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Face aux escadrons de la mort, les églises philippines donnent l’asile aux dissidents et aux fugitifs

©NOEL CELIS / AFP
Une rue pauvre de Manille / AFP PHOTO / NOEL CELIS
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Des prêtres défient le président Duterte et sa terrible campagne d’exécutions extra-judiciaires.

Regarder la réalité avec les yeux de l’Évangile. Et pourquoi pas à travers la lentille de son téléobjectif, comme fait ce prêtre philippin Ciriaco Santiago, de l’ordre des rédemptoristes, qui a trouvé une façon très personnelle d’exercer sa mission. Alors que l’actualité ne cesse de rapporter de terribles épisodes liés à la campagne d’exécutions extra-judiciaires pratiquée par les forces de police contre les personnes suspectées d’être impliquées dans des trafics de drogue – trafiquants, toxicomanes – le religieux retourne chaque soir dans les quartiers difficiles de Manille et en banlieue, à la recherche de preuves pour dénoncer ces violences. Les scènes qu’il arrive à photographier sont abominables : cadavres abandonnés dans une flaque de sang ; corps mutilés ou portant des signes de tortures ; adolescents criblés de balles.

L’horrible guerre

En huit mois de gouvernance, l’horrible guerre anti-drogue lancée par le président Rodrigo Duterte a fait plus de 7 600 morts, dont 2 500 tués par la police (dans de soi-disant affrontements armés avec les criminels). Quelque 5000 autres personnes auraient été exécutées par des « escadrons de la mort » à la solde des forces de l’ordre, selon un récent rapport d’Amnesty International, pour faire « le sale boulot » et « nettoyer » les rues de la criminalité, de manière expéditive sans passer par les lenteurs de la justice ordinaire ou d’un procès en bonne et due forme.

Dans un rapport, paru début mars, sous le titre « Permis de tuer : Meurtres commis par les policiers philippins dans le cadre de la guerre anti-drogue de Duterte », l’Ong Human Rights Watch, dénonce une « campagne de grande ampleur », susceptible de « constituer un crime contre l’humanité ».

« Faire connaître cette barbarie légalisée est un devoir humanitaire », estime Ciriaco Santiago, le reporter-religieux. Pour lui, il est primordial de « sensibiliser l’opinion publique sur ces flagrantes violations de l’état de droit et de la légalité, pour arrêter le massacre ». Le journalisme, a-t-il expliqué à Vatican Insider, « peut vraiment servir l’intérêt public et le bien de la communauté ». À ce propos, les rédemptoristes ont rassemblé toutes ses photos et les ont exposées sur grands panneaux à l’entrée du sanctuaire de Baclaran, une église très populaire à Manille. La réaction d’indignation des fidèles a été immédiate, mais très rapide aussi celle des bandes armées qui ont profité de la nuit pour voler ou détruire les panneaux.

La hiérarchie catholique se rebiffe

Les fortes critiques de l’Église catholique contre les méthodes utilisées par les « justiciers » du président philippin sont désormais connues dans le monde entier. Depuis l’arrivée au pouvoir de Rodrigo Duterte, en mai 2016, elle a de plus en plus de mal « à se faire entendre et à faire respecter ses points de vue éthiques et sociaux dans la sphère publique », dénonçait Eglises d’Asie en novembre 2016. Face aux terribles exactions commises par les forces de l’ordre, cardinaux, évêques et prêtres, n’hésitent pas à prendre courageusement la parole. La dernière « marche pour la vie », il y a un mois à Manille, s’est transformée en un immense cortège de protestation (10 000 fidèles) contre les méthodes utilisées par le président, promoteur d’un « règne de terreur », assimilable à celui du temps de la dictature de Ferdinando Marcos.

Et les nouvelles mesures annoncées par le gouvernement – comme le rétablissement de la peine de mort ou une baisse de l’âge minimum à 9 ans pour la responsabilité pénale – ne font qu’augmenter les frictions et le fossé entre la hiérarchie catholique et le gouvernement. L’Église tient à préciser qu’elle « n’est pas contre Rodrigo Duterte » mais estime que les droits de l’homme, la justice, le respect de la vie, sont des valeurs d’une « extrême importance ».

Les religieux au grand courage

Mais les paroles ne suffisent pas. La communauté des baptisés a cherché des voies concrètes pour endiguer la vague d’exécutions qui ensanglante le pays. Donnant ainsi le jour à une campagne « Portes Ouvertes » dans les églises philippines, qui ont commencé à accueillir des fugitifs et des toxicomanes qui risquent d’être tués de sang froid. À Quezón City, un quartier de Metro Manille – une conurbation de 15 villes – le carme Gilbert Billena, un autre prêtre-courage, accueille dans les murs de sa paroisse « les nouveaux réfugiés ». Il est membre de l’association « Rise Up » (« Levez-vous ! »), créé précisément dans le but de résister à la campagne anti-drogue, définie « illégale, immorale et inhumaine ».

Mais Gilbert Billena et Ciriaco Santiago ne sont pas les seuls prêtres à défier ouvertement le président Duterte dans un mouvement qu’ils appellent mouvement « de résistance non-conventionnelle » : Amando Picardal, de son pupitre, ne perd pas une occasion pour dénoncer le président philippin comme « assoiffé de sang » et « en proie au complexe du Messie » ; d’autres, comme le missionnaire belge Hans Stapel ou l’Irlandais Shay Cullen assurent des programmes de récupération pour toxicomanes : une action paradigmatique pour montrer au gouvernement que le chemin à emprunter pour combattre la drogue est celui de la « sensibilisation culturelle » et de la « réhabilitation », pas la suppression.


Lire aussi : Philippines : dangereux virage pour l’Eglise


Une sénatrice « encombrante »

L’idée d’accueillir « les nouveaux réfugiés » dans les églises est partie de cette conviction, appliquant une tradition remontant à l’ère du président Marcos, quand les édifices sacrés servaient de refuge aux activistes, journalistes, politiques et intellectuels déclarés « ennemis de l’État ». C’est ce qui est arrivé, il y a quelques jours, à la sénatrice Leila de Lima, principale opposante politique du président Duterte. Ancienne ministre de la justice sous Benigno Aquino jr, celle-ci a été arrêtée fin février, sous l’accusation de complicité avec les trafiquants de drogue, sur la base de témoignages de son chauffeur. Accusations qu’elle nie, criant au complot. L’opposante est à la tête de la commission pour les droits de l’homme qui avait ouvert une enquête sur les agissements de Duterte à Davao, en 2009, alors qu’il était maire de la ville. Elle risque aujourd’hui la prison à vie.

Ces derniers rebondissements marquent un tournant dans la vie politique aux Philippines : la répression de la dissidence a commencé .

Article traduit et adapté de l’italien par Isabelle Cousturié.

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