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Diapo – Alep célèbre les « funérailles » du Christ pour la première fois en cinq ans

©georges moubayed
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Les chrétiens d'Alep ont célébré pour la première fois depuis le début de la guerre, une célébration du Vendredi saint unique, au cœur de la vieille ville.

Découvrez ce reportage photo exclusif de la première célébration des « funérailles » du Christ en cinq ans, à Alep pour le Vendredi saint :

Chaque année, les Alépins avaient l’habitude de se réunir place Farhat, où se dressent trois cathédrales. La première est de rite maronite, la seconde est grecque melkite catholique, la dernière est catholique arménienne. Ils célébraient en ces lieux, en plein cœur de la vieille ville, au soir du Vendredi saint, les très mystérieuses « funérailles » du Christ. Une fanfare accompagnait les prêtres pendant une messe commune aux églises grecque melkite et maronite.

La coutume a pris fin en 2010. La fanfare a résonné une dernière fois avant que la guerre civile n’éclate quelques mois plus tard. En signe de deuil et par respect dû aux morts, la musique s’est tue. À Pâques 2012, la paix régnait encore dans la ville. Les Alépins se sont bien réunis le Vendredi saint sur la place, ont célébré la messe des funérailles de Jésus, mais pas la moindre note ne s’est élevée pendant la procession qui passe depuis toujours devant le portail de sept églises.

Chaque année, le Vendredi saint, les Alépins visitaient sept églises pour faire mémoire des sept étapes du procès du Christ et de sa passion selon l’ordre suivant : institution de l’Eucharistie au Cénacle, agonie et arrestation de Jésus à Gethsémani, Jésus devant le Sanhédrin, Jésus devant Pilate, Jésus devant Hérode, Jésus à nouveau devant Pilate, crucifixion et mort de Jésus au Golgotha.

En 2012, ce fut fini, et les missiles se sont abattus comme la pluie, ont crevé le toit des cathédrales, labouré les dalles de la place, ruiné les églises.

Le renouveau

Le 25 décembre 2016, la messe fut célébrée dans la cathédrale des maronites Saint-Élie d’Alep. La cathédrale avait perdu sa charpente, s’ouvrait grand sur le ciel, mais cela n’a pas empêché les fidèles de retourner y prier, pour la première fois en quatre ans de guerre. Ils avaient retrouvé leur cathédrale sans toit, laissant entrer la neige, la pluie et la lumière sans craindre la moindre roquette.

Vendredi dernier, pour la première fois depuis 2012, les Alépins sont retournés voir la statue de Mgr Germain Farhat (1670-1732), archevêque maronite de la ville et poète, sur la place qui porte son nom, pour prier et faire le tour de leurs sept églises.

La messe des funérailles du Christ a été célébrée pour la première fois en cinq ans dans la cathédrale Saint-Élie. Les scouts de la paroisse ont fait descendre Jésus de la croix pour le placer dans son sarcophage de bois, l’ont porté depuis l’autel jusqu’à la statue de Mgr Farhat. Au retour vers la cathédrale, les premières notes de la fanfare se sont élevées et ont résonné longuement sur les pierres blessées. Les cœurs émus des Alépins se sont serrés. Les fleurs qui ceignaient le gisant du Christ sont passées de main en main. En méditant le chemin de la croix, tous ont douloureusement médité sur les souffrances endurée par leur ville durant la guerre, tous ont prié pour les absents.

Alep vit dans l’obscurité depuis cinq longues années. Pour offrir aux Alépins de vivre leur foi comme au temps jadis, les groupes électrogènes ont tourné à plein régime pour éclairer les rues qui jouxtent la place et la séparent de la cathédrale latine. Si les policiers n’étaient pas disséminés partout en ville, postés en sentinelle aux portes des églises et des cathédrales pour assurer la sécurité des chrétiens, on se serait cru revenu au temps béni des rêves qui précèdent les cauchemars.

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