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Quand le pape François affole la critique

© Antoine Mekary / ALETEIA
Via Crucis torchlight procession in Rome ROME, ITALY - MARCH 25: Pope Francis the Via Crucis (Way of the Cross) torchlight procession on Good Friday in front of the Colosseum in Rome, Italy on March
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Qu'est-ce que le Pape a vraiment dit ?

Je pense que si, Ce que le pape François a vraiment ditétait sorti en 2014 ou 2015, il aurait eu plus de succès. En 2016 et 2017, il semblerait que de nombreux critiques aient déjà oublié ce que le Saint-Père a dit réellement. C’est bien dommage.

Les commentateurs des faits et gestes du pape François servent une cause vitale quand ils s’en tiennent aux faits et analysent les « extravagances » du Pape dans le contexte de l’enseignement de l’Église. Mais le danger est qu’à tout moment – aussi bien dans les relations personnelles, politiques que pontificales – ils mettent leurs adversaires dans une case, sans essayer de comprendre d’où ils viennent et en arrêtant même d’écouter ce qu’ils disent.

L’affolement est le danger des commentateurs

Voici un exemple des plus récents : les commentaires du Saint-Père sur les vocations religieuses et les ordres « restaurationnistes ». J’ai été très étonné de la rapidité avec laquelle les commentaires postés sur Facebook. Ils interprétaient ce que le Pape avait voulu dire. Ils fulminaient ainsi : « Le pape François n’aime pas ces ordres religieux qui attirent. Ceux qui nous donnent tant d’espoir ».

Voici ce que Crux (en anglais) a rapporté des propos de François sur les vocations : « Quand ils me disent qu’il y a une congrégation qui attire tant de vocations, je dois avouer que je m’inquiète » et de poursuivre : « L’Esprit saint ne suit pas la logique du succès humain. »

Le Pape semblait continuer en disant qu’il s’inquiétait de ces congrégations qui semblent prêtes à tout pour défendre la foi et la moralité, mais par qui arrive, parfois, le scandale.

Dieu bénisse le père Matthew Schneider, un légionnaire du Christ qui aurait facilement pu être offensé par les propos du souverain pontife.

Mais sur Facebook, le père Schneider ne s’est pas défendu

« Le contexte, le contexte, le contexte ! », a martelé le père Schneider, en reprenant le texte original en italien. Il a ainsi pu analyser les remarques du Pape sur ces ordres religieux :

« D’abord le Pape dit qu’ils sont, en général, une bonne chose. Puis il énumère quelques problèmes observés dans certaines nouvelles communautés. Il se réfère vraisemblablement à celles dont le principal argument de vente est le nombre impressionnant de vocations. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi d’avoir beaucoup de vocations, mais en revanche, si c’est la première chose que vous dites au sujet d’un ordre, cela pourrait pointer du doigt une forme de déséquilibre. »

Les Légionnaires du Christ sont ainsi l’exemple parfait de ce que François dénonce comme déséquilibre.

Le charme des Légionnaires et de son groupe laïc, le Regnum Christi, fut cette volonté de penser « en grand », comme le faisaient les éminents mouvements d’Église. Du petit groupe qui part de la Palestine pour baptiser chaque nation jusqu’aux immigrants atterris à Ellis Island qui ont continué de construire des cathédrales.

Mais dans la Légion et le Regnum Christi, les choses ont été faites à l’envers. Au lieu de suivre le modèle classique des congrégations religieuses, en installant une communauté, en servant ses besoins et en l’organisant organiquement pour qu’elle grandisse, la Légion a commencé à vouloir tout et tout de suite.

En Amérique, leur méthode fut d’installer le Regnum Christi à travers le continent puis d’essayer de les soutenir et de les faire croître. « Quand j’ai énuméré les fruits du Regnum Christi et de la Légion, j’ai énuméré des chiffres : les territoires occupés, les écoles construites, les vocations gagnées et non les fruits du Saint-Esprit, qui ne sont pas si faciles à compter ».

« Le succès n’est pas une catégorie évangélique »

Le pape François a mis en garde contre cette sorte « d’attitude commerciale » envers les réalités spirituelles. Quand il a rencontré des religieux lors de sa visite aux États-Unis, il a dit ceci : « Nous pouvons mesurer la valeur de nos œuvres apostoliques par des normes d’efficacité, de bonne gestion et de succès extérieur qui régissent le monde des affaires… Mais la croix nous montre un moyen différent de mesurer le succès. »

Quant à Mère Teresa elle disait la même chose mais plus succinctement : « Le succès n’est pas une catégorie évangélique ». Schneider l’a bien indiqué, il semble que les Légionnaires ont appris cette leçon.

Mais ce que j’aime c’est que le père Schneider est un modèle de fidélité à l’Église. Il regarde le Saint-Père, non pas comme un chef douteux ou un rival dangereux, mais comme un membre de la famille qui mérite le respect.

Ne vous méprenez pas. Les commentateurs et observateurs du Pape rendent un grand service. Ils appellent à lutter contre la paresse intellectuelle qui dit : « Si un Pape dit cela, je suis pour lui. On ne se pose pas de questions. »

Le danger est aussi que l’esprit critique puisse engendrer une autre forme de paresse intellectuelle, qui dirait : « Si ce pape le dit, je suis contre », en ne se posant aucune question.

Évitons cela. Posons des questions et écoutons attentivement et patiemment les réponses.

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