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Musique. Éloge de la beauté par Kevin McGoldric, prêtre et compositeur

Libby Reichert - Publié le 01/03/17

"La beauté est elle-même sa propre finalité. Pourquoi faire quelque chose de beau ? Simplement parce que c’est beau."

J’étais fasciné par les mélodies et encore plus attiré par les paroles de ses textes. Et puis j’ai réalisé que l’artiste Kevin McGoldrick était en fait le père Kevin McGoldrick. Je savais que j’avais affaire à un prêtre catholique dont les chansons parlent à la fois de Jésus et du café, avec un style musical qui est un vrai mélange éclectique de styles divers.

Cecilia Music : Père Kevin, quand avez-vous commencé à faire de la musique ?
Père Kevin : J’ai toujours fait de la musique, depuis tout petit. Je jouais du piano et chantais dans les chorales, comme ça. Ce fut pendant ma première année de lycée que j’ai commencé à composer et à faire des enregistrements avec mon meilleur ami, un juif orthodoxe. J’ai fait beaucoup de piano, tant au lycée qu’à l’université, et ce sans cesser de composer.

Quand vous avez réalisé que vous étiez appelé au sacerdoce, avez-vous pensé que vous seriez amené à mettre de côté la musique ? Ou bien avez-vous toujours su que cela ferait partie de votre vocation et de votre ministère en tant que prêtre?

J’étais en première année de licence quand j’ai su que j’étais appelé au sacerdoce. À cette époque, je faisais des études de théâtre et la musique était passée en arrière-plan. Lorsque je suis entré au séminaire, je pensais devoir renoncer à tout cela. Au début, c’est ce que j’ai fait. Puis au fil des ans, j’ai peu à peu repris. C’était une étape nécessaire que de tout confier au Seigneur, pour qu’il me le restitue ensuite, de façon plus pure. Il m’a fallu mourir à moi-même. Mais c’est cela qui est beau dans notre foi : la mort est toujours suivie de la résurrection.

Comment votre musique a évolué, une fois devenu prêtre?

Cela s’est passé par étapes. Quand je suis entré au séminaire, je me suis consacré à la musique sacrée, de la louange aux chants d’adoration. J’ai beaucoup appris dans ce domaine, ça passait avant tout le reste.

Au cours des cinq dernières années, j’ai été vraiment attiré par les « mystiques à part», c’est-à-dire à ces artistes qui n’ont peut-être pas mené une vie parfaite, mais qui semblent être ouverts aux vérités les plus profondes. Ceux-là m’ont vraiment touché. Des artistes comme John Mayer, dont la musique ou les paroles sont parfois plus profondes que les chants d’adoration que j’ai moi-même composés. C’est vraiment exaltant.

Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ? Beaucoup de personnes n’auraient pas imaginé qu’un prêtre puisse composer de la musique dans un tel style ; vos chansons ne sont pas explicitement chrétiennes ou religieuses.

Partout où sont la vérité, la beauté et la bonté, là aussi est Dieu. Ce qui a vraiment changé pour moi, c’est que j’ai à présent une compréhension plus holistique de la beauté. Je la vois dans les œuvres profanes, je la reconnais et je la fais mienne. Pour moi, c’est bien plus qu’une appropriation ou une intégration. Au début, j’avais une vision beaucoup plus manichéenne et dualistique du monde – vous savez, Dieu et l’esprit sont bons, le corps est mauvais – mais maintenant j’ai évolué vers une vision plus intégrale et plus saine. Le profane est destiné à imprégner le sacré. Si vous chantez une chanson sur le cœur humain, il n’y a pas forcément besoin de citer le nom du Seigneur. La beauté est elle-même sa propre finalité. La beauté n’a pas besoin de raisons d’être. Pourquoi faire quelque chose de beau ? La réponse à cette question est : « parce que c’est beau ». Il n’y a pas besoin de justification. Ҫa a donc été plus qu’un changement dans ma compréhension des choses.

Que diriez-vous à propos de ceux qui inspirent votre musique ? Y at-il quelqu’un en particulier ?

Je vais vous en citer deux : l’une est catholique et l’autre est laïque. La première est Notre-Dame de Guadalupe qui a beaucoup d’influence sur moi. Beaucoup de personnes ne réalisent pas que, même s’il s’agit d’une image miraculeuse, le vrai génie évangélique a été de parler aux gens dans leur propre langue. Cela faisait trente ans que des missionnaires prêchaient, avec très peu de fruits. Mais lorsqu’elle leur a parlé, il y a eu des millions de conversions en quelques années seulement. Elle leur a parlé dans leur propre langue, elle a utilisé des images qui leur parlaient, et son message était une bonne nouvelle : vous ne devez plus pratiquer de sacrifices humains. Vous êtes libres. Et c’est ce que je veux faire moi-même : utiliser un langage laïc, parler la langue de la culture et apporter la Bonne Nouvelle.

Et qui est l’artiste laïque qui vous inspire ? Le seul artiste qui a vraiment servi de pont entre le profane et le sacré, c’est Bob Marley. Alors qu’il était rastafari, son désir était d’être un prophète afin d’apporter Dieu dans le monde profane à travers sa musique. Il eut un succès incroyable, sans pour autant compromettre ses idéaux. Et je me vois vraiment dans cette même optique. Soit dit en passant, beaucoup de gens ne savent pas que Bob Marley a été baptisé sur le tard. Je suis presque certain que quand nous arriverons au ciel, il sera là-haut, animant la louange et l’adoration.

Votre dernier album est appelé Square Peg, Round hole. Cela fait-il référence à vous-même ?

Absolument. Je me suis toujours senti comme un piquet carré dans un trou rond. J’ai un tempérament mélancolique, et je pense que tout grand mélancolique à l’impression de n’être compris de personne. Et surtout, je suis prêtre catholique et chanteur-compositeur. Les genres musicaux de mon album sont vraiment diverses. On ne peut pas y mettre d’étiquette. Vous pouvez suivre le père Kevin McGoldrick sur Facebook et rester au courant des dernières nouvelles. Vous pouvez trouver son dernier album Square Peg, Round hole sur iTunes.

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