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Psychologie : pourquoi nous sommes invitées à lâcher prise

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Lâcher prise ! L'injonction faite aux femmes fait la une des magazines à tel point qu'on ne sait plus vraiment ce qu'elle signifie. Le point avec des thérapeutes.

Entre le boulot, les enfants, la maison… toutes, nous traversons des moments pénibles que nous avons plus ou moins du mal à surmonter. De la petite contrariété à la blessure psychologique, si nous passons difficilement à autre chose, nous  éprouvons alors des émotions négatives. Colère, stress, rancune, dévalorisation, déprime : ces signes doivent nous alerter et nous inviter à lâcher prise.

Certes, se détacher d’une situation que l’on juge inadéquate à son bonheur n’est jamais facile. Mais nous devons admettre que nous ne pouvons pas tout contrôler ni faire en sorte que de telles situations n’arrivent jamais. Pour faire face à d’éventuelles déconvenues, il nous faut apprendre à affronter la réalité c’est-à-dire apprendre à vivre les événements de notre vie tels qu’ils sont et non tels que nous croyons qu’ils devraient être. Lâcher prise ne signifie pas tout accepter, ce n’est pas de la résignation ni de l’indifférence. Le lâcher prise est une technique, pour nous aider à accepter ce qui peut être positif pour nous dans ce qui nous apparaît négatif.

Nous avons grandi avec certaines habitudes et certaines idées reçues. De même, notre vécu de certaines expériences régit nos réactions. Le lâcher prise consiste à sortir de ce fatalisme émotionnel et à prendre conscience des situations que nous ne tolérons pas.

 

Bien identifier ce qui nous freine

Corinne a 42 ans, elle est femme au foyer et a la chance de s’octroyer beaucoup de temps pour elle. « Je fais les boutiques, je vais chez le coiffeur tous les deux jours pour un joli brushing. J’ai une vie très confortable. J’ai choisi d’élever mes enfants – j’en ai quatre – et au début cela n’a pas été facile. Je voulais tout contrôler à la maison : tout devait être parfait. En fait, comme je ne travaille pas, je pensais que je devais m’occuper de ma maison. Mais en fait je me consacrais à la maison !  Le soir, après l’école, je réprimandais en permanence mes enfants : ne marche pas avec tes chaussures sur le parquet, cela fait des traces, comment veux-tu bien lire ton exercice si tu ne poses même pas ton livre à plat sur la table, ne t’avachis pas comme ça dans le canapé… Et dès que mon mari rentrait, je renouvelais mes reproches : tu laisses encore trainer ta mallette sur le canapé, tu n’as pas acheté le pain… Je voulais tellement que mon parquet brille que toute la journée je me baladais chez moi avec des chaussons pour le cirer. Je me mettais une telle pression ! Dès qu’un truc n’allait pas, quand Jérémie renversait son coca cola sur le canapé, ou quand Astrid laissait des céréales sous sa chaise, cela me mettait hors de moi. Et puis un jour, c’est allé trop loin. Pauline, ma troisième fille, revenait de chez ses grand-parents, à la campagne, il y avait des traces de boue partout. De colère, j’ai poussé ma fille. Elle est tombée sur les fesses et m’a regardée. J’ai eu honte de moi et cela a provoqué un déclic. Ma maison a toujours autant d’importance mais j’ai appris à accepter qu’elle vive, que mes enfants la salissent, et puis j’ai appris à décrocher, j’ai par exemple arrêté les chaussons à cirer le parquet ».

Si, pour Corinne, la prise de conscience a été radicale, il n’est pas si simple pour tout le monde de discerner ce qui ne va pas chez soi. Cécile Calichon, thérapeute spécialiste en développement personnel, parle « d’un travail sur les couches de notre inconscient. Cet inconscient est rempli de blocages, un paquet de noeuds, dont nous devons prendre conscience pour le dénouer. Se poser simplement la question « pourquoi? » ou encore « de quoi ai-je peur ? » constitue déjà un très bon exercice ».

Connaître les causes de nos réactions nous aide à reconnaître nos blessures. Cependant, ce travail sur notre inconscient reste, pour la thérapeute, une technique, un moyen de se sentir plus libre : « le lâcher prise ne résoudra pas les causes de vos blocages, plus internes, qui doivent être traités avec un thérapeute mais il vous accompagnera pour libérer ces blocages et vous aidera à exploiter pleinement vos ressources ».

Commençons par prendre un peu de temps pour lister toutes les situations, les objectifs et les projets qui nous tiennent à coeur. Puis, les raisons pour lesquelles nous avons peur de les perdre et pourquoi cela peut nous mettre en colère. Ce petit exercice est déjà un grand pas : nous prenons conscience de ce qui ne va pas, autrement dit, nous venons d’identifier nos résistances.

Laisser agir le mouvement de la vie

Domitille travaille dans la communication. « Je suis en permanence sollicitée, pour un évènement donné, je m’occupe de son organisation, de sa diffusion médiatique, des retombées… Je venais d’avoir le job, j’avais besoin de reconnaissance, je voulais tout mener de front et ne déléguer que très peu. Mais voilà, je n’y arrivais pas. Les dossiers n’étaient pas bouclés le soir, tout me semblait insurmontable tellement j’accumulais du retard et évidemment mon N+1 me le rappelait. Je ressentais une culpabilité immense. C’était ma faute si je n’y arrivais pas, je me sentais nulle, vraiment nulle. Je luttais corps et âme pour tout faire. J’ai frôlé le burn-out. Heureusement, j’ai su reconnaître mes limites avant. J’ai reconnu que je ne pouvais pas y arriver toute seule même si je le voulais ».

La situation de Domitille n’est pas étrangère à Laurence Dujardin, consultante Feng Shui et auteure d’un mini-guide sur Les 50 règles d’or pour lâcher prise aux éditions Larousse. Selon elle, résister « c’est vouloir avant tout, au lieu de laisser agir». Concrètement nous ne pouvons pas décider que notre environnement soit tel que nous le voulons car nous ne sommes pas seules au monde, « c’est le concept de la force par la force qui s’oppose à la force tranquille qui laisse agir le mouvement de la vie dans la fluidité et l’acceptation » avertit Laurence Dujardin.

Laurence Dujardin évoque nos quatre désirs de base : le désir de contrôle, le désir d’union, le désir d’amour et le désir de sécurité. Ces derniers sont à l’origine de nos blocages car ils constituent tout simplement les bases sur lesquelles se développe notre ego. Autrement dit, nous avons naturellement tendance à paniquer dès que la situation nous échappe et à chercher la reconnaissance des autres à tout prix. C’est de cette emprise du contrôle et du paraître que le lâcher prise permet de se libérer.

Retrouver son énergie

Le lâcher prise ne se réduit pas à combler provisoirement notre incapacité à gérer une situation. Il est un mécanisme qui nous aide à accueillir avec plus de sérénité les aléas de l’existence. Débarrassées d’émotions parasites, nous pouvons ainsi nous focaliser sur les solutions et non les problèmes. Cécile Calichon explique que « le lâcher prise est un processus où l’on réintroduit du mouvement, on ouvre le potentiel d’une situation, et c’est de cette façon qu’on arrive à créer un résultat » .

Une fois que nous avons assimilé que nous ne pouvons changer ni les événements ni les autres et que nous pouvons seulement changer notre façon de les percevoir, nous sommes dans le lâcher prise.

Le défi du lâcher prise est donc avant tout d’accepter de faire le deuil de certaines de nos attentes à propos de nous-mêmes ou des autres. Cécile Calichon nous en donne un exemple précis : « J’ai eu pour patiente une petite dame de 70 ans. Elle me disait que son mari avait changé. Elle ne se disputait plus avec lui sur certains sujets qui les avaient poursuivis longtemps. Dans les faits, en parlant avec elle, elle ne s’était juste pas rendu compte que ce n’est pas son mari qui a changé mais bien sa propre perception des problèmes dans son couple. Elle avait lâcher prise, elle s’est détachée de ce qui la contrariait. »

Si nous nous replions sans cesse dans le schéma de la colère et du ressenti nous n’arriverons jamais à atteindre un équilibre émotionnel stable. Il nous suffit de prendre le temps de vivre dans l’instant présent et d’accepter les évènements de la vie comme des opportunités plutôt que comme des obstacles.

Domitille, quant à elle, se recentre sur elle-même une fois par semaine, « nous avons dans nos bureaux une pièce vide. Avec d’autres collègues, nous avons pu obtenir de notre employeur que cette pièce soit à notre disposition à la pause déjeuner du vendredi. Une amie de ma mère est professeure de yoga. Je lui ai proposé d’animer une séance de yoga pour mes collègues et moi. Et ça nous fait un bien fou. On respire un bon coup, on se détend, on évacue le stress. Apaisée, je réussis à mieux gérer ma vie et je vois les différentes façons d’appréhender ce qui peut m’arriver».

C’est bien parce qu’une situation touche à nos points faibles ou remet en question une valeur importante à nos yeux que nous avons tant de mal à décrocher. Pourtant, si nous acceptons non pas de nous remettre en cause mais simplement de changer d’angle de vue, nous déverrouillons petit à petit nos blocages et nos émotions négatives. Cette sérénité retrouvée nous permet enfin d’arrêter de ressasser ce qui nous fait souffrir et d’avancer.

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psychologie
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