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Les Perses et les Juifs n’ont pas toujours été ennemis

© Pavel Golovkin / POOL / AFP

Vladimir Poutine et le 1er ministre israélien, Benjamin Netanyahou © Pavel Golovkin / POOL / AFP

Roland Hureaux - Publié le 21/03/17

Lit-on encore la Bible en Israël, au moins dans les sphères gouvernementales ? On peut se le demander à la suite de la récente visite de Benjamin Netanyahou à Moscou. Et Vladimir Poutine, qui a été, il est vrai, élevé dans un Etat athée, ne semble pas la connaître beaucoup non plus.

Reçu au Kremlin, le Premier ministre israélien a violemment critiqué l’Iran, allié de la Russie au Proche-Orient : « Il y a 2 500 ans, dit-il, il y a eu une tentative en Perse de détruire le peuple juif », précisant que la fête de Pourim (12 et 13 mars) célèbre, selon la tradition juive, la victoire des Juifs contre ceux qui avaient projeté cette  extermination.

« Voilà qu’aujourd’hui l’Iran, héritier de la Perse, poursuit cette tentative de détruire l’État juif. Ils le disent de la façon la plus claire, ils l’écrivent sur leurs missiles », a ajouté Netanyahou.

« Oui, mais  c’était au Ve siècle avant notre ère », a répondu, ironique, mais pas mieux informé, le président russe. « Aujourd’hui, nous vivons dans un monde différent », a-t-il ajouté. Un monde différent sans doute, mais ce qui s’est passé au Ve siècle av. J.-C. (ou au IVe, on ne sait), n’a rien à voir avec ce que disent Netanyahou et Poutine.

Toute l’Antiquité préchrétienne montre au contraire que les Juifs n’avaient pas alors d’allié plus solide que les Perses.

Les Juifs sont déportés à Babylone par les Assyriens à la suite de la prise de Jérusalem par le roi Nabuchodonosor en 586 avant J.-C. Cinquante ans après, les Juifs sont libérés par le roi de Perse Cyrus. Entre temps, les Perses (indo-européens) avaient éliminé les Assyriens (sémites) et pris Babylone.

Cyrus ne se contente pas de libérer les Juifs, il patronne leur réinstallation à Jérusalem : 40 000 y retournent, les autres restant en Mésopotamie. Il nomme un préfet juif, Néhémie. C’est sous la domination politique des Perses qu’est reconstruit le Temple de Jérusalem. Mais il y a plus : c’est à ce moment qu’est mise au point la Bible hébraïque dans la version que nous connaissons. Si la tradition la fait remonter à Moïse (pour les cinq premiers livres qui contiennent la Tora), des historiens pensent que l’essentiel a été rédigé sous les auspices de Néhémie et de Cyrus. On exagère à peine en disant que le principal du judaïsme a été mis en forme dans le giron de l’Empire perse.

Netanyahou fait référence au livre d’Esther selon lequel, à une époque non précisée, le roi de Perse Assuérus (dont on ne sait pas exactement qui il est, aucun roi de Perse n’ayant porté ce nom) tenta d’exterminer les Juifs sous l’instigation de son grand vizir Haman. Ils furent sauvés par l’intercession de la reine juive Esther qui, sur les conseils de son oncle Mardochée, le chef de la communauté juive, convainquit le roi de renoncer à son infâme projet. Ce célèbre récit a été illustré, on le sait, par une tragédie de Racine.

Déjà, pour convaincre George W. Bush de la malfaisance des Iraniens, Netanyahou lui avait offert une édition de luxe du livre d’Esther.

En fait, le sinistre Haman n’est pas perse mais grec, le texte dit macédonien.

Autant que l’on puisse savoir ce qui s’est passé d’après ce récit, dont l’historicité est incertaine, le roi de Perse, personnage assez passif, est entouré de deux minorités dynamiques très influentes à la Cour : la minorité juive et la miroité grecque. Le récit d’Esther est celui d’un règlement de compte entre Juifs et Grecs qui se termine par la déconfiture des Grecs.

Cependant, en 333, l’Empire perse est détruit par Alexandre. Les Grecs dominent alors la région pendant plusieurs siècles.

L’hostilité séculaire des Juifs et des Grecs

Or c’est avec les Grecs que les Juifs rencontrèrent le plus de difficultés. Les plus importantes vinrent du roi grec Antiochus Epiphane, dont l’historicité est plus assurée que celle d’Assuérus. Voulant, au début du IIe siècle, abolir les traditions juives, il fit périr de la manière la plus cruelle ceux qui résistèrent, comme le vieillard Eléazar puis sept jeunes gens et leur mère [1].

Contre cette tentative d’hellénisation forcée se leva la révolte des Macchabées (175 -140) qui rétablit temporairement l’indépendance et les traditions juives.

Sous protectorat romain tous les deux, le roi demi-juif Hérode fut en butte aux ambitions de la reine Cléopâtre, grecque. Son amant Antoine lui offrit même une garde de 600 Gaulois pour la renforcer [2].

Seule exception à cette longue chronique conflictuelle : une ambassade juive à Sparte en 177 [3].

La domination romaine prolongea la domination grecque. Après la destruction de Jérusalem par les Romains (70, puis 135 de notre ère), il faut attendre la conquête de Jérusalem par les Perses en 614, pour qu’une nouvelle fois, un roi perse, Chosroês, tente de ramener les Juifs à Jérusalem.

S’il arrive trop souvent aujourd’hui que le souvenir de l’histoire excite les conflits, il est des cas, comme celui de la relation entre Israël et l’Iran, où c’est au contraire son ignorance qui les envenime.


* Auteur de Gnose et gnostiques des origines à nos  jours , DDB, 2015.

[1] Second Livre des Maccabées, chapitres VI et VII

[2] Selon Flavius Josèphe

[3] Premier Livre des Maccabées, chapitre XIV

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