Aleteia logoAleteia logo
Aleteia
Vendredi 30 juillet |
Sainte Juliette
home iconAu quotidien
line break icon

Conversion d’un enfant du siècle. Épisode 5

Oksana Mizina / Shutterstock

Alexis Bétemps - Publié le 08/02/17

"Naïvement, j’attribuais au corps tout ce qui était bas, indigne et animal."

Je suis un jeune Parisien de bientôt 25 ans que rien ne destinait à se tourner un jour vers cette chose indistincte et que j’appelais jusqu’à récemment encore « la religion ». Pourtant, depuis bientôt deux ans, je me considère comme catholique – et je serai très prochainement baptisé.

Pendant de longues années, je n’ai cru qu’au corps et à l’esprit – et surtout à leur opposition. Je méprisais tout ce qui avait trait au physique, sans doute conforté dans mes convictions par le fait que je n’étais pas très bon en sport. Naïvement, j’attribuais au corps tout ce qui était bas, indigne et animal. L’homme, me disais-je, n’est pas fait pour courir, se fatiguer et remuer en tous sens comme une bête. Il ne s’élève que par la lecture, par la pensée, par la force seule de son esprit. Et je dois dire que j’ai longtemps cru qu’il y avait, dans cette attitude, une certaine élévation. Le monde me semblait être empli d’injonctions publicitaires ne vantant que les vertus du corps et rabaissant celles de l’esprit. Tout me paraissait être voué à la beauté et à la force, si bien que j’en étais venu à les mépriser.

Pour compléter le tableau de ma pensée telle qu’elle se présentait à cette époque, qui doit peu ou prou correspondre à mon adolescence, je dois ajouter que je m’étais enfermé dans un matérialisme absolu. Je suis bien loin d’être venu à bout aujourd’hui de ces interrogations, du moins sur le plan philosophique, mais j’avais alors fait le choix d’adhérer à une vision d’un monde entièrement chimique et mécanique, où tout, absolument tout, même cet esprit que je plaçais au-delà de toute chose et qui n’était que de la matière de qualité supérieure à mes yeux, pouvait être décortiqué, disséqué et réduit en particules élémentaires de nature physique. À vrai dire, je n’ai jamais réellement été satisfait par cette vision du monde, mais elle me séduisait par ce qu’elle impliquait – pas de Dieu, pas d’essence, rien que des atomes. J’y trouvais quelque chose de provocateur.

C’est là tout le paradoxe : j’adoptais une posture que je jugeais subversive, alors qu’on ne m’avait précisément jamais inculqué la moindre notion de Dieu. Je ressentais le besoin de me rebeller contre une chose que je n’avais jamais connue, de provoquer une force dont, a priori, j’étais certain de l’inexistence.


Lire aussi : « Conversion d’un enfant du siècle. Épisode 4 »


De mon aveuglement quelque peu obstiné, c’est sans aucun doute ma sensibilité qui m’a tiré. J’étais un enfant rêveur, à l’imagination débordante, qui s’inventait des mondes et des jeux, des personnages – j’aimais beaucoup les cours de théâtre que je prenais alors. J’écrivais des poèmes. Cet aspect de moi-même ne me dérangeait pas, car il me semblait de toute évidence appartenir au monde de l’esprit. Pourtant, je sentais bien qu’il possédait quelque chose de radicalement physique, de charnel, de sensible. Il n’était pas une pure abstraction, car il passait par les yeux, les oreilles, le toucher, les parfums, les souvenirs, les caresses, les odeurs…

C’est bien plus tard, une nuit, dans une grande métropole européenne, que l’évidence m’a frappé tandis que je marchais dans la neige. J’eus pour la toute première fois le sentiment d’une chose indistincte au fond de moi, qui n’obéissait pas à la mécanique de mon corps et qui n’était pas une simple émanation de mon esprit. L’organe qui percevait et s’émouvait de la beauté, qui pressentait le danger ou la grandeur, qui parfois me faisait communiquer sans paroles avec d’autres autour de moi et qui n’était ni corps ni esprit – cet organe, ce ne pouvait être que l’âme.

Il me fallut plusieurs mois, vivant chaque expérience à la lumière nouvelle de cette découverte, pour admettre parfaitement l’évidence : tout n’est pas tangible, tout n’est pas qu’agencement d’électrons, tout n’est pas que poussière. J’en avais toujours eu le pressentiment, qui expliquait sans doute l’impérieux besoin de rébellion qui m’avait précipité dans un matérialisme de principe. Je tentais de me convaincre moi-même d’une vision de l’homme que tout en moi réprouvait en en fournissant perpétuellement les preuves inverses.

« Lui qui tient dans sa main l’âme de tout vivant et le souffle de toute créature humaine ? N’est-ce pas l’oreille qui apprécie les mots, le palais qui goûte les mets ? » (Job 12, 10-11)


Lire aussi les autres épisodes : Épisode 1Épisode 2Épisode 3Épisode 4


Tags:
conversion
Soutenez Aleteia !
A travers le monde, vous êtes des millions à lire Aleteia, pour y trouver quelque chose d'unique : une vision du monde et de votre vie inspirée par l’Évangile. On prétend qu'il est de plus en plus difficile de transmettre les valeurs chrétiennes aux jeunes d'aujourd'hui.
Et pourtant, savez-vous que plus de la moitié des lecteurs d'Aleteia sont des jeunes de 18 à 35 ans ? C'est pourquoi il est si important que Aleteia demeure un service quotidien, gratuit et accessible à tous. Cependant, un journalisme de qualité a un coût que la publicité est loin de couvrir. Alors, pour qu'Aleteia puisse continuer à transmettre les valeurs chrétiennes au cœur de l'univers digital, votre soutien financier demeure indispensable.
*avec déduction fiscale
Le coin prière
La fête du jour






Top 10
1
Christophe Dickès
Traditionis Custodes : « La diversité des rites fait la richesse ...
2
ELDERLY MAN
Philip Kosloski
Ce psaume qui souligne avec justesse la beauté de la vieillesse
3
MARIAGE
Timothée Dhellemmes
Pass sanitaire : quelles sont les règles pour les mariages ?
4
HIDILYN DIAZ
La rédaction d'Aleteia
Jeux Olympiques : la médaille miraculeuse sur le podium !
5
SCROVEGNI
Agnès Pinard Legry
Les splendides fresques de Giotto désormais au patrimoine mondial...
6
Caroline Becker
Les cierges de Notre-Dame de Paris brûlaient-ils toujours au lend...
7
Martin Steffens
Martin Steffens : « Le pass sanitaire est une défaite de la moral...
Afficher La Suite
Newsletter
Recevez Aleteia chaque jour. Abonnez-vous gratuitement