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La pornographie peut-elle être éthique ?

© JOEL SAGET / AFP
(FILES) This file photo taken on January 6, 2017 shows French film director, documentarist, writer and former pornographic actress Ovidie posing during a photo session on January 6, 2017 in Paris.
A new documentary claims that pornography has got "uglier and nastier", with actors forced to shoot more hardcore films for less since the explosion of free-to-view internet sites like Youporn and Pornhub. "Pornocracy", made by Ovidie, a former French porn star turned director, claims that far fewer films are now being made and fees have been slashed up to 10-fold.
/ AFP PHOTO / JOEL SAGET
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Retour sur une dénonciation des dérives de la pornographie par son milieu lui-même.

Ironie ou réflexion légitime ? Le Monde titrait récemment un article : « Reconnaître (et consommer) du X éthique », à l’occasion de la sortie du documentaire d’une ancienne actrice porno, Ovidie, intitulé : Pornocratie : les Nouvelles Multinationales du X. La journaliste renchérit dans la dénonciation des dérives de la pornographie et des conditions de travail de plus en plus extrêmes de beaucoup d’actrices, notamment moins payées qu’avant du fait de la diffusion illégale et gratuite des films. D’où son appel à revenir à du contenu payant ou aux classiques du genre, entre autre, par respect pour elles.

Nous pourrions fermer les yeux sur cette population de femmes qui ont tout de même fait le choix de leur travail. Pourtant, impossible. Elles ont une âme et ne s’arrêtent pas à l’image projetée sur la vidéo, pour le plaisir. La réalité est que si ces femmes subissent davantage — et cela risque d’aller crescendo — de sévices, de dégradations, de servitude liées à la nécessité d’accepter plus pour gagner correctement leur vie, c’est aussi permettre à plus de spectateurs de voir ces actes de plus en plus extrêmes, déshumanisants. Et c’est la responsabilité d’une société qui portera en son sein, et porte déjà, des êtres aux yeux salis, aux cœurs abîmés, à la sensibilité diminuée, à la conscience biaisée par ce qu’ils ont vu. Parfois à des âges très jeunes. Aujourd’hui il est possible d’en trouver partout et de toutes sortes… Avec, au-delà de l’image de la femme, une image de la sexualité pire que désordonnée : antinaturelle et monstrueuse. L’image de l’être humain est en péril. Il est donc urgent de se poser la question, pour ceux qui en consomment, de savoir si la gratuité d’une vidéo vaut le coup de payer toute sa vie le port d’une blessure intérieure.

« L’éthique c’est l’esthétique de dedans »

Si la défense d’une industrie pornographique contenant plus d’éthique n’est pas évidente à première vue, puisque la pornographie ne l’est déjà pas vraiment à la base, c’est un problème plus général qu’il s’agit de soulever ici. Ne nous voilons pas la face, même des personnes que nous ne soupçonnions pas de regarder ce genre de « cinéma » en font usage. La journaliste semble pointer du doigt, plus fermement que la réalisatrice du documentaire, la possibilité d’accéder et de produire des films avec davantage de qualité, plus proches du réel aussi, avec moins de souffrances. Elle termine ses propos de manière très pragmatique : « Il faudrait appliquer à la pornographie le même bon sens qu’à notre consommation de nourriture : variée, bio, pas volée, ni trompeuse sur la marchandise, dénuée de cruauté inutile, et qui ne vous rendra pas malade ».

Au-delà de cette sorte d’hygiène de consommation qu’elle suggère, l’esthétique interroge aussi. Comme disait Pierre Reverdy : « L’éthique c’est l’esthétique de dedans ». Le cinéma a déjà assez repoussé les frontières de la censure en terme d’érotisme et de sexualité, jusqu’à récompenser des réalisateurs qui osent le montrer. Ce n’est pas toujours beau pour autant… Alors dans des films X, peut-on espérer trouver une forme d’éthique à l’image ?

Ludwig Wittgenstein rappelle heureusement que « l’éthique naît du désir de dire quelque chose de la signification ultime de la vie, du bien absolu, de ce qui a une valeur absolue », dont on ne pourra jamais qualifier la pornographie. Et de souligner que « l’éthique ne peut pas être une science », c’est donc qu’elle n’est pas maîtrisable par une quelconque industrie à but uniquement productif, vide de sens, car elle vient « de dedans » ou elle n’est pas. Elle est là où il y a une âme. Mais qui sait ?