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Grand buveur et beau parleur, il sauve la vie d’une femme

Zizou et la vieille dame

Fabiola de la Villegeorges - Publié le 04/04/17

Delphine errait depuis deux jours dans la rue, un geste tout simple l'a ramenée à son foyer.

Marie et Clémentine passaient une agréable et paisible soirée à la terrasse d’un café parisien jusqu’à ce que Zizou en décide autrement. Soulographe bien connu du quartier, il avait jeté son dévolu sur nos étudiantes. Elles lui tiendraient à coup sûr la plus agréable des compagnies qui soient. Oh rien de bien méchant, il suffisait de siroter son verre et d’écouter Zizou palabrer pendant des heures. N’est-il pas connu « comme le loup blanc », dit-il à qui veut l’entendre ? Son métier de décorateur, riche en anecdotes savoureuses, ne vaut-il pas qu’on lui prête une oreille attentive ? Qui se plaindrait de l’étonnante discussion qu’il amorce aussitôt sans leur laisser le temps de dire ouf ! Zizou s’assoit et il parle, il parle et il parle encore. La quarantaine bien tapée, déjà bien éméché, il est tout heureux de son petit effet. L’audience a l’air conquise, du moins c’est ce qu’il croit. L’homme ne lésine pas sur les plaisanteries, les histoires d’avant. Il évoque avec emphase sa maîtrise savante de la dorure à la feuille. Il aurait même officié jusqu’à Versailles ! Les deux filles sourient rien qu’à l’idée, en voyant sa main qui tremble un peu. Mais elles l’écoutent ravies : pour payer sa tournée, il a encore la main sûre.

La conversation est lunaire. Zizou montre à qui veut les voir des photos de ses enfants, de son travail, raconte son divorce et comment il en est arrivé à boire « juste suffisamment pour profiter de la vie »… Les filles devinent, derrière le masque du soiffard, l’homme qui a beaucoup d’amour à donner, mais qui souffre d’une immense solitude. Pour tromper l’ennui, il se rend tous les soirs au même bistro, pour sympathiser. Le gérant le connaît bien et accueille avec beaucoup d’indulgence et d’humour les entrées quotidiennes et fracassantes du phénomène Zizou.

Zizou, lancé dans son monologue, s’interrompt soudain. Une vieille dame passe dans la rue, titubante, sans sac ni manteau. Hagarde, les yeux vides. À ses doigts brillent plusieurs bagues de prix et de belles boucles brunes tirant sur le roux encadrent son visage marqué par la fatigue. Ses traits sont tirés par la crainte et le trouble.
Notre boit-sans-soif se lève d’un bond et la prend dans ses bras sans protocole : « Allons Madame ne restez pas là, venez vous asseoir un moment avec nous ». Les filles se lèvent aussitôt, le petit groupe parvient à faire asseoir la vieille dame tant bien que mal. Jamais il ne serait venu à l’esprit de nos deux étudiantes d’interpeller sans façon cette vieille femme qui passait par là. Elle était pourtant éreintée et avait besoin d’aide. Zizou a compris au premier coup d’œil que quelque chose clochait. Les effets de l’alcool semblent s’être effacés d’un seul coup.

La femme dit s’appeler Delphine mais chacun devine rapidement qu’elle n’a plus toute sa tête. Elle marmonne un numéro de téléphone et répète en boucle : « Je veux aller rue Corneille, je suis dans Paris », « Je veux aller rue Corneille, je suis dans Paris ». L’une des deux filles appelle illico le numéro en question et tombe sur un homme paniqué, son mari. Bernard pousse un soupir de soulagement. Sans la moindre nouvelle de son épouse, il se morfondait depuis deux jours et commençait à se préparer au pire.

La police arrive rapidement sur les lieux et escorte Delphine jusqu’à chez elle. Zizou tient tellement à s’assurer qu’elle rentre saine et sauve qu’il bataille ferme avec les pandores pour monter avec elle dans la voiture de la brigade ! Au prix d’une intense négociation, notre Bon Samaritain se ravise, toute cette histoire lui a donné soif. Les gardiens de la paix sont soulagés. Zizou serre Delphine dans ses bras de toute ses forces et lui répète les yeux embués : « Je suis si heureux de vous avoir rencontrée ».
Aussi loufoque qu’il soit, Zizou a donné aux deux filles une sacrée leçon. Elles n’avaient même pas remarqué cette femme dans le besoin, mais lui, il lui a tendu les bras et a veillé sur elle jusqu’à ce qu’elle soit en sécurité. Zizou n’a pas grand chose, mais ce qu’il possède il le donne à qui en a besoin (ou pas) : un cœur « grand comme ça ».

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belles histoires
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