Aleteia logoAleteia logo
Aleteia
Jeudi 29 octobre |
Saint Narcisse
home iconTribunes
line break icon

"Nous avons rejeté toute notion du Beau, du Bien et la quête de la Vérité"

© PUBLIC DOMAIN

Sébastien Morgan - Publié le 18/02/17

Nous devons reconquérir ce dont la société de consommation et l'athéisme nous ont privé : le désir et la volonté de répondre à l'appel du Christ.

« Sur les portes figure la mort d’Androgée ; à l’époque, un châtiment
fut imposé aux Cécropides, qui — ô malheur ! — sacrifiaient chaque année sept de leurs fils ; l’urne est dressée pour le tirage au sort. En face, la terre de Gnosse, qui émerge de la mer, y fait pendant : ici une passion cruelle pour un taureau, la fourbe substitution de Pasiphaé et, race mêlée, descendance difforme, voilà le Minotaure, monument d’une Vénus monstrueuse, enfin l’œuvre fameuse, le palais aux détours inextricables. » (Virgile, l’Enéide)

Ainsi chantait Virgile. Des siècles plus tard, en 1885, le peintre symboliste Georges Frederic Watts peint cet impressionnant Minotaure. Ici, il n’est pas terrifiant ce monstre qui contemple la mer lointaine de son air nostalgique. C’est qu’il faut se rappeler que les peintres symbolistes, comme leur nom l’indique, cherchent à peindre une réalité au-delà du sujet. Watts dira lui-même : « Je peins des idées et non des choses. Mon intention n’est pas tant de peindre des tableaux plaisant à l’oeil que de suggérer de grandes pensées qui s’adresseront à l’imagination et au coeur et éveilleront tout ce qu’il y a de meilleur et de plus noble en l’homme. »

Quelles sont les grandes pensées ici suggérées ?

Il faut commencer par regarder la toile. La bête est laide mais n’est pas terrifiante, elle est massive, profondément ancrée dans sa lourde matérialité. Avec nostalgie, elle contemple un horizon inaccessible, un infini à jamais hors de sa portée. L’on devine son regard, bête, hagard… Dans sa patte, il tient un oiseau blanc sans doute fraîchement tué.

Sommes-nous tous des Minotaures ? Quand Watts peint son tableau, nous sommes au début de l’ère industrielle, la face sombre de la modernité s’exprime alors avec toute sa violence, la pauvreté est endémique, l’exode est massif. L’être humain dont la vie était, récemment encore, scandée par les rythme de la Nature et de l’année liturgique, l’être humain qui avait encore un rapport symbolique à un Univers vivant se retrouve jeté dans l’enfer des mines, de la pollution et de l’anonymat. Le mythe du progrès né avec les « Lumières » se trouve être, en réalité, une plongée dans un puits glauque plein de pétrole et de charbon. L’Ancien Monde s’effondre et avec lui la tension vers l’infini, la vie au service d’un plus grand que soi.

Le Minotaure n’est autre que notre partie animale enfermée dans le labyrinthe de notre psyché. Il demande à être transmuté, à être transformé par la Grâce de l’Esprit en oiseau libre et blanc. Or la société consumériste et matérialiste l’empêche de sortir de son labyrinthe. En tant que collectivité, nous sommes, à présent, prisonniers du labyrinthe infernal de la consommation et de l’exaltation de nos pulsions à des fins mercantiles. Nous avons rejeté toute notion du Beau, du Bien, et la quête de la Vérité est plus que jamais inaccessible, lointaine, comme cet horizon qui s’échappe sans cesse. Fatalité ? Non. Contrairement au Minotaure de Watts, il nous appartient de reconquérir ce dont les marchands et l’athéisme nous ont privé : le désir et la volonté de répondre à l’appel du Christ.

À chacun de retrouver le chemin qui mène vers le centre de son cœur, là où l’oiseau blanc de l’Esprit déploie ses ailes. À chacun de se remettre à l’écoute de la voix de Dieu qui chuchote en lui. À chacun de faire voler en éclats les murs intérieurs qui l’emprisonnent et de résister à l’abrutissement ambiant afin de se libérer et de participer à la libération du monde. À chacun d’être le sel de notre temps.

Soutenez Aleteia !
A travers le monde, vous êtes des millions à lire Aleteia, pour y trouver quelque chose d'unique : une vision du monde et de votre vie inspirée par l’Évangile. On prétend qu'il est de plus en plus difficile de transmettre les valeurs chrétiennes aux jeunes d'aujourd'hui.
Et pourtant, savez-vous que plus de la moitié des lecteurs d'Aleteia sont des jeunes de 18 à 35 ans ? C'est pourquoi il est si important que Aleteia demeure un service quotidien, gratuit et accessible à tous. Cependant, un journalisme de qualité a un coût que la publicité est loin de couvrir. Alors, pour qu'Aleteia puisse continuer à transmettre les valeurs chrétiennes au cœur de l'univers digital, votre soutien financier demeure indispensable.
*avec déduction fiscale
Tags:
christconsommationLa TribunesociétéSpiritualitévie
Le coin prière
La fête du jour






Top 10
Domitille Farret d'Astiès
Elles ont appris à les aimer : ces ...
statue de femme les yeux bandés
Mgr Benoist de Sinety
Dans nos aveuglements, le diable montre son v...
Mathilde de Robien
Franz et Franziska Jägerstätter, un couple un...
NIEMOWLĘ
Mathilde de Robien
Ces prénoms féminins qui portent en eux le sc...
Timothée Dhellemmes
En Europe, les lieux de culte se reconfinent ...
belle mère et belle fille
Jeanne Larghero
S’embrouiller avec sa belle-mère en trois leç...
KOMUNIA ŚWIĘTA
Mathilde de Robien
A.R.D.O.R., un bel acrostiche pour savoir com...
Afficher La Suite
Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous gratuitement