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Pape François : "Être rivé sur le passé peut paralyser et empêcher de vivre le présent"

Pape François

© ALESSIA GIULIANI/CPP

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Iacopo Scaramuzzi - Vatican Insider - Publié le 26/01/17

Il faut avancer sur le chemin de la réconciliation et du dialogue selon le Saint-Père.

« Jeter un regard en arrière » est une aide absolument « nécessaire » pour purifier la mémoire, mais « être rivé au passé, en s’attardant à rappeler les torts subis et faits et en jugeant avec des paramètres uniquement humains, peut paralyser et empêcher de vivre le présent » a mis en garde le pape François, lors des secondes Vêpres de la fête de la conversion de saint Paul, jour de clôture de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, célébré en la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, à Rome. Une réconciliation authentique entre chrétiens, a-t-il poursuivi, pourra se réaliser lorsque les chrétiens serons capables « d’apprendre les uns des autres, sans attendre que ce soient les autres qui apprennent d’abord de nous ». Selon le Saint-Père, la « remarquable étape » que fut la commémoration commune, fin octobre 2016 à Lund, en Suède, pour les 500 ans de la réforme luthérienne, qui, jadis « divisait les chrétiens », est un bel encouragement à avancer sur le « chemin de la réconciliation et du dialogue ».

« L’amour du Christ nous pousse à la réconciliation »

La semaine de prière œcuménique tombe le jour anniversaire de la conversion de saint Paul, centrée sur un passage de la Seconde Lettre de l’apôtre aux corinthiens : « L’amour du Christ nous pousse à la réconciliation ». Des représentants des autres confessions chrétiennes étaient présentes à la célébration, notamment le Métropolite Gennadios du patriarcat œcuménique de Constantinople et l’anglican, David Moxon, représentant personnel à Rome de l’archevêque de Canterbury, et le pasteur luthérien Jens-Martin Kruse. Chants et musiques étaient assurés par la Chapelle musicale Pontificale « Sixtine » et la chorale anglicane de l’abbaye de Westminster.

Le Saint-Père est parti du « changement radical » vécu par saint Paul après sa « rencontre avec Jésus sur la route vers Damas ». À partir de ce moment, a-t-il souligné, pour Paul, « la signification de l’existence ne réside plus dans la confiance en ses propres forces pour observer scrupuleusement la Loi, mais dans l’adhésion de toute sa personne à l’amour gratuit et immérité de Dieu, à Jésus Christ crucifié et ressuscité ». S’opère en lui une « révolution » qui « est la révolution chrétienne de toujours : ne plus vivre pour nous-mêmes, pour nos intérêts et retours d’image, mais à l’image du Christ, pour lui et selon lui, avec son amour et dans son amour ».

Pour l’Église, pour chaque confession chrétienne, a poursuivi le Pape, « c’est une invitation à ne pas se fonder sur les programmes, sur les calculs et les avantages, à ne pas se fier aux opportunités et aux modes du moment, mais à chercher la vie en regardant toujours la croix du Seigneur : voilà notre programme de vie. C’est également une invitation à sortir de tout isolement, à surmonter la tentation de l’autoréférentialité, qui empêche de saisir ce que l’Esprit Saint réalise hors des milieux de chacun ».

Apprendre du passé mais avancer

Une réconciliation authentique parmi les chrétiens, a insisté le souverain pontife, « pourra se réaliser lorsque nous saurons reconnaître les dons les uns des autres et que nous serons capables, avec humilité et docilité, d’apprendre les uns des autres – d’apprendre les uns des autres – sans attendre que ce soient les autres qui apprennent d’abord de nous. Si nous vivons cette mort à nous-mêmes pour Jésus, notre vieux style de vie est relégué dans le passé et, comme cela est arrivé à saint Paul, nous entrons dans une nouvelle forme d’existence et de communion. Avec Paul nous pourrons dire : « Le monde ancien s’en est allé ». Jeter un regard en arrière aide est d’autant plus nécessaire pour purifier la mémoire, mais être rivé au passé, en s’attardant à rappeler les torts subis et faits et en jugeant avec des paramètres uniquement humains, peut paralyser et empêcher de vivre le présent. La Parole de Dieu nous encourage à tirer force de la mémoire, à nous rappeler le bien reçu du Seigneur ; mais elle nous demande aussi de laisser derrière nous le passé pour suivre Jésus dans l’aujourd’hui et pour vivre une vie nouvelle en lui ».

L’importance de la réconciliation

« Tandis que nous cheminons sur la voie de l’unité, cette année, a souligné le Pape, nous nous souvenons spécialement du cinquième centenaire de la Réforme protestante. Le fait qu’aujourd’hui catholiques et luthériens puissent se rappeler ensemble un événement qui a divisé les chrétiens, et qu’ils le fassent avec espérance, en mettant l’accent sur Jésus et sur son œuvre de réconciliation, est une étape remarquable, atteinte grâce à Dieu et à la prière, à travers cinquante ans de connaissance réciproque et de dialogue œcuménique ».

L’amour est le moteur de tout effort œcuménique

François, après avoir salué les représentants des autres confessions chrétiennes, a exhorté, « dans l’attente patiente et confiante que le Père accordera à tous les croyants le bien de la pleine communion visible », à aller de l’avant, à progresser sur le chemin de réconciliation et de dialogue, « encouragés par le témoignage héroïque de nombreux frères et sœurs, unis hier et aujourd’hui dans la souffrance pour le nom de Jésus ». Profitons, a-t-il conclu, « de chaque moment que la Providence nous offre pour prier ensemble, pour évangéliser ensemble, pour aimer et servir ensemble, surtout qui est plus pauvre et plus délaissé ».

L’amour a déclaré pour sa part le cardinal Kurt Koch, président du conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, dans ses salutations à la fin de la cérémonie, « est le moteur de tout effort œcuménique. Le véritable amour n’efface pas les différences légitimes entre les Églises chrétiennes, mais les conduit ensemble, réconciliées, vers une unité plus profonde ».

Article traduit de l’italien par Isabelle Cousturié.

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