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Et si on retrouvait notre part de douceur ?

Femme tenant un bouquet de fleurs

OBSERVER SES ÉMOTIONS. Christophe André appelle les émotions "le thermomètre du bonheur". "Émotions agréables: nous nous rapprochons de davantage de bonheur. Émotions désagréables, nous nous en éloignons." Si les émotions négatives ont selon lui un rôle et une fonction qu'il ne faut pas négliger, les positives "sont plus riches qu'on ne le croit au premier abord". D'une manière générale, les observer, les étudier permet de savoir se situer sur l'échelle de notre bonheur.

Marie de Ménibus - Publié le 18/03/17

Non douceur ne rime pas avec lenteur ! Alliée de notre énergie, la douceur est une force non une faiblesse. Bonne nouvelle, elle existe en chacun de nous ! Nos pistes pour la recontacter.

La douceur apparaît anodine, voire désuète. Rempart contre notre volcan intérieur, elle est pourtant essentielle. Comment la (re)contacter quand elle est réduite à un concept abstrait ?

La douceur ? Valérie ne connaît pas. Depuis qu’elle est ado, elle ne cesse d’entendre de sa mère : « soit douce, Valérie, soit douce ». Et combien de fois, elle a entendu de ses amoureux : « soit moins brusque ! ». Cette maman solo aimerait bien être douce. Sa nature emportée ne lui convient plus, elle la laisse exsangue. « Mais quel est le mode d’emploi ? », supplie-t-elle. Et s’il suffisait de désirer ardemment la douceur pour se l’approprier ? Peut-être nécessite-elle simplement d’être exercée ? Par la volonté, on peut devenir calme. Pas douce. Car la douceur ne joue pas les faux-semblants, elle est la manifestation de notre état intérieur, « l’élargissement de notre être », ajoute Anne Dufourmantelle, philosophe et psychanalyste*. Si elle n’est pas incarnée, cette perle sacrée est vide de toute substance. « Une caresse peut transporter de l’agressivité, contenir du mal-être ».

Comment reconnaître la douceur ?

C’est un feu d’artifice d’émotions mêlées à des sensations. La douceur est enveloppante, moelleuse, irradiante, fondante. Elle est plénitude. « Elle connecte notre corps d’adulte à notre corps de nourrisson mais aussi au monde utérin », observe Anne Dufourmantelle. Le toucher n’est pas sa seule voie. Elle se manifeste aussi par un regard, une posture, une intonation, une attention. Si, d’après la psychanalyste, on ne peut pas la décorporiser, elle se manifeste là où elle est autorisée. Marc est plutôt accolade que câlin avec ses enfants. Dans l’éducation qu’il a reçue, le toucher était proscrit. Pas assez viril. Il se sent doux quand il leur raconte une histoire ou quand il les emmène à la pêche. Et si la douceur naissait de la caresse ou de la situation elle-même ? Pour Jeanne Siaud-Fachin, psychologue clinicienne**, la douceur est une façon de regarder le monde et de parvenir à s’y ajuster. «J’emmenais souvent mon fils admirer le coucher de soleil. C’était un doux moment d’intimité muette avec lui et avec moi-même ».

Pourquoi sommes-nous inégaux devant la douceur ?

En accédant à la douceur, Valérie imagine qu’elle perdrait sa « forte personnalité », son côté « battant », son identité-même. Comment être dans la douceur tout en restant protégé ? Dans ce monde de performances, où nous sommes sur tous les fronts, n’est-elle pas inadéquate, voir un handicap ? Au contraire. ‘’La douceur, c’est la  plénitude de la force’’, pour reprendre Alphonse Gratry, prêtre et philosophe. La douceur est puissante car elle est désarmante. Elle apaise celui qui la donne, adoucit celui qui la reçoit. Irène, la petite trentaine, percevait sa dureté comme son seul moyen de tracer sa vie. Aujourd’hui, avec la naissance de son bébé, elle la trouve ridicule : « je ne suis pas agressée en permanence ! Je suis trop sur la défensive. J’aimerais pouvoir m’ouvrir ». Pas simple. Elle pense qu’aucune femme de sa branche maternelle, jusqu’à son arrière grand-mère, n’est ou n’était douce. « Chez nous, la douceur est synonyme de mollesse, de fade, de soumission. Elle pourrait nous exposer au risque. Il faut avancer, les poings serrés, et ne jamais se plaindre. Il y a beaucoup d’amour mais pas d’embrassade, pas de compliment, pas d’attention ». Son père ? « Trop pudique ». Difficile d’incarner la douceur quand on a l’impression de ne pas l’avoir reçue en héritage, d’une mère, d’un grand-père ou d’une nounou. Pourtant, elle existe en chacun de nous. Pour Florence Rostand, thérapeute psychocorporelle biodynamique à Marseille, l’enfant est porteur d’un « noyau sain » dès les premiers instants de la vie. C’est dans son histoire, quand les obstacles à exprimer ses élans sont trop nombreux, qu’il se coupe et se durcit pour protéger le « doux » et le « fragile ». « Petit à petit, le noyau vivant se cache derrière des couches de protection émotionnelle (je ne sais plus pleurer) et corporelle (j’ai le thorax bloqué). Ces ‘’armures’’ servent de protection en situation de survie. Mais elles deviennent prison quand on veut les déposer. On n’en a plus besoin mais elles persistent en lien avec une souffrance profonde  ».

Comment recontacter  notre douceur ?

Recontacter cette douceur primaire, rouvrir cette partie enfouie au plus profond de soi, passe alors par le lâcher-prise et l’acceptation d’une certaine vulnérabilité. Ça suppose l’abandon. La thérapie biodynamique***, avec ses différents outils – la parole connectée au ressenti, le massage, le rêve éveillé, la mise en situation, etc. – est un outil précieux pour fondre ses ‘’armures’’,  « pour retrouver le chemin de ce ‘’noyau sain’’ et, dans le respect des résistances, soutenir la mise en mouvement des lieux du corps bloqués », précise Florence Rostand. C’est dans son cabinet qu’Irène a contacté un vieux souvenir, un câlin furtif avec sa mère, si précieux que son corps en a gardé l’empreinte. « J’avais cinq ou six ans, nous étions dans le jardin baigné de soleil, elle m’a prise dans ses bras. Un immense sentiment de bien-être et de sécurité m’a envahie ». Comment préserver cette douceur émergente ? En l’accueillant quand elle survient. En la nourrissant. En lui laissant l’espace et la respiration dont elle a besoin. En lui offrant la lenteur. « Pour moi, la douceur est présente quand je suis dans l’instant, en communion avec la pulsation du vivant et en lien avec ce qui m’entoure », confie Florence Rostand. Pour Jeanne Siaud-Fachin, c’est « une forme de sérénité intérieure, de plaisir à être soi et à sa place ». Ce que Freud appelait le ‘’sentiment océanique’’, « cette expérience de joie intime, ce moment de grâce qui nous dépasse », commente la psychologue. Cela suppose d’être « en amitié avec son corps et de le relier avec l’émotion et la pensée » préconise Anne Dufourmantelle. Les thérapies par le Champ d’Argile®**** ou par le chant permettent de descendre dans ses profondeurs pour prendre possession de ses entrailles et les faire vibrer. La méditation de pleine conscience est un autre chemin de retrouvaille, le seau qui permet de puiser au fond de soi l’eau pure et régénérant, pour reprendre l’image de Jeanne Siaud-Fachin : « la méditation permet de se ressentir et se recentrer, de ne plus être dans le mode réactif et les émotions débordantes, d’être bienveillant avec soi et les autres. De s’éveiller à soi-même ». Au fond peut-être que se reconnecter avec sa douceur, c’est aussi se reconnecter avec sa sécurité intérieure.

*auteur de ‘’Puissance de la douceur’’ (2013, Payot)

**Organisation de stages et voyages de Méditation Pleine Conscience, Meditez.com, auteur de ‘’Comment la méditation a changé ma vie… et pourrait bien changé la vôtre’’ (2012, Odile Jacob)

*** http://www.psychologie-biodynamique.com

****Par le toucher de la terre et le ressenti des mains, cette thérapie vous amène à vous rencontrer. Il vous ouvre à votre propre vitalité, à votre créativité et  vous  permet ainsi de vous relier à vous-même. http://adecap.eu/

Tags:
psychologiethérapie
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