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De prostituée à évangélisatrice, les différents visages de Marie-Madeleine

"Marie Madeleine en prière" de Spagnoletto © Luisa Ricciarini / Leemage
"Marie Madeleine en priere" (Mary Magdalene praying) Peinture de Jusepe de Ribera dit lo Spagnoletto (1591-1652) 1640-1641 Dim 181x195 cm Madrid, musee du Prado ©Luisa Ricciarini/Leemage
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Ne manquez pas la toute première exposition en France consacrée à cette figure essentielle du christianisme.

« Marie Madeleine, la Passion révélée » est le titre d’une exposition et du catalogue qui l’accompagne. Les deux sont un véritable événement. D’abord l’exposition parce que c’est la première en France consacrée à Marie Madeleine (après Florence en 1986, et Gand en 2002). Du monastère royal de Brou, à Bourg-en-Bresse, elle vient de partir pour Carcassonne jusqu’en mai, d’où elle gagnera le musée de la Chartreuse à Douai jusqu’en septembre 2017. Le catalogue est également un petit bijou parce qu’il est d’une richesse incomparable.

Qui est Marie Madeleine ?

Trois femmes en une issues des Évangiles : la pécheresse anonyme de Luc (Lc 7, 36-50) qui, au cours d’un repas chez Simon le pharisien, parfume les pieds de Jésus et les essuie de ses cheveux ; chez Luc encore (Lc 8, 2) Marie la Magdaléenne, parce qu’originaire de Magdala, qui suit Jésus, délivrée par lui de sept démons ; Marie de Béthanie, sœur de Marthe et de Lazare, celle qui a choisi la meilleure part : elle écoute pendant que sa sœur s’active. Cette fusion aussi improbable qu’avantageuse, « validée » par le pape Grégoire le Grand (mort en 604), propose aux fidèles l’exemple suprême : « Ses péchés, ses nombreux péchés, lui sont pardonnés puisqu’elle a beaucoup aimé. »

Pécheresse, repentie, pénitente, éperdue d’amour. Voici le fruit de la Miséricorde : la première à entendre la voix du Christ ressuscité : « Marie ! » ; la première sainte de haute spiritualité – il faut avoir lu l’Élévation sur sainte Madeleine du cardinal de Bérulle (1627), les trois sermons de Bossuet sur la pénitence pour la cinquième semaine du carême du Louvre (1662), ou l’admirable et tout dernier livre du père Lacordaire, Sainte Marie Madeleine (1869); la première sainte de grande popularité, à partir du Moyen Âge, avec son rôle éclatant dans les Mystères et les Passions et avec La Légende dorée (XIIIe siècle) qui envoie Madeleine évangéliser la Provence et achever sa vie dans la grotte de la Sainte-Baume au terme de trente années de pénitence.

Si avec autant de faces une telle figure est spirituellement inépuisable, elle ne l’est pas moins esthétiquement. Le catalogue s’ouvre sur trois essais : esquisse d’une histoire de la sainte ; ses métamorphoses iconographiques, de la courtisane à l’ermite ; les liens de son culte avec la maison de Bourgogne et notamment avec Marguerite d’Autriche ; l’ambiguïté entre extase et volupté, l’exploitation érotique du corps de la pénitente. Hormis quelques « lectures » d’œuvres bien déplacées dans ce dernier essai, ces trois études sont de qualité, illustrées par une cinquantaine de reproductions qui enrichissent le catalogue proprement dit.


Lire aussi : Marie Madeleine exposée au Monastère royal de Brou


130 oeuvres présentées  

Celui-ci présente et commente les 130 œuvres de l’exposition. Le parcours suit un ordre thématique : le développement du culte (10 œuvres ) ; Madeleine princesse de Magdala, courtisane, myrrhophore, c’est-à-dire porteuse d’un vase d’albâtre rempli de parfum, qui est son attribut traditionnel (7) ; le repas chez Simon (13) ; Marie, Marthe et Lazare à Béthanie (7) ; la Passion ((25) ; Noli me tangere (19) ; Marie Madeleine pénitente (42) ; enlevée au ciel (6) ; au XXe siècle (10).

Que dire devant un tel trésor ? Quelques bribes de remarques. Tous les modes d’expression artistique sont là : enluminures, émaux limousins, une mosaïque, gravures sur cuivre, estampes, sculptures sur bois, pierres, ivoires, panneaux peints, huiles sur toile… Certes les pièces prestigieuses ne pouvaient être là, mais l’heureux principe de l’exposition est de mettre en valeur les richesses inconnues des petits musées de province. Léger regret ? Le culte populaire de la sainte n’est guère marqué que par un bénitier en faïence et une carafe d’Eau de la Magdeleine (lotion pour les cheveux…). On aurait pu penser à quelques belles planches d’Épinal, quelques images pieuses. Une absence plus regrettable : Madeleine dans la Mise au tombeau. Ces groupes sculptés, intransportables, comptent les plus belles Madeleines qui soient : voyez Chaource, voyez Solesmes. En revanche, le catalogue s’achève par une bibliographie de 500 titres d’ouvrages ou d’articles, 116 catalogues d’expositions, bibliographie vraie, qui en fait un instrument de travail.

Quelle est votre Madeleine ?

Chacun choisira sa ou ses Madeleines. La mienne ? Une Madeleine pénitente peu connue (elle est dans une collection particulière), celle de Gerrit Van Honthorst, vers 1625, n° 92. On ne voit d’abord que le visage, éclairé par-dessous par une bougie cachée, tendu vers un crucifix fixé au mur, comme saisi par un indicible étonnement, bouche bée, yeux rougis grands ouverts, larmes au lieu de perles : Madeleine comme au premier jour chez Simon ; Madeleine au pied de la croix ; Madeleine dans le jardin : « Marie ! ». Trois femmes en une. Trois regards en un. Et cette admirable main dressée dans la lumière, c’est toujours et encore le geste suspendu du Noli me tangere. Madeleine à la veille d’entrer dans la Joie de son Seigneur.

Marie Madeleine, la passion révélée

Marie Madeleine : La Passion révélée, Ceysson-Editions d’Art, 216 pages, 25 euros.

 

 

 

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