Recevez la newsletter d'Aleteia chaque jour!
Démarrez la journée avec la newsletter d'Aleteia
Je m'abonne gratuitement !

Vous ne souhaitez pas faire de don ?

Voici cinq façons d'aider Aleteia:

  1. Prier pour notre équipe et le succès de notre mission
  2. Parler d'Aleteia dans votre paroisse
  3. Partager les articles d'Aleteia avec vos amis et votre famille
  4. Désactiver votre bloqueur de pub quand vous êtes sur Aleteia
  5. S'abonner à notre newsletter gratuite et la lire tous les jours

Je vous remercie!
L'équipe d'Aleteia

 

Souscrire

Aleteia

La grosse déprime des agriculteurs

© Wikimedia Commons
© Wikimedia Commons
Partager

Le Salon de l'Agriculture s'achève sur l'amère constat d'une fracture entre le monde paysan et le monde politique.

Dès l’ouverture du Salon de l’Agriculture, samedi 25 février, les visiteurs étaient déjà nombreux dans la matinée, à arpenter les allées de ce gros événement, qui s’étend sur neuf jours. Connu de tous les Français, il est une bonne occasion de mettre sur le devant de la scène ceux qui ont fait profession de faire fructifier la terre et de nourrir les hommes.

En cette année d’élection présidentielle, les candidats auront encore davantage de raisons de se rendre à un événement déjà traditionnellement très prisé des politiques. Mais de politique, agriculteurs et producteurs ne parlent qu’avec réticence, et beaucoup la lassitude dans la voix. Entre les éleveurs de bêtes à concours et les grands fauves de l’arène politique, le lien s’est effiloché jusqu’à rompre tout à fait. Michel, éleveur quinquagénaire dans le Maine-et-Loire, soupire à l’évocation des hommes politiques : « De toute façon, on n’espère plus rien d’eux. Ils sont tous dans un mouvement électoraliste. Chaque année, c’est le même cirque : ils passent devant nous, ils nous parlent parfois, mais ils n’écoutent pas nos réponses. Ils font leur pub, et puis s’en vont. » Pour ce propriétaire d’une ferme de soixante vaches, dont les trois enfants envisagent tous de travailler dans le milieu agricole, la vie serait plus simple sans la recrudescence des normes : « On ne sait plus si elles nous viennent de l’Europe ou si ce sont des complications administratives françaises. Tout ce que je sais, c’est qu’ils veulent laver plus blanc que blanc. C’est pénible, et ça nous handicape pour la production de la viande, ou la revente des bêtes. »

« Si ça continue comme ça, ce sera Marine »

Michel n’est pas le seul à exprimer son incrédulité quant à l’action de nos élus. Pierre-Yves, éleveur de porcs dans le Finistère déplore la concurrence de son secteur avec des pays de l’Union européenne « qui se protègent, comme la Belgique ou l’Espagne, alors que leurs surplus viennent concurrencer notre production sur le territoire français. Nos règles sanitaires sont d’un niveau plus élevé, et notre main d’œuvre, mieux payée. Ce qui fait qu’à la fin, on se fait avoir » précise-t-il. Au début, il croyait à la PAC ; désormais, au bout de vingt-cinq ans de métier, il la trouve trop libérale et trop injuste. Il ne sait pas encore s’il votera en avril, « mais si ça continue comme ça, ce sera Marine. »

Sauveront-ils le fringant et bouillonnant candidat d’En Marche, relativement novice en politique et dont le dynamisme séduit tant ? Un sourire se dessine sur le visage de tous les éleveurs du hall 1 que nous avons pu rencontrer. Thierry, qui possède un cheptel de 90 brebis dans le Comminges soupire, l’accent chantant : « Il n’a jamais vu un brin d’herbe, celui-là, dans son beau costard. À mon avis, c’est le plus ignare de tous sur les problèmes qui nous concernent. »

On n’attend rien des politiques

Présent dans le hall 2, Philippe est producteur de pommes biologiques dans le Calvados. Celui-ci n’a que trente-cinq ans, mais est déjà « vacciné contre la politique », dit-il en souriant. « Ce qu’on veut, il faut aller le chercher soi-même. On ne peut pas faire confiance à ces gens. Soit ils ne nous comprennent pas, soit ils sont impuissants. » Par conséquent, il s’en remet aux acteurs locaux, au bouche-à-oreille, à l’association de producteurs à laquelle il appartient pour faire évoluer les choses.

Même discours chez Louis, producteur d’une huile d’olive corse : « Ce qu’il faut pour se démarquer de la concurrence, c’est miser sur l’excellence des produits. C’est en fournissant une huile de qualité, labellisée, qu’on fait la différence avec les huiles industrielles. Alors oui, elle est bien plus chère, mais le consommateur sent immédiatement la différence de goût. Nous, on se bat par nous-mêmes pour valoriser nos produits : on n’attend rien des politiques. En général, ils ont toujours trois batailles de retard… »

D’ailleurs, qu’en est-il des politiques justement, qui arpentent le salon au milieu d’une grappe de journalistes ? Comme le veut l’usage, le président de la République était venu le premier, accompagné de son porte-parole et ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll. Vers 15h30, François Hollande, présent depuis le petit matin dans les lieux, traverse le hall 2. Beaucoup d’effervescence autour de lui, un service de sécurité énorme, mais on perçoit moins d’animosité à son endroit que l’an dernier. « C’est normal, explique Basile, élève en dernière année dans un lycée agricole de l’Oise, là, tous les gens ont compris qu’il ne servait plus à rien. Il est venu pour faire de la figuration. » Néanmoins, on entend quelques critiques désabusées : « Et voilà, dans la boîte, le plus mauvais président de la Cinquième République », persiffle un jeune exposant en prenant une photo avec son portable.

Une profession en danger

Passés de 4 millions à environ 900 000 en moins de 40 ans, les agriculteurs subissent également de plein fouet une détérioration de leurs conditions de vie et de travail, déjà singulières et contraignantes. La profession, marquée par de fortes contraintes physiques, un isolement professionnel et social, de larges amplitudes horaires, des contraintes environnementales et climatiques, ainsi que des événements sanitaires, est frappée par un taux de suicide supérieur de 20 points à la moyenne nationale. En France, un agriculteur se suicide tous les deux jours en moyenne. Plus de 300 vies fauchées chaque année.

Pourtant, le soutien inconditionnel des Français dont les agriculteurs disposent ne se dément pas, enquête d’opinion après enquête d’opinion. 82% des Français indiquent avoir une bonne image des agriculteurs (sondage Odoxa pour le Parisien paru en 2016). Et bien peu de professions peuvent aujourd’hui se targuer d’en avoir une aussi bonne. 90% des Français estiment que les agriculteurs travaillent beaucoup et 76% les désignent comme garants du patrimoine naturel de notre pays. En comparaison, seul 1 Français sur 10 accorde sa confiance… aux partis politiques.

Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous
Aleteia vous offre cet espace pour commenter ses articles. Cet espace doit toujours demeurer en cohérence avec les valeurs d’Aleteia. Notre témoignage de chrétiens portera d’autant mieux que notre expression sera empreinte de bienveillance et de charité.
[Voir la Charte des commentaires]