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Véronique Lévy, petite sœur de BHL, témoigne de son amour pour le Christ

Véronique Levy

Véronique Levy © Jean-Christophe Marmara Figarophoto, Hannah Assouline / Editions du Cerf et Yann Revol

Véronique Levy © Jean-Christophe Marmara Figarophoto, Hannah Assouline / Editions du Cerf et Yann Revol

Louise Alméras - Publié le 06/02/17

Son dernier livre "Adoration" est une œuvre mystique où se dévoile le Mystère.

D’origine juive, Véronique Lévy s’est convertie au catholicisme il y a quelques années, de manière totale, en profondeur et sans compromis. Après le succès de son premier livre Montre-moi ton visage, l’auteur continue de nous faire partager son expérience intérieure hors du commun à travers sa plume aiguisée, révélée dans Adoration. Elle répond à nos questions sur la démarche de son écriture.

Aleteia : Vous avez une plume certaine. Écrivez-vous depuis longtemps ou bien est-ce une grâce qui vous a été donnée pour écrire ce livre Adoration ?
Véronique Lévy : C’est une grâce bien sûr… J’ai toujours griffonné sur des bouts de papier, des rêves, des pensées, mais ça ne prenait pas corps, ne prenait pas forme. C’était souvent des petits éclats épars et il n’y avait pas d’unité. Comme un organisme inachevé. Mes deux derniers livres et notamment Adoration, sont nés à l’ombre du Saint-Sacrement, nourris de la Présence Eucharistique. Les mots ont jailli, au seuil d’une Rencontre et d’un Mystère qui les dépasse infiniment et les déborde. C’est vraiment la phrase de saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi ». Et puis, ces mots se sont dépouillés pour devenir prière accueillant Sa Parole ; comme des petites cellules photographiques imprimant Sa Lumière et Son Verbe ; des cellules dans lesquelles bat un cœur, s’ouvrant au Cœur du Christ, directement nourri à Sa Chair et à Son Sang. Ce sont des mots, témoins de cette union au secret de la prière ; offerts aussi… des mots miroir, reflétant Son Visage et portant, tressée en filigrane, la vocation de mon prénom.

Dans la Bible, le prénom est une mission. Véronique est celle qui retire son voile et essuie le Visage du Christ, s’imprimant au cœur de la trame ; mes mots sont eux-mêmes, des petits voiles épousant amoureusement les contours de Son Visage. Angèle de Foligno, qui était une mystique, a écrit ses visions et elle disait toujours : « Parler de Dieu est un blasphème ». C’est-à-dire que c’est effrayant. Si je m’étais dit : « Je vais écrire », je n’aurais pas pu. Je me serais retrouvée face à l’infini et à l’éternité de Dieu et comment moi, oserais-je ? Ce n’est qu’en tremblant d’amour et de confiance qu’on peut oser s’approcher de Dieu. Si j’avais compté sur ma volonté propre, elle aurait été un obstacle à la Rencontre et je me serais retrouvée face à une montagne inaccessible.

Véronique Levy
Véronique Levy © Jean-Christophe Marmara Figarophoto, Hannah Assouline / Editions du Cerf et Yann Revol
Véronique Levy © Jean-Christophe Marmara Figarophoto, Hannah Assouline / Editions du Cerf et Yann Revol

Dans le Brasier Ardent, Dieu dit à Moïse : « Je te montrerai Ma beauté mais tu ne pourras voir Ma Face ». Car Dieu est au-delà de toute vision, liberté irréductible ; et Ses pensées ne sont pas nos pensées. J’aurais voulu rendre mes mots au silence pour recevoir Ses mots à Lui ; alors, ils se sont creusés pour se faire crèche, nid, accueillant Sa parole et Sa Grâce. Dépouillés de tout système, libérés des codes utilitaires, ce sont des mots vraiment nus. Je n’ai pas voulu dire l’indicible, j’ai laissé l’indicible se dire. C’est un peu différent. « Les mots c’est ce qui déborde du cœur », murmure Jésus et c’est vrai que dans mon dernier livre, les miens tentent de dire l’émerveillement d’une naissance, à l’ombre de Marie, sous son manteau, devant l’Hostie, dans la chapelle de L’Adoration, à Notre-Dame-des-Victoires.

J’étais vraiment cachée, blottie sous son voile ; protégée, hors du temps, immergée dans le Temps de Dieu qu’est l’Eternité. J’étais comblée d’un amour absolu et si dense, perdue dans Sa Charité, que j’ai pleuré ces mots. Pleuré de joie. Et ils ont jailli, comme un Magnificat. Et puis, je les ai déposés, comme des petits cailloux blancs témoignant de la trajectoire de la Miséricorde de Dieu dans ma vie ; comme des petits cœurs écoutant Sa Parole et dans lesquels elle bat pour que d’autres l’entendent aussi. L’Eucharistie éclaire comme un soleil, ce chemin qui va de « L’Appel » à « L’Union » (titre des chapitres d’Adoration). De ma naissance jusqu’au baptême ; de la fulgurance de la première rencontre jusqu’à ma vie avec Lui, aujourd’hui. C’est un dialogue amoureux.

Ce qui est frappant c’est que vous parlez de vous, et même sivous faites parler parfois la Vierge Marie, parfois Jésus lui-même, on ne voit que Lui en fin de compte.
C’est ce qu’on m’a dit aussi pour mon premier livre (Montre-moi ton visage). Visiter des évènements parfois intimes de ma vie, c’était déjà témoigner du miracle de Sa Grâce ; ça n’était en aucun cas une introspection, mais recevoir Ses mots d’amour à Lui et se couler dans leur respiration.

Oui, parler de moi c’est parler de Lui, c’est dire toujours : « Qui regarde vers Lui resplendira » ou « il faut qu’Il grandisse et que moi, je diminue ». Dans Adoration, au cœur de la rencontre entre la petite âme et Son Créateur, il y a eu l’émerveillement devant Sa Providence, devant toutes les impasses où Il est venu me rejoindre, et même dans les moments où j’étais brisée, où la mort rôdait… au fil de mes nuits blanches d’avant ma conversion. Parce qu’il y a eu, à cette époque, des moments de détresse, des moments chaotiques où je me suis un peu perdue. Au secret du dialogue, le Christ m’a instruite et dévoilé le sens de ce qui restait obscur et caché à mes yeux. Le mystère du mal s’est éclairé pour laisser apparaître le dessein d’amour déchirant la trame de ma vie : alors, même les échecs se sont ordonnés sous Son regard. Comme les pièces éparses d’un puzzle se dessinant pour la première fois autour de Son Visage. Et j’ai compris que c’est dans les moments où tout semblait perdu, où mon cœur était brisé, mais vivant, anéanti mais ouvert, qu’il a pu venir me rejoindre. L’Écriture fut une apocalypse.

Avez-vous lu les écrits de sainte Thérèse d’Avila et de sainte Thérèse de Lisieux avant de vous mettre à écrire ?
J’avais écouté de rares lectures de textes de sainte Thérèse d’Avila. Quand aux poèmes de sainte Thérèse de l’enfant Jésus et de la Sainte Face, je les avais découverts à travers des soirées de prière ; chantés magnifiquement par les sœurs bénédictines de Notre-Dame-des-Victoires, du Sacré-Cœur, ou par les carmélites de Lourdes. Mais je ne les ai pas lus.

Propos recueillis par Louise Alméras.


 Lire aussi : L’histoire d’une âme au XXIe siècle : Véronique Lévy se livre dans un chant d’amour mystique


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