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Osez être pudique !

Paramount / The Kobal Collection / Danvers, Ken / AFP
Cardinale, Claudia (1964) Pers: Claudia Cardinale Ref: XCA004AC Photo Credit: [ Paramount / The Kobal Collection / Danvers, Ken ] Editorial use only related to cinema, television and personalities. Not for cover use, advertising or fictional works without specific prior agreement
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Entre surexposition du corps et pudibonderie, il y a un juste milieu : la pudeur, qui met en valeur l’intimité.

Que signifie être pudique ? Est-ce une attitude propre à certains âges de la vie, à certains caractères ou au résultat d’une éducation ? La pudeur dépend-elle du regard ou de l’attitude ? Que nous dit l’absence de honte du récit biblique dans la Genèse ? La pudeur s’oppose-t-elle à une sexualité épanouie ?

La pudeur est liée au corps mais elle est aussi un mouvement de l’âme, qui se montre ou se cache, selon la lumière de l’amour, au sens large, qui l’attend dehors. Cette vertu se rapproche d’ailleurs de la prudence, comme pour préserver la beauté indispensable à l’amour et au respect de soi.

Elle a une autre acception depuis que les vêtements féminins se raccourcissent, que les films, entre autres, s’en soucient moins et qu’elle rime de plus en plus avec ringardise aux oreilles de certains. Le refus de la pudeur atteint ensuite son point culminant dans les dérives pornographiques. Mais être pudique ne signifie pas rejeter le corps, honnir la sexualité ou encore se réfugier dans une sorte d’ascétisme pour éviter la faute. Là nous sommes plutôt dans la haine du corps, alors que la pudeur sert justement à le mettre en valeur et lui donner toujours une place respectable et honorable.

Ne vous êtes-vous jamais senti gêné face à une femme un peu trop âgée pour montrer autant sa poitrine ? Ou face à une jeune fille, un peu inconsciente, qui n’hésite pas à s’habiller très court de bas en haut ? Ce peut être aussi en voyant un personnel médical qui ne respecte pas le corps d’une personne âgée ou qui se moque d’un patient sous anesthésie. Des scènes très équivoques dans les publicités, pour éveiller le désir, gênent tout autant car elles nous imposent un émoi lié à notre corps. Franchir la frontière de la pudeur possède donc bien des formes.

Nudité et pudeur 

Dans les relations amoureuses, la pudeur vient remettre la dignité, le respect et la confiance au cœur de la tendresse et de la sexualité. Dans un ouvrage dédié au sujet, La Pudeur, le père Emmanuel Gobilliard donne des pistes essentielles sur les questions qu’elle soulève :

« Une réflexion sur la pudeur oblige à poser la question de l’amour humain lui-même, de sa valeur, de sa dignité et de sa nécessité. Elle nous oblige aussi à préciser notre vocabulaire lorsque nous parlons d’amour. L’amour se réduit-il à sa dimension sexuelle ? Quel est le lien entre ma sexualité et mon intimité, le secret de mon cœur et les sentiments qu’il renferme ? Puis-je “faire l’amour de façon hygiénique, comme on pratiquerait un sport, sans me soucier de mon partenaire et sans que mon cœur ne soit touché ? »

Enfin, la nudité est le plus souvent liée à la pudeur. Comme le souligne le philosophe Max Scheler, l’intention qui se cache derrière la nudité est plus importante que la nudité elle-même. L’impudeur n’est donc pas associée à la nudité en soi mais à la manière d’exhiber son corps, bien plus, de laisser voir ou toucher son corps, tel un oubli qu’il contient en lui-même l’intimité de sa personne. D’ailleurs, ce n’est pas forcément la personne nue qui est impudique mais le regard d’une personne sur elle. On parle d’atteinte à la pudeur de l’autre quand on souille ou blesse l’intimité de quelqu’un par son corps. Finalement, la gêne suscitée par la nudité est fonction de la relation au corps mais aussi de l’amour. Car depuis le péché originel, nous ne sommes plus protégés par l’innocence du cœur.

Saint Jean Paul II met en exergue la complexité de la pudeur dans une catéchèse consacrée à la théologie du corps.

« Ils étaient nus et n’en avaient point honte » (Gn 2, 25)

Il souligne qu’il s’agit ici d’une « non-présence » de la honte et non pas d’une carence de la honte. « C’est grâce à la dimension de l’intériorité humaine qu’il faut expliquer et mesurer cette plénitude particulière de la communication entre personnes, grâce à laquelle “homme et femme, ils étaient nus et n’en avaient point honte” ». L’absence de honte signifie « une profondeur originale dans l’affirmation de ce qui est inhérent à la personne, de ce qui est “visiblement” féminin et masculin, à travers quoi se constitue l’intimité personnelle de la communion réciproque dans toute sa simplicité et pureté radicales. À cette plénitude de perception extérieure exprimée par la nudité physique, correspond la plénitude intérieure de la vision de l’homme en Dieu, c’est-à-dire à la mesure de “l’image de Dieu” (Gn 1, 17) ». La pudeur suppose donc un rapport juste à son propre corps et à celui de l’autre pour respecter cette vision de l’homme. Notamment parce que « le corps humain acquiert une signification entièrement nouvelle » dans son rôle lié à la communication, en se basant sur la « commune union » qui existe entre les sujets qui communiquent.

Et si la pudeur était en fait la gardienne de l’amour ?

Pour aller plus loin, vous pouvez lire La pudeur, le désir et l’amour d’Inès Pélissié du Rausas, où l’auteur montre la beauté de ces valeurs, leur importance pour notre époque et la façon évangélique de les vivre.

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