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La pénitence et l’Eucharistie pour les divorcés-remariés : oui, mais dans quelles conditions ?

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Le cardinal Coccopalmerio apporte un éclairage sur le huitième chapitre d’Amoris Laetitia, espérant lever « les jugements erronés ».

« L’Église pourra admettre à la pénitence et l’Eucharistie les fidèles qui se trouvent dans le cas d’une union non légitime et désirent changer de situation mais ne le peuvent pas », résume le cardinal italien Francesco Coccopalmerio, président du conseil pontifical pour les textes législatifs et grand canoniste, dans une explication de texte portant uniquement sur « le huitième chapitre de l’exhortation apostolique post-synodale Amoris Laetitia », parue ces jours-ci sous forme de petit livret au Vatican. L’ouvrage, d’une cinquantaine de pages, a été présenté le 14 février dans les locaux de Radio Vatican. Pour ceux qui auraient « des doutes » ou se  « sentent troublés » par certains passages de ce chapitre huit consacré aux « unions irrégulières », le cardinal pense pouvoir estimer « en toute bonne foi » que la doctrine y est bien respectée ». Andrea Tornielli, a retracé pour Vatican Insider les 10 points clefs à retenir de cette explication.

Une lecture attentive et critique 

Le journaliste italien remarque avant tout la méthode utilisée par le cardinal : une lecture critique et très attentive du texte écrit par le Pape, en essayant de saisir, à travers tous les renvois possibles qui s’y trouvent, le vrai sens de ce qu’il y est dit. Il relève à ce propos que cette partie du document « n’est pas très longue, comprenant seulement 22 numéros – du n.291 au n.312 – mais il est en revanche  extrêmement dense et donc beaucoup plus difficile à analyser et comprendre. Il faut ajouter à cela, reconnaît-il sincèrement, un certain désordre, c’est-à-dire une suite pas toujours ordonnée dans les sujets traités ».

Réaffirmation de l’indissolubilité  

Le cardinal Coccopalmerio rappelle, en les citant, les parties de l’exhortation où sont décrits « dans une clarté absolue » tous les « éléments de la doctrine sur le mariage » qui sont en « cohérence et fidélité totale » avec l’enseignement traditionnel de l’Église. L’exhortation, souligne-t-il dans son petit livret, affirme à plusieurs reprises la « ferme volonté de rester fidèles à la doctrine de l’Église sur le mariage et la famille ». Et il rappelle que « l’Église, en aucun cas, ne doit renoncer à proposer le plein idéal du mariage, le projet de Dieu dans toute sa grandeur… Que la tiédeur, toute forme de relativisme, ou un respect excessif au moment de le proposer, serait manquer de fidélité à l’évangile et un manque d’amour de l’Église envers les jeunes eux-mêmes ».

 Subjectivité des situations dites « irrégulières »  

Les pages les plus denses et articlées du livre portent sur les « conditions subjectives ou les prises de conscience des personnes dans les différentes situations d’irrégularité, et sur le problème qui va avec : l’admission aux sacrements de pénitence et de l’eucharistie ». Selon le cardinal italien, limites et obstacles ne dépendent pas d’une simple et éventuelle ignorance de la norme en vigueur, car, comme affirmait déjà Jean Paul II, « un sujet, même connaissant bien la norme, peut avoir une grande difficulté à saisir les valeurs comprises dans la norme morale ou peut se trouver dans des conditions concrètes qui ne lui permettent pas d’agir différemment et de prendre d’autres décisions sans une nouvelle faute ». Trois raisons délivreraient la personne dite en situation « irrégulière » de sa condition de péché mortel : une éventuelle « ignorance de la norme » et donc « sa non culpabilité dans le cas d’un infraction de celle-ci ; une « grande difficulté à comprendre les valeurs comprises dans la norme morale » ; « des conditions concrètes qui ne… lui permettent pas d’agir différemment et de prendre d’autres décisions sans une nouvelle faute », « des facteurs qui limitent la capacité de décision ».

Prise de conscience de l’irrégularité  

La troisième des trois motivations « est la plus problématique ». Amoris laetitia, qui cite Jean Paul II, parle de couples « conscients de leur situation irrégulière » mais qui « ont beaucoup de mal à faire marche arrière sans sentir dans leur conscience qu’ils commettent de nouvelles fautes », et décrit les  situations où « l’homme et la femme ne peuvent pas, pour de graves motifs – par exemple l’éducation des enfants –, remplir l’obligation de la séparation ». Selon le cardinal Coccopalmerio, le texte, sans l’affirmer explicitement, suppose implicitement que ces personnes sont intentionnées à « changer leur condition illégitime ». Autrement dit, qu’elles se posent « le problème de changer » et ont « l’intention ou, du moins, le désir de le faire ».

Un exemple concret  

Le cardinal Coccopalmerio donne un exemple concret pour illustrer ses propos. Le cas « d’une femme qui est allée vivre avec un homme marié canoniquement et abandonné par son épouse avec trois enfants encore petits. Et bien, cette femme a sauvé l’homme d’une profonde prostration, probablement de la tentation du suicide ; elle a élevé les trois enfants non sans de grands sacrifices ; leur union dure depuis dix ans désormais ; un nouvel enfant est né. La femme dont nous parlons a pleinement conscience d’être dans une situation irrégulière. Elle voudrait sincèrement changer de vie. Mais, évidemment, elle ne peut pas. Si, en effet, elle mettait un terme à cette union, l’homme retournerait dans sa situation d’avant, les enfants resteraient sans mère. Sortir de cette union signifierait donc ne pas remplir de graves devoirs envers des personnes innocentes. Il est donc évident que cela ne pourrait avoir lieu « sans une nouvelle faute ».

« Comme frère et sœur  » et fidélité en péril  

Le haut responsable du Saint-Siège rappelle les dispositions de Jean Paul II dans Familiaris consortio, soit la possibilité de se confesser et faire la communion à condition de s’engager à vivre « comme un  frère et une sœur », c’est-à-dire en s’abstenant de rapports sexuels. Et il souligne que l’exception à ce propos soulevée par Amoris laetitia se fonde sur un texte de la constitution conciliaire Gaudium et spes : « Dans ces situations, beaucoup, ayant connaissance et acceptant la possibilité offerte par l’Église de pouvoir vivre ensemble comme un frère et une sœur, relèvent que s’il manque des expressions d’intimité, « la fidélité peut courir des risques et le bien des enfants être compromis ». Donc, précise le cardinal italien, si l’engagement de vivre « en frère et sœur » s’avère possible, ne crée pas de difficulté dans les relations du couple, les personnes l’acceptent volontiers ». Si par contre, cet engagement « crée des difficultés, le couple ne s’y sent pas obligé, parce qu’il est dans le cas cité au n.301 : « La personne peut se trouver dans des conditions concrètes qui ne lui permettent pas d’agir différemment et de prendre d’autres décisions sans une nouvelle faute ».

 Les deux conditions essentielles  

« L’Église pourrait donc admettre à la pénitence et à l’Eucharistie les fidèles qui se trouvent dans le cas d’une union non légitime – en conclue le cardinal Coccopalmerio – mais sous deux conditions essentielles : qu’ils souhaitent changer leur situation, mais ne peuvent réaliser leur souhait. Il est évident, précise-t-il, que ces deux conditions devront être soumises à un discernement attentif et autorisé venant d’ecclésiastiques ». Aucun subjectivisme, mais un espace pour des relations avec le prêtre. Selon le cardinal, il faudrait peut-être, ou du moins « cela pourrait être utile, un service à l’intérieur de la Curie », où serait donnée « une consultation » ou « une autorisation spécifique à ces cas d’admission aux sacrements ».

L’écueil du « scandale »

Mais il reste l’écueil du « scandale » à surmonter, poursuit le cardinal Coccopalmerio, soit le jugement erroné selon lequel l’admission de certains de ces fidèles signifierait affirmer la régularité de leur union et donc que « le mariage est soit non nécessaire ou non indissoluble ». Pour éviter ce scandale, estime-t-il, il faut « instruire les fidèles en leur offrant les paramètres pour juger ».

La doctrine est respectée  

« Je crois pouvoir dire, en toute bonne foi – explique le cardinal Coccopalmerio – que la doctrine, dans ce cas, est respectée. La doctrine de l’infaillibilité est respectée car les fidèles, dans l’hypothèse soulevée, se trouvent en situation d’unions non légitimes, ou mieux, nous pouvons absolument affirmer, pour être plus précis, que cette condition est relève objectivement d’un grave péché. La doctrine du repentir sincère qui renferme la proposition de changer sa propre condition de vie comme condition nécessaire pour être admis au sacrement de pénitence est dans ce cas respectée, car les fidèles, dans ces situations, ont d’un côté conscience, ont la conviction, de se trouver dans une situation de péché objectif et, de l’autre, ont l’intention de changer leur condition de vie, même si, au moment présent elles ne sont pas en mesure d’y répondre ».

 Qui ne peut pas être admis  

À qui, par contre, l’Église ne peut-elle absolument pas – au risque d’une lourde contradiction – accorder les sacrements ? Au fidèle qui, « se sait en condition de péché grave et sait qu’il peut changer mais n’a aucune intention sincère de le faire ». C’est dit dans Amoris laetitia : « Bien entendu, si quelqu’un fait ostentation d’un péché objectif comme si ce péché faisait partie de l’idéal chrétien, ou veut imposer une chose différente de ce qu’enseigne l’Église, il ne peut prétendre donner des cours de catéchèse ou prêcher, et dans ce sens il y a quelque chose qui le sépare de la communauté. Il lui faut réécouter l’annonce de l’Évangile et l’invitation à la conversion… ».

Article traduit et adapté de l’italien par Isabelle Cousturié.