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Pâques : Tout passage est le déjà-là d’un infini

© Giuseppe Ciccia / NurPhoto / AFP
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"Cette Pâque est un exercice spirituel. Ne nous met-il pas sur le passage des frères comme les disciples d’Emmaüs pour une hospitalité conférant à la vie son sens et son intelligibilité ?"

La vie est faite de nombreux passages. Tous n’ont pas la même densité mais beaucoup d’entre eux nous changent ; certains sont si décisifs qu’ils nous transportent vers des actions transformatrices de soi et de la société.

Pâques, sans s’imposer à l’Histoire, interroge la nôtre. L’homme de Nazareth, « Passeur de vie » nous invite à l’être. Ne serait-ce pas cela croire : ouvrir ce qui est fermé, assouplir ce qui est raide, pour témoigner d’inespérés passages ?

Pâques est « le passage » qui, pour introduire l’inattendu d’un avenir, nous invite non pas à l’attendre, mais à l’anticiper. Espérer, c’est faire naître.

Ces derniers mois, accompagnant des familles roms, libérées de ces enfers que sont les bidonvilles, nous nous aventurons sur le chemin d’un autrement, exode vers une terre de liberté.

Nous savons combien nos frères aînés dans la foi refusèrent ce passage, grommelant auprès de Moïse d’avoir à quitter une terre de servitude dans laquelle ils s’étaient installés, le Livre dit même : vautrés.

La servitude acceptée, mère des passivités délétères, éloigne de ces passages de vie, d’où ces naufrages d’humanité.

Heureusement, il est de ces entraides fraternelles, passage indélébile d’amitié et d’espérance, tel celui de ces enfants et parents discriminés qui, soudainement, voient une lumière dans leur avenir, via les parcours d’insertion dans lesquels ils s’engagent.

Ce passage n’est pas sans difficulté pour nos frères roms. Leur histoire leur a fait perdre l’estime d’eux-mêmes pour avoir rencontré trop de mépris, de visages haineux, pour le moins une indifférence glaciale gelant le désir de s’en sortir.

Il y a quelques jours, nous fîmes une fête du livre avec ces enfants qui, il y a encore 18 mois, ne savaient pas lire. Ils expriment désormais de l’intérêt à ouvrir un livre, passage et passeport vers une autre rive qu’ils n’imaginaient point.

Le livre brise des frontières. L’inattendu des échanges participe à un nouvel ouvrage, celui de la fraternité ; il s’écrit à plusieurs mains en écho au Livre d’humanité qui, avec ses prophètes, dynamise la vie, un appel à quitter ce qui enferme, à sortir de ce qui fracture pour faire naître un vient et un va. Un passage.

La confiance libère une audace pour s’engager dans ces passages se révélant un appel à lutter contre les Babel où s’enferment les mêmes, parlant une même langue qui alimente sectarismes et intégrismes.

Ce Livre qui, sans jamais s’imposer, est si riche d’humanité qu’il est difficile de le fermer. Il nous parle, non pas d’un deus ex machina, mais d’un Père si tendre qui, ne disant rien de Lui, ou si peu, n’a pas d’autre désir que de nous introduire dans la Pâque du Christ, annonciatrice de la nôtre.

Cette Pâque est un exercice spirituel. Ne nous met-il pas sur le passage des frères comme les disciples d’Emmaüs pour une hospitalité conférant à la vie son sens et son intelligibilité ?

À vous passeurs d’espérance et de fraternité, à vous chercheurs et défricheurs d’humanité, joyeuses fêtes de Pâques.

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