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Cinquante nuances de foi : Shiva ou le corps en prière

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L’Esprit souffle où il veut !

Il est facile de réduire la religion de l’autre à un ensemble de croyances plus ou moins cohérentes, alors même qu’au niveau individuel, elle est un vécu qui ne peut se partager qu’au cours d’une rencontre entre personnes. Ces rencontres sont belles et nécessaires pour nous autres chrétiens. Attention, pas de syncrétisme ici : il ne s’agit pas de faire son supermarché spirituel mais de ne pas oublier que l’Esprit souffle où il veut. En recueillant ce que les croyants disent d’eux-mêmes, nous pouvons être confortés dans nos opinions, ébranlés dans nos préjugés, émerveillés par les âmes en prière et, au creux d’un mot ou au détour d’une phrase, découvrir ces semences du Verbe dont nous parle l’Église. Écouter les personnes et reconnaître en elles ces semences du Verbe, c’est se rendre capable de les aimer et d’aimer Dieu en elles. Et, plutôt que d’affirmer : « tu as tort, convertis-toi ! « , dire : « regarde, Dieu est là !  »

Cet entretien et ceux qui suivront rendent compte d’une tentative de réaliser ce type de rencontre en Inde, au Bhoutan, au Népal, en Chine, à Hong-Kong, en Israël, en Palestine, au Liban, et en Iran entre octobre et décembre 2016.

Rencontre avec Shiva

Shiva est un homme d’environ 35 ans. Il vit sous un pont depuis cinq ans à Chengalpattu, une petite ville située au sud de l’Inde. La finesse de son visage et la maigreur de ses membres témoignent de sa vie d’ascète. À son regard pétillant et à son sourire radieux, on réalise d’emblée que son épaisseur spirituelle est inversement proportionnelle à son épaisseur corporelle. Il est vêtu d’une toge blanche qui tranche avec sa peau bronzée et ses cheveux bruns.

« Qu’est-ce qui vous rend exceptionnel ? » Il répond après une rapide réflexion : « le yoga » avant d’ajouter furtivement : « Je m’entraîne plusieurs heures par jour. » Il m’explique les raisons qui l’ont poussé dans cette voie : alors qu’il était très malade du foie il y a 5 ans, il s’est rendu compte qu’il était capable de changer ses habitudes alimentaires et son apparence physique. Dès lors, pourquoi ne pas se changer soi-même ? Et se changer jusqu’à atteindre le Salut ? « Le yoga a des effets impressionnants sur moi, il me permet de prendre le contrôle. Bien qu’enchaîné à l’intérieur de mon corps, mon atman (esprit) peut gagner en indépendance chaque jour. » Les consolations sont variées et évanescentes : « parfois je ressens comme une saveur sucrée sur mes papilles, parfois je me sens étrangement calme, ou bien joyeux et aimant, et puis parfois mon esprit se vide totalement et les heures passent sans que je ne souhaite ni ne puisse les compter. »

Faire de notre corps une prière

On ne peut pas faire de Shiva un catholique, tant il conçoit son corps comme une prison de laquelle il faut s’échapper, mais, dépassant cette première pensée, Shiva malgré lui nous apprend à faire de notre corps une prière et un outil de sanctification.

Collant ses plantes de pieds ensemble, il les ramène vers son bassin avec une facilité déconcertante. En début de méditation il effectue un travail sur sa respiration, ou plutôt un non-travail. C’est une simple prise de conscience. Il s’écoute respirer en ne modifiant rien, comme face à un beau paysage. Puis, avec sa main droite, il bouche à chaque mouvement du ventre l’une puis l’autre de ses narines. C’est une sorte de mouvement circulaire, un habillage de la respiration qui la rend plus belle à regarder, mais sans lui enlever sa nudité de respiration. Tout comme le pèlerin russe qui respirait la prière de Jésus en ruminant à chaque souffle le Kyrie Eleison, Shiva se laisse emporter par son souffle : acte à la fois conscient et inconscient, il participe directement du monde en le laissant entrer en lui. La respiration suit le cours des pensées et le cours des pensées suit la respiration : « Pour l’homme qui est en colère, la respiration est à l’image des pensées : étouffante et bruyante… Regarde filer ta respiration comme tu regardes filer tes pensées. » Avec l’index et le majeur, il se couvre les paupières pendant que le pouce replie vers l’intérieur le tragus pour boucher ses oreilles. Le silence est forcé, ce qui marque la rupture avec la vie normale. « La méditation est une simple pause de la perception habituelle. »

L’ouverture des chakras

Après quelques minutes, nous arrêtons l’exercice pour la troisième étape : l’ouverture des chakras (de part et d’autre du nombril, plexus solaire, sous la pomme d’Adam, au milieu de la ligne des sourcils, etc.). « Pense à ces Chakras un par un, détend et contracte-les, commence par le bas. » Il marque alors un silence et murmure. « Om Na Ma Chi Va Ya ». « Om » est la syllabe mystique par excellence. C’est le bruit de la matière, le bruit du tout. « Na » est le bruit de la terre quand on la frotte, « Ma » est le bruit de l’eau lorsqu’on parle dessous, « Chi » est le bruit du feu que l’on éteint, « Va » est le bruit du vent, et « Ya » est le bruit de l’espace quand on l’écoute dans un coquillage. Ce mantra fait prendre conscience de notre place fragile dans le cosmos, et aide à éviter l’illusion du déséquilibre.

Dans cette ode à la mesure, on retrouve en filigrane les éclatantes paroles de saint Augustin lorsqu’il peignait la prudence comme protection contre l’excès qui mène au mal, comme un amour qui nous permet de séparer l’utile du nuisible dans chaque chose. Et l’on retrouve aussi saint Thomas qui affirme que la prudence est celle des vertus cardinales qui doit diriger les trois autres.

Mais Shiva ne va pas plus loin que ce mantra, voilà cinq années entières qu’il médite dessus. Et il ajoute pour s’expliquer « On ne peut pas être impatient, l’efficacité n’existe pas en yoga, ceux qui l’affirment sont des charlatans. Nous sommes comme une radio, nous captons passivement les ondes de Dieu, mais à condition d’être à la bonne fréquence, et d’avoir fait silence. » S’il médite autant ce mantra, c’est pour qu’il devienne une authentique prière, débarrassée du calcul, qu’elle devienne inconsciente comme la respiration : « si elle commence à prendre le sommeil, c’est que tu es sur la bonne voie. »

Comme Shiva, nous pouvons travailler à sanctifier notre inconscient. Si nous avions une prière continuelle, nos pensées et nos actes seraient en Dieu, et faire le bien nous serait une chose naturelle. Alors jaillit différemment dans le cœur du chrétien ce conseil d’Évangile : « Toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite. » (Mt 6, 3).


Lire aussi : Le yoga est-il compatible avec la foi chrétienne ?


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