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Les philosophes ne servent à rien, c’est pour ça qu’ils sont utiles

© Sabine de Rozières
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Et si toute personne humaine était spontanément philosophe ?

Allons plutôt chercher des réponses avec Michel Boyancé, doyen de l’IPC, la Faculté Libre de Philosophie et de Psychologie, qui tient ses journées portes ouvertes les 28 janvier et 11 mars.

Aleteia : Comment se définit un philosophe ?
Michel Boyancé : Il faut bien distinguer deux aspects. Toute personne humaine est philosophe dans le sens où il est spontané et naturel de savoir où l’on va, de s’interroger sur le sens de la vie, sur le bien et le mal ou sur ce qu’est la justice. Par ailleurs, il y a une technicité de la philosophie qui implique une recherche universitaire réservée au spécialiste. Une formation bac +3 ou même +4 et 5 peut servir de tremplin pour d’autres formations qui conduisent à des métiers de l’entreprise ou du social. À ce moment là, la formation ne conduit pas à l’enseignement mais donne des bases de réflexion et des compétences intellectuelles qui sont utiles pour sa vie personnelle et reconnues par les employeurs : le sens de l’humain, de la synthèse, du management, des valeurs, ou encore différentes méthodes relevant des sciences.

Peut-on dire que les philosophes d’aujourd’hui sont les mêmes que les anciens ?
Oui, dans le sens où les grandes questions et les grandes réponses restent les mêmes, mais non dans le sens où l’évolution des sociétés, des techniques et des modes de vie apportent des problèmes nouveaux. Faire du neuf avec de l’ancien reste le défi de la philosophie dans sa recherche profonde de vérité et de sens. De ce fait, une culture historique est nécessaire car le progrès n’est pas linéaire : le progrès technique ne s’accompagne pas nécessairement d’un progrès moral. Il faudra toujours des personnes pour élever les débats et accéder à un certain niveau de réflexion, ne pas avoir « le nez sur le guidon », que ce soit en politique ou pour les autres réalités de la société civile.

À quoi servent les études de philosophie ?
De manière très pragmatique, le système français est coincé entre la pédagogie « prépas » et la fac, celle-ci ayant du mal à se situer. Il faut une pédagogie de type anglo-saxon, qui est dans l’ADN de l’IPC : travailler les méthodes pour poursuivre après la licence des études exigeantes (concours aux écoles de management, d’enseignement, etc.) tout en se formant pour aller à l’essentiel et développer un sens critique, qui est le sens du vrai et du bien, mais aussi pour s’y retrouver dans tout ce que la société véhicule en terme d’informations, d’idéologies ou d’opinions. Cela demande aussi le dévouement des enseignants pour un véritable suivi des étudiants.

L’IPC ouvre ses portes aux lycéens le 28 janvier et le 11 mars, pourquoi un lycéen voudrait-il faire de la philo ?
Pour les raisons invoquées plus haut. Une intelligence n’est pas formée en sortant du bac. Elle a besoin de mûrir, de se cultiver, d’apprendre à raisonner, argumenter et discerner. Cela ne peut se faire en bachotant simplement pour avoir une situation, mais en approfondissant les questions essentielles et en prenant le temps. Les débouchés post-licence sont maintenant quasiment équivalents aux cursus post-bac. Profitons de ces quelques années d’entrée dans l’âge adulte pour débuter une vraie vie de l’intelligence et du cœur.

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