions avec l’une ou l’autre, ce qui nous pousse à rejeter ces personnes, à les considérer comme parfaitement négligeables dans notre vie.

Non. C’est là que Dieu nous attend précisément… et c’est là que c’est à la fois enthousiasmant et très difficile parfois : presque une ascèse. Pourquoi cette personne, qui me fait tant de mal a croisé mon chemin ?

Nous sommes tentés de fuir pour nous préserver. Ou bien de déclarer des guerres ouvertes qui, elles-mêmes, entraînent des réactions en chaîne d’incompréhension et de malentendus, qui s’auto-nourrissent et génèrent des blessures de part et d’autre. Que faire alors ? Souffrir sans rien dire ?

Non. Mais bien considérer que cette personne n’a pas été placée là par hasard.

Et à travers cette prise de conscience, l’aimer comme Jésus attend de nous que nous l’aimions. Ce n’est pas oublier nos blessures, c’est les mettre sous le regard du Christ, et les transformer en vue d’un pardon total et sincère.

Le pardon et la miséricorde sont ce qui se rapproche le plus de l’amour parfait de Dieu pour les hommes. Un amour donné gratuitement, qui ne se « reprend » jamais, qui est, comme dans l’épître de saint Paul, ni jaloux, ni porté à la colère et à la rancœur mais muni de patience, capable de tout de tout endurer, de tout pardonner, de tout espérer.

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