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Entretien exclusif avec Najdat Anzout, l’Almódovar du cinéma syrien

© LOUAI BESHARA / AFP
Syrian director Najdat Anzour speaks to the AFP about his movie "The King of Sands" on December 15, 2013, in Damascus. Earlier this month, the film which depicts the Saudi royal family in an unflattering light was screened at the Damascus opera house. "It was important for me to show this movie," said director Anzour of his movie, which opens with Al-Qaeda's 9/11 attacks on the US. "Al-Qaeda didn't come from Mars but from Saudi Arabia, from the Wahhabi, extremist way of thinking," Anzour told AFP. Anzour also said a Saudi cleric has issued a fatwa, Islamic decree, authorising his killing. AFP PHOTO/LOUAI BESHARA / AFP PHOTO / LOUAI BESHARA
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"Pour moi, le cinéma est le témoignage de la réalité de la guerre inhumaine en Syrie."

Aleteia : Comment l’ingénieur Najdat Anzour est devenu ce producteur à réputation telle qu’on le connaît aujourd’hui ?
Najdat Anzour : À vrai dire, c’est plutôt dans l’autre sens que ça s’est fait ! C’est tout simplement dans les gênes. Mon père était producteur et maintenant c’est le tour de mon fils, Yazan !

Déjà au lycée, en classe de première , j’ai produit un court-métrage publicitaire pour la télévision syrienne. Mais à l’époque c’était mal vu de ne pas faire des études supérieures, alors je me suis inscrit en ingénierie, bien que ce ne fût pas vraiment ma vocation. J’ai vite compris que le petit écran aussi bien que le grand écran m’attiraient davantage. Et je me suis lancé dans la production, mais essentiellement dans les documentaires au début.

1987 marquait l’année de mon premier film Picnic on the sands produit en Jordanie, qui a eu beaucoup de succès et de récompenses.  C’était mon point de départ cinématographique. Un parcours passionnant et caillouteux à la fois.

Quelle différence y a-t-il entre un travail fait pour le petit écran et le grand écran ?
Ce sont deux productions totalement différentes de par le temps consacré à les produire, l’histoire en elle-même, les effets, le budget et surtout le public.

Un film voyage au-delà des frontières et est susceptible de participer à des festivals et à faire connaître son producteur dans le monde entier.

En parlant d’étranger, comment est Najdat Anzour sur la scène internationale ?
J’avais un grand projet cinématographique en 2007 avec le président Mouammar Kadhafi, intitulé L’injustice des années de torture.  On a été jusqu’à Hollywood pour le casting, à la recherche de célébrités comme Omar Sharif et Anthony Hopkins, entre autres, avec un budget de plus de 30 millions de dollars et 3 ans de préparation.

Ce devait être un film qui dénonçait l’injustice des Italiens en Libye pendant la colonisation. Et puis au lieu de faire pression sur le gouvernement italien pour payer les indemnités dues aux citoyens libyens maltraités, le gouvernement italien a fait pression sur Kadhafi pour arrêter la production, et il a perçu seul ces indemnités. Et le projet est tombé à l’eau ! Voici les surprises auxquelles on a droit dans notre métier.

En revanche mon film Roi des sables m’a donné l’opportunité de me faire connaître auprès du public étranger comme au Canada, en Hollande ou Grande-Bretagne. Par contre, en France et en Allemagne, il a été censuré. Et plus récemment, S’anéantir et se disperser a été récompensé au festival de Téhéran bien qu’il dénonce le fanatisme religieux et la guerre en Syrie avec Daesh à Raqqa !

Justement en parlant de votre film S’anéantir et se disperser que j’ai trouvé extrêmement dur, quel est l’objectif du cinéma pour vous ? Ce n’est plus cette image de la sortie familiale, divertissante du dimanche après-midi ?
Mes films sont durs, mais pas plus durs que la réalité ! Ils ne reflètent qu’une infime partie de ce terrible cauchemar vécu par beaucoup de Syriens.

Pour moi, le cinéma est la mémoire, le témoignage de la réalité de la guerre inhumaine en Syrie en temps réel. En parler dans 10 ans n’aura pas de sens. On ne peut pas être indifférents !

Par exemple, pour mon dernier film Repousser le destin sur la prison d’Alep, on a été sur place pour le tourner, on a rencontré les soldats qui ont combattu là-bas, les prisonniers qui ont vecu ce calvaire.

Quel est le rôle et l’implication de l’État dans les productions cinématographiques ?
Tous ces films que j’ai mentionnés ont été sponsorisés par le ministère de la Culture, en dépit de toutes les difficultés, notamment financières, rencontrées aujourd’hui en Syrie.

Quel avenir voyez-vous pour le cinéma syrien et arabe ?
Tout d’abord je tiens à préciser que le nombre d’acteurs et d’actrices syriens est en constante croissance. On y trouve aucun manque. Et de qualité, de surcroît.

Quant à l’avenir du cinéma, dans le monde arabe est et restera limité, car les grosses productions reposent sur un budget provenant essentiellement des pays du Golfe, et qui misent sur la société au sens le plus banal du terme. Ici en Syrie, la mentalité est différente, le cinéma est un art, et constitue un besoin vital pour la société, tout comme manger et boire, et c’est pour cette raison-là que tous mes films sont traduits en plusieurs langues. Ils sont le passeport de la société syrienne, pour mieux faire connaitre l’identité syrienne au-delà des frontières.

Propos recueillis par Nadine Sayegh.

Tags:
Alep
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