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« Nous avons rejeté toute notion du Beau, du Bien et la quête de la Vérité »

© PUBLIC DOMAIN
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Nous devons reconquérir ce dont la société de consommation et l’athéisme nous ont privé : le désir et la volonté de répondre à l’appel du Christ.

« Sur les portes figure la mort d’Androgée ; à l’époque, un châtiment
fut imposé aux Cécropides, qui — ô malheur ! — sacrifiaient chaque année
sept de leurs fils ; l’urne est dressée pour le tirage au sort.
En face, la terre de Gnosse, qui émerge de la mer, y fait pendant :
ici une passion cruelle pour un taureau, la fourbe substitution
de Pasiphaé et, race mêlée, descendance difforme,
voilà le Minotaure, monument d’une Vénus monstrueuse,
enfin l’œuvre fameuse, le palais aux détours inextricables. » (Virgile, l’Enéide)

Ainsi chantait Virgile. Des siècles plus tard, en 1885, le peintre symboliste Georges Frederic Watts peint cet impressionnant Minotaure. Ici, il n’est pas terrifiant ce monstre qui contemple la mer lointaine de son air nostalgique. C’est qu’il faut se rappeler que les peintres symbolistes, comme leur nom l’indique, cherchent à peindre une réalité au-delà du sujet. Watts dira lui-même : « Je peins des idées et non des choses. Mon intention n’est pas tant de peindre des tableaux plaisant à l’oeil que de suggérer de grandes pensées qui s’adresseront à l’imagination et au coeur et éveilleront tout ce qu’il y a de meilleur et de plus noble en l’homme. »

Quelles sont les grandes pensées ici suggérées ?

Il faut commencer par regarder la toile. La bête est laide mais n’est pas terrifiante, elle est massive, profondément ancrée dans sa lourde matérialité. Avec nostalgie, elle contemple un horizon inaccessible, un infini à jamais hors de sa portée. L’on devine son regard, bête, hagard… Dans sa patte, il tient un oiseau blanc sans doute fraîchement tué.

Sommes-nous tous des Minotaures ? Quand Watts peint son tableau, nous sommes au début de l’ère industrielle, la face sombre de la modernité s’exprime alors avec toute sa violence, la pauvreté est endémique, l’exode est massif. L’être humain dont la vie était, récemment encore, scandée par les rythme de la Nature et de l’année liturgique, l’être humain qui avait encore un rapport symbolique à un Univers vivant se retrouve jeté dans l’enfer des mines, de la pollution et de l’anonymat. Le mythe du progrès né avec les « Lumières » se trouve être, en réalité, une plongée dans un puits glauque plein de pétrole et de charbon. L’Ancien Monde s’effondre et avec lui la tension vers l’infini, la vie au service d’un plus grand que soi.

Le Minotaure n’est autre que notre partie animale enfermée dans le labyrinthe de notre psyché. Il demande à être transmuté, à être transformé par la Grâce de l’Esprit en oiseau libre et blanc. Or la société consumériste et matérialiste l’empêche de sortir de son labyrinthe. En tant que collectivité, nous sommes, à présent, prisonniers du labyrinthe infernal de la consommation et de l’exaltation de nos pulsions à des fins mercantiles. Nous avons rejeté toute notion du Beau, du Bien, et la quête de la Vérité est plus que jamais inaccessible, lointaine, comme cet horizon qui s’échappe sans cesse. Fatalité ? Non. Contrairement au Minotaure de Watts, il nous appartient de reconquérir ce dont les marchands et l’athéisme nous ont privé : le désir et la volonté de répondre à l’appel du Christ.

À chacun de retrouver le chemin qui mène vers le centre de son cœur, là où l’oiseau blanc de l’Esprit déploie ses ailes. À chacun de se remettre à l’écoute de la voix de Dieu qui chuchote en lui. À chacun de faire voler en éclats les murs intérieurs qui l’emprisonnent et de résister à l’abrutissement ambiant afin de se libérer et de participer à la libération du monde. À chacun d’être le sel de notre temps.

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