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Les bons conseils d’un père abbé trappiste : « Pas de soucis ! »

© Antoine Mekary / Aleteia
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Et si la prière, la vraie, pouvait tout retourner ? Une petite leçon d'optimisme signée Dom Samuel Lauras, abbé de Nový Dvůr.

Sans Dieu, l’homme n’est qu’un tigre de papier. La femme, un joli lapin blanc… Nous étouffons non pas sous des problèmes économiques, ou politiques, ou même moraux, bien qu’ils existent. Nous étouffons de l’absence de Dieu dans nos vies. Ou de la toute petite place que nous lui avons laissée. Nous sommes coincés entre deux impuissances : l’impuissance des chrétiens à transmettre leur foi, à trouver les mots justes, des mots qui touchent et convainquent ; l’impuissance des autres à écouter nos mots, même malhabiles, même un peu déformés, qui pourraient retourner leur vie. Parce qu’à travers nous, c’est le Seigneur qui leur parle. Certes, tout n’est pas foutu. Il y a, ici et là, des communautés chrétiennes, des familles chrétiennes vivantes. Il demeure, même chez ceux qui ont abandonné la foi de leur enfance, surtout chez ceux-là, quelque chose de droit, de sain, de prometteur. Mais ne nous voilons pas les yeux : il semble bien que manque l’essentiel. « Pas d’soucis ! » J’entends cette expression tout le temps, devenue rengaine ! Pourtant, soyons honnêtes, il y a bien de quoi se faire du souci. Sinon, nous n’aurions pas besoin de répéter que tout va bien !

Avant de changer le monde, essayons de porter un regard de foi sur notre vie quotidienne. Il ne suffit pas seulement de croire que Dieu existe (les bons philosophes le savent par raisonnement), qu’Il nous a sauvés, etc. La foi ne consiste pas uniquement en des vérités spéculatives. Elle donne la capacité d’adhérer à une Personne, adhésion qui doit éclairer notre relation avec Dieu et jusqu’aux détails de nos relations mutuelles. Le vide qui habite le cœur de l’homme, apparenté à l’angoisse, peut devenir, par la foi théologale, levier pour s’ouvrir à la rencontre de Dieu en Jésus-Christ, dans la communauté des croyants, l’Église. La foi chrétienne n’est pas une confiance vague, accordée au Très-Haut, comme on croit un plombier qui déclare qu’il faut changer le chauffe-eau. Elle est un don qui se demande et se reçoit dans la prière.

Pour tenir le coup dans les difficultés quotidiennes, il serait bon de s’armer d’espérance. Sans l’espérance théologale, la vie chrétienne perd toute signification, car elle a pour vocation d’annoncer les biens du Royaume à venir. L’espérance permet de garder un sain réalisme. La perfection n’est pas de ce monde, ni dans le domaine pratique, ni dans la vie spirituelle, ni là où nous vivons (famille, communauté religieuse, entreprise). « La foi que j’aime le mieux, dit Dieu, c’est l’espérance », rappelait Péguy. Par elle, il devient possible de dépasser déceptions, frustrations, et la résignation qu’elles pourraient engendrer. L’espérance est aussi objet et fruit de la prière.

Et si l’on commençait par… s’aimer soi-même

Comment l’amour de soi, l’amour des autres et l’amour de Dieu peuvent-ils s’équilibrer mutuellement ? Comment notre cœur peut-il rester vivant au contact des autres, sans cesser de s’ouvrir à un Dieu invisible, insensible et, semble-t-il, quasi inaccessible ? Comment l’expérience du cœur peut-elle rejoindre et enrichir l’expérience de la foi et contribuer à faire de nous qui demeurerons toujours, pour une part, chair, affectivité et sensations, une personne liée au Seigneur Jésus, vivifiée par l’Amour, unifiée et tournée vers Dieu le Père ? La priorité de l’amour de Dieu dans une vie chrétienne sincère ne fait question pour personne. Même s’il est toujours délicat d’équilibrer amour pour Dieu et amour des autres, personne ne doute non plus de l’importance des relations mutuelles. La tentation sera de penser que pour aimer Dieu et les autres, il faut nécessairement cesser de s’aimer soi-même. Or s’aimer soi-même, c’est aimer le bien que Dieu a déposé en soi, lui donner de l’ampleur, affermir ce bien en combattant défauts et excès, le partager avec d’autres, dans une hiérarchie ou les réalités spirituelles ont la première place, sans mépris pour ce qui est bon.

Appuyée sur la foi théologale, le chrétien s’unifie donc d’abord dans la conviction que toute œuvre bonne est don de Dieu. Intelligence et volonté, imagination et sensibilité, le corps même, sont sollicités. Ensuite, il s’ouvre aux autres dans des relations saines. L’expérience montre que les attitudes justes ne sont pas spontanées. Il y a de quoi faire et toujours quelque chose à reprendre. C’est l’espérance qui soutient notre persévérance. Enfin il développe une relation authentique avec le Christ-Jésus. D’abord… Ensuite… Enfin… Faudrait-il attendre de s’aimer soi-même pour aimer les autres, et d’aimer les autres pour aimer le Seigneur ? C’est son amour qui ordonne les deux autres (amour mutuel et amour de soi) et ces trois amours se soutiennent mutuellement en cercles concentriques.

La prière…

Tu pressens que le Seigneur Jésus t’attire et que rien ne pourrait avoir de sens hors d’une relation étroite avec lui. C’est une grâce, une immense grâce. Le Christ se manifeste souvent à toi en creusant un vide dans ton cœur, en mettant une note d’insatisfaction et d’inaccompli dans tout ce qui n’est pas Lui. Parfois Il te demande beaucoup, énormément. Il est pourtant là, invisible et présent. On ne sait s’il marche derrière nous, sans se faire remarquer, ou bien assez loin au-devant de nous, pour que nous le suivions. Il nous attire, nous n’en doutons pas. Sans Lui, notre vie ne serait qu’une ombre de vie. Il a un visage, nous le croyons. Une voix, avec laquelle il s’adressait à ses disciples, avec laquelle il s’adresse aussi à nous dans les Évangiles, dans les sacrements, mais que nous n’entendons pas.

La prière, comment faire ? Disons… Commençons par prier beaucoup.

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