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Faut-il réellement « tendre l’autre joue » ?

Carracci, la flagellation au musée de la Chartreuse de Douai © Wikipedia

Carracci, la flagellation au musée de la Chartreuse de Douai © Wikipedia

Père Robert McTeigue, SJ - Publié le 13/03/17

Que voulait vraiment dire Jésus dans ce célèbre passage évangélique ?

« Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. » (Matthieu 5, 39) Cette phrase que prononce Jésus est sans doute l’un des passages les moins bien compris des Évangiles avec le célèbre : « Ne jugez pas, pour ne pas être jugés » (Matthieu 7, 1).

Il semblerait que le Christ demande ici le désarmement complet face au mal moral, spirituel et physique, consigne qui de prime abord peut s’avérer révoltante.

Devenir passif ?

Comment le fait de « tendre l’autre joue », dans une indifférence passive, pourrait-il être juste lorsque le sacrilège remplace le sacré ? Lorsque le mensonge prend la place de la vérité ? La perversion celle de la pureté ? Quand l’abomination remplace la beauté ? Quand le divertissement est pris pour de l’adoration ? Quant à la place de la tradition sacrée, on introduit des nouveautés ? Et lorsqu’enfin, la charité du cœur est remplacée par la main pesante de l’État ?

Saint Thomas d’Aquin nous met en garde contre une lecture si hasardeuse et imprudente : « Les Saintes Écritures doivent être comprises à la lumière du Christ et des autres saints ».

Pour mieux comprendre le passage sur la joue, saint Thomas s’appuie sur l’Évangile de saint Jean, au chapitre 18, 23, lorsque Jésus s’adresse au garde qui l’a frappé. Il évoque également le parcours de saint Paul dans les Actes des Apôtres (16, 22). « Le Christ n’a pas tendu l’autre joue à ce moment-là, et saint Paul non plus. Par conséquent, nous ne devons pas penser que le Christ nous a commandé de tendre la joue physiquement à ceux qui nous auraient frappé l’autre ». Lorsque Paul, dans Actes 23, 3 est frappé, il n’est pas resté silencieux, mais a averti son agresseur du jugement et de la punition divine.

Comment suivre l’exemple du Christ ?

Alors comment pouvons-nous comprendre l’expression « tendre l’autre joue » en suivant l’exemple de Jésus et des saints ? De manière évidente, il ne peut s’agir d’une indifférence passive au mal ou d’une fausse inertie, surtout lorsque les trésors de la foi et de la raison sont en grave danger.

Saint Thomas d’Aquin nous indique le chemin : « Faire une interprétation littérale du Discours sur la Montagne signifie en réalité mal l’interpréter. Or, ce précepte exhorte plutôt à être prêt à supporter, si nécessaire, des choses similaires ou même pires, sans amertume vis-à-vis de son agresseur ». Notre Seigneur nous enseigne, en paroles et par l’exemple, de ne pas succomber au mal, mais plutôt de résister à celui-ci en luttant contre la tentation de haïr celui qui l’accompli.

Oui, comme nous le dit Jésus, nous devons aimer nos ennemis et prier pour ceux qui nous persécutent. C’est une tâche que nous devons accomplir. Mais cette obligation ne nous dispense pas de protéger les plus faibles, de résister au mal ou de défendre ce que le Christ a confié à son Église, qu’Il a Lui-même fondée.

Le Carême est un temps saint, un véritable « camp d’entraînement » qui nous rappelle, chaque année, qu’il existe une réelle bataille à livrer pour le salut de nos âmes et de la création toute entière. Satan et ses esclaves haïssent l’œuvre de Dieu et voudraient détruire, sur la Terre, ce qui a été créé pour le Ciel. Dans nos cœurs et dans nos esprits une guerre fait rage dont l’enjeu se joue dans l’Eternité. Notre amour pour Dieu risque toujours de se refroidir, de la même manière, que notre passion pour le monde risque sans cesse de s’enflammer. Dans tout ce qui nous entoure, la culture actuelle et l’arrogance de l’État, sans cesse, entreprennent de nous séduire, de nous réduire au silence, et enfin, de nous consumer.

Le Carême est un temps pour découvrir si quelque chose, autre que Dieu, exerce une emprise sur nous. C’est un temps pour discerner, avec clarté, qui règne sur notre cœur. C’est un temps pour vérifier si nous avons l’humilité, la docilité et la volonté nécessaires pour « entrer par la porte étroite » (Matthieu 7, 13) qui est l’unique voie pour le ciel.

Il est temps pour nous de nous réveiller et de nous rendre compte que nous sommes en guerre et que pour le moment, les évènements ne semblent pas évoluer de la bonne manière. Souvenons-nous que saint Bernard dit que « Dieu châtie le bien quand on ne lutte pas contre le mal ». Dans Sa Miséricorde, le Seigneur nous donne le temps du Carême pour nous former en vue de la bataille : une bataille que nous devrons mener jusqu’à notre dernier souffle.

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