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« Silence » de Martin Scorsese : un film qui vous broie les tripes

© Paramount Pictures
© Paramount Pictures
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Le dernier film du réalisateur américain sort dans les salles françaises mercredi 8 février.

C’était un serpent de mer. Près de trente ans que Martin Scorsese ruminait l’idée d’adapter au cinéma un livre qui lui avait été offert en 1988 et qui l’avait profondément marqué. Son titre ? Chinkomu, Silence. Un roman historique de l’écrivain catholique Shusaku Endo qui s’inspire du parcours du père Cristóvão Ferreira, missionnaire jésuite au Japon au début du XVIIe siècle qui abjura sa foi lors des violentes vagues de persécutions sous le shogun Tokugawa Iemitsu. Une plongée dans ces petites chrétientés héroïques qui ensemencèrent le sol du Japon. Rendre toute la dimension tragique de ces persécutions qui déchiraient les chrétiens japonais entre l’attachement à leurs traditions et leur foi dans le Christ, qui divisaient les familles et semaient la mort dans les villages n’est pas chose facile. Témoigner honnêtement de la profondeur spirituelle de chrétiens, missionnaires ou fidèles, qui étaient prêts à offrir leur vie pour le Christ l’est encore moins.

Scorsese irréprochable

Mais Martin Scorsese n’est pas homme à renoncer. Les décennies lui ayant permis de laisser mûrir son projet, il livre un film particulièrement abouti. Surtout, et ce n’est pas un point de détail, la dimension spirituelle du récit n’est pas négligée. Nous sommes bien loin des outrances et de la confortable subversion de La Dernière tentation du Christ. Avec Silence, le maestro semble réconcilié avec le Mystère divin et l’Église imparfaite qui en a le dépôt. Pour l’assister sur le film, le réalisateur n’a d’ailleurs pas hésité à faire appel à de nombreux conseillers religieux, à l’intérieur comme au dehors de la Compagnie de Jésus. Les catholiques peuvent donc admirer les images de Scorsese sans être heurtés par des élucubrations liturgiques ou doctrinales. Silence est un film honnête. Et sur un sujet d’une telle gravité, ce n’est pas rien.


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Une succession de toiles de maîtres

Sur le plan de l’image justement, Scorsese n’est pas un débutant. Il confirme ici qu’il est un maître de la photographie et la plupart de ses scènes sont des tableaux : du Caravage lors d’une descente de croix, sur le rivage de l’océan à la nuit tombée ; de Rembrandt pour la lumière si particulière qui nimbe les messes clandestines dans les villages persécutés. Le film n’est pas sans longueurs, qui ne troubleront pas les cinéphiles les plus patients et les véritables esthètes. Les deux acteurs principaux saisissent le spectateur par les tripes tant leur jeu est vrai. Andrew Garfield, qui nous avait déjà subjugué dans le dernier opus de Mel Gibson : Tu ne tueras point et son condisciple Adam Driver sont allés bien au-delà que d’enfiler les habits des missionnaires qu’ils incarnent. Et l’on pressent que l’expérience fût pour eux autant cinématographique que spirituelle.

L’ambiguïté pour éclairer ?

On ne refait pas un artiste comme Martin Scorsese après plus de cinquante ans de carrière. Silence est un récit, comme souvent dans l’oeuvre de Marty, nimbé d’ambiguïté. Celle-ci était déjà présente dans l’oeuvre de Shusaku Endo, grand admirateur de Bernanos… Le personnage de Kishijiro, l’un des plus attachants du film, est d’ailleurs profondément bernanosien, concentrant en lui tout le tragique de l’homme face au choix de la grâce ou du néant. Malheur à celui qui raterait les cinq dernières minutes du film, qui lui redonnent tout son sens, sans que cela soit d’ailleurs suffisant pour saisir toute la profondeur du récit de Shusaku Endo soit rendue. Les missionnaires jésuites ont échoué au Japon nous dit Scorcese, et cela demeura historiquement vrai durant plusieurs siècles, jusqu’à ce que l’on découvre en 1865 qu’une des nombreuses églises de kirishitan avait continué de porter le trésor de la foi, dans la plus totale clandestinité. De ces fruits incroyables, le réalisateur ne dit rien et suggère peu. Voilà pourquoi le film se termine sur un terrible malentendu qui laissera probablement des milliers de spectateurs dupes. Un film d’une grande beauté, d’une incontestable profondeur mais qui rend la lecture du livre de Shusaku Endo indispensable.

Silence, un film de Martin Scorsese, avec Andrew Garfield, Adam Driver et Liam Neeson, sortie le 8 février 2017.

Silence, par Shusaku Endo, Gallimard Folio.

La Croix et l’épée, par Otohiko Kaga, éditions du Cerf.

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