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Égoïste, colérique et vénale, elle est devenue sainte

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N’est-ce pas encourageant de savoir qu'une "pécheresse ordinaire" puisse devenir une sainte ?

On a souvent l’impression que les saints peuvent être classés en deux catégories : d’épouvantables vauriens convertis en un instant ou bien des parangons de vertu jamais effleurés par l’idée du péché. Mais plus on apprend à les connaître, plus on se rend compte que les grands pécheurs comme les grands saints ont tous rencontré des difficultés et ont connu la tentation au cours de leur vie. Il est encourageant de voir que sainte Marie l’Égyptienne luttait contre les souvenirs de sa vie de pécheresse, et ce encore 15 ans après sa conversion, ou d’apprendre que saint Antoine de Padoue, pourtant le plus pieux d’entre les pieux, traversait lui aussi des moments difficiles. Mais ceux qui n’appartiennent à aucune de ces deux catégories peuvent parfois se sentir frustrés par ce qui apparaît comme une pénurie de pécheurs ordinaires devenus des saints.

Mais qui est Jacinthe Mariscotti ?

Ni princesse meurtrière (comme sainte Olga de Kiev) ni enfant angélique (telle bienheureuse Imelda Lambertini), Jacinthe était juste une adolescente au caractère bien trempé. Bien qu’elle fût assez pieuse dans l’enfance, Jacinthe (1585-1640) devint ce qu’on pourrait appeler une mauvaise graine version « époque Renaissance ». Elle croyait en Dieu et en l’Église (on parle de l’Italie du XVIIe siècle), mais avait que faire de la foi. Elle échappa miraculeusement à un accident qui aurait pu lui être fatal à ses 17 ans. Ce miracle ne changea pas ses plans qui étaient alors de convoler en justes noces et de mener une vie de plaisirs.

Envoyée de force au couvent

Il semblerait alors que, pour la première fois, ses volontés aient été contrariées. Le beau jeune homme de bonne famille qu’elle convoitait en épousa une autre. Pire : cette autre était sa petite sœur. Or Jacinthe, ayant un léger penchant pour le drame et pouvant se montrer relativement désagréable, n’était pas prête à laisser passer cela. Elle alterna entre bouderies et colères et fit vivre un tel enfer à ses proches qu’ils finirent par l’envoyer de force dans un couvent franciscain. Elle s’en échappa une fois mais y fut reconduite sous bonne garde. Elle pensait alors y passer une vie maussade et désespérée.

D’une manière générale, lorsque l’on est forcé d’entrer au couvent parce qu’on rend la vie des autres impossible, l’histoire ne finit pas bien. Pendant un temps, il sembla que Jacinthe ne ferait pas exception à cette règle. Elle déclara à son père qu’elle mènerait la vie d’une religieuse mais qu’elle ne vivrait certainement pas en-dessous de ses moyens. Elle était d’origine noble et elle le resterait, qu’importe le vœu de pauvreté.

Ainsi se passèrent les 15 années suivantes. Jacinthe portait des habits faits dans les plus belles étoffes, agrémentait ses repas, à l’origine simples, de mets délicats, et passait ses journées à divertir les invités qu’elle accueillait dans ses différentes chambres privées. Elle se soumettait à la vie de prière de la communauté ainsi qu’au vœu de chasteté, mais faisait fi des vœux de pauvreté et d’obéissance. Jacinthe menait la vie qu’elle voulait, que cela fasse scandale ou non.

Elle aimait trop le luxe

Quelques années après son entrée, Jacinthe se retrouva alitée pour une maladie sans gravité et reçut une visite de son confesseur. Il fut tellement choqué par le luxe dans lequel elle vivait qu’il déclara que la seule raison qui pouvait expliquer sa présence au couvent était que cela donnait du grain à moudre au diable. Jacinthe fut très marquée par ses paroles et décida de se repentir et de changer de vie.

Et puis elle n’en fit rien.

Ce qui n’est pas très surprenant. Plus on passe de temps à n’en faire qu’à sa tête, plus il est difficile de se repentir et de se soumettre. Heureusement pour Jacinthe (et pour nous tous), Dieu est patient et miséricordieux. Jacinthe tomba à nouveau malade, cette fois-ci bien plus gravement, et finit enfin par se repentir, réalisant à quel point sa vanité et son mauvais caractère avaient blessé le Christ. Elle confessa publiquement ses péchés devant la communauté et s’engagea à vivre pleinement selon la règle.

Un changement radical

Ce qu’elle fit donc et elle ne s’arrêta pas là. À compter de ce moment-là, Jacinthe vécut une vie de pénitence. Elle donna généreusement aux pauvres, pratiqua la prière contemplative sans relâche et devint tellement liée au Christ qu’Il lui donna la capacité de lire les âmes et de faire des miracles. Ayant été si frivole et avide de plaisirs par le passé, Jacinthe eut désormais le luxe en horreur et son engagement pour les pauvres devint si fort qu’elle donnait son propre dîner quand quelqu’un venait frapper à la porte. Son amour pour les pauvres la poussa à fonder deux fraternités leur venant en aide, notamment aux prisonniers. Au moment de sa mort, la réputation de sainteté de cette ancienne jeune fille frivole et butée était si forte que son vêtement dut être remplacé à trois reprises lors de la veille de son corps : en effet, les fidèles n’avaient de cesse d’en couper des morceaux pour les conserver comme reliques. Dieu, dans son abondante miséricorde, avait transformé l’ancienne « mauvaise graine » en grande sainte.

 

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