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Décodex : Quand Le Monde ressuscite Big Brother

© Le Monde
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Seule une époque qui proclame à l’envi que chacun est libre d’avoir sa vérité puisqu’il n’y en a aucune pouvait accoucher d’un logiciel aussi orwélien que le Décodex.

Le journal Le Monde a donné naissance à son dernier outil, le Décodex, mercredi 1er février : un algorithme dans lequel vous pouvez entrer le nom de n’importe quel site d’information pour savoir son degré de fiabilité. En un clic vous savez qui Le Monde vous conseille de croire ou non. Avec quelle légitimité est une autre question, à laquelle le journal ne répond pas.

Le décodage se résume à des gommettes : gris pour les sites qui ne sont pas proprement journalistiques mais collectifs comme Wikipedia, bleu pour les sites parodiques qu’il faut donc lire « au second degré » (merci de votre aide), rouge pour les sites qui diffusent de « fausses informations ou des articles trompeurs », orange pour les sites « insuffisamment précis » et « orientés », vert enfin pour les sites « qui s’efforcent de se montrer mesurés, d’être transparents sur l’origine de leurs informations et admettent ou rectifient, le cas échéant, leurs erreurs ».

Et Le Monde d’ajouter dans sa notice méthodologique : « Toutes ces remarques s’appliquent évidemment au Monde », comment rester sérieux en face d’une telle mascarade ? Au nom de quoi, ou de qui, Le Monde qui est ici juge et partie se permet-il de décerner des prix de fiabilité ou de vérité à tel ou tel de ses confrères ?

Le journal esquisse une réponse : « D’une manière générale, nous vous recommandons d’être d’autant plus vigilants vis-à-vis d’une information que l’émetteur est orienté, imprécis ou cache son positionnement politique ».

Un tri idéologique

Les défenseurs du Décodex précisent qu’il leur est égal de ne pas être d’accord avec le site qu’ils décryptent, tant que tout le monde « s’accorde sur les faits ». Seul problème, aucun journaliste ne peut avoir un regard neutre sur ce qu’il traite, tout simplement parce qu’il est homme et non robot. Il y a des faits, certes (que les médias discutent ou évincent parfois eux-mêmes d’ailleurs), mais ils nécessitent une interprétation à laquelle personne ne peut échapper, ne serait-ce que dans la présentation ou la sélection.

Or les journalistes ont tous une éducation et donc des réflexes, une formation et donc des références, un regard humain et donc sélectif, un caractère et donc des affinités… Bref, s’ils peuvent évidemment être honnêtes, ils seront toujours « orientés ».

Tous les contenus d’informations le sont donc par conséquent. Même si, encore une fois, cela n’empêche pas nécessairement d’être honnête et que certains faits relayés ici ou la dans la presse sont objectivement faux. Mais quel site d’information peut aujourd’hui se targuer de ne s’être jamais trompé ? Aucun, et Le Monde le reconnaît d’ailleurs.

Mais le logiciel donne le fin mot de l’histoire : certaines « orientations » sont plus fiables que d’autres. Il n’est donc plus question de faits, le tri est idéologique.

Parce que l’orientation d’un site est une chose, la fiabilité de ses informations une autre. Toutes les informations relayées par un journal peuvent être exactes alors même qu’ils sont choisis et commentés ensuite avec un regard, et donc une orientation particulière. Certains sites épinglés par Décodex ont en effet une grille de lecture orientée, ce qui ne rend pas leurs contenus moins fiables.

Pour Le Monde, si. Mais lorsque Le Monde fait officiellement campagne contre les « populismes », contre le Brexit ou contre Donald Trump, que fait-il d’autre que de respecter une ligne éditoriale « orientée », lui aussi ?

Il n’est d’ailleurs pas inintéressant de noter que l’Humanité, site ouvertement militant et communiste, a le droit à une pastille verte. Le communisme ne doit pas être une « orientation »…

Une remise en question nécessaire 

Autre exemple croustillant : Russia Today est affublé d’une pastille orange quand Al Jazeera se présente en vert. Les deux sites se font pourtant, et cela ne fait même pas débat, les relais d’intérêts certes différents, mais non moins politiques.

Aleteia n’est pas encore passé au crible du Décodex, mais le « regard chrétien » sur l’actualité risque de coincer et d’être considéré comme une orientation. À juste titre, mais sans qu’il n’existe de lien avec la fiabilité de ses contenus… et donc de sa fiabilité.

Au lieu de multiplier les outils qui ont pour but de contrer la montée en puissance des sites d’informations alternatifs, il serait peut-être salutaire que les grands médias acceptent de se remettre en question. C’est peut-être justement parce qu’ils suivent tous, et bien souvent docilement, la même orientation que les lecteurs ont été chercher ailleurs. Personne ne leur reproche d’avoir des idées à défendre, beaucoup sont fatigués de constater qu’ils ont tous les mêmes, il y a une nuance.

Et pour ce qui est de la lutte contre le complotisme, effectivement de plus en plus répandu sur internet, une chose est sûre : l’intention pourrait être louable si elle n’était absurde. Quiconque va sur un site complotiste ne risque pas de changer d’avis parce que Le Monde, organe de presse subventionné et assez peu rebelle, lui conseille de revenir au bercail de l’information lisse et unanime… Encore un outil pour rien, qui prouve que certains journalistes n’ont toujours pas compris la profondeur du fossé qui les séparent des lecteurs qu’ils ont perdus.

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