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Pourquoi y-a-t-il douze apôtres mais seulement quatre évangélistes ?

Jacob Jordaens
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Le commandement de Jésus aux apôtres n'était pas d'écrire mais de prêcher l'Évangile. Seuls quelques uns et leurs plus proches collaborateurs ont "fait du zèle".

Commençons par clarifier le terme « évangile » et quelques autres points importants.

Que signifie « évangile » ?

Le terme « évangile » signifie étymologiquement « bonne nouvelle ». Mais dans le sens qui nous intéresse ici, il se réfère à un genre littéraire du Nouveau Testament, qui vise à stimuler et encourager la foi des communautés chrétiennes, en présentant Jésus comme Messie (le Christ, celui a reçu l’onction divine) et Fils de Dieu (Mc 1, 1 ; Mt 1, 16 ; Jn 20, 30-31) à travers ses paroles et ses actions les plus significatives (Luc 1, 1-4 ; Actes 1, 1-2), en particulier sa Passion, sa mort et sa résurrection.

Combien d’évangiles y a-t-il en tout ?

Pour répondre à cette question, il est important de faire la distinction entre deux types d’évangiles : les évangiles canoniques et les évangiles apocryphes ou extra-canoniques (en dehors du canon).

Quatre seulement sont canoniques et sont contenus dans le Nouveau Testament : ceux de Matthieu, Marc, Luc et Jean. Les extra-canoniques sont beaucoup plus nombreux.

Les évangiles canoniques ont été retenus par l’Église car y reflètent fidèlement la foi chrétienne vécue, professée et proclamée par les communautés fondées par les apôtres et leurs plus proches collaborateurs et disciples. Les évangiles apocryphes ou extra-canoniques ne sont pas admis parmi eux car ils présentent des déformations sensibles de la personne de Jésus et de son message de salut.

Comment sont nés les Évangiles ?

Ils ont été composés en trois étapes :

1. La vie publique de Jésus (27-30 de notre ère). Les premiers événements se sont produits. La foule a reçu les enseignements de Jésus. Son parcours sur Terre s’achève par sa Passion, sa mort et sa résurrection (le mystère pascal).

2. La génération apostolique. Temps de la mission des apôtres, des disciples et de leurs associés les plus proches (années 30 à 70). Par à la prédication, ils formaient des communautés chrétiennes, où la foi est maintenue intacte et les actions et les paroles de Jésus sont transmis.

On connaît une partie des textes qui circulaient à cette époque. Il sont les plus anciens mais figurent après les évangiles dans le Nouveau Testament : les épitres ou lettres. La foi des premiers chrétiens repose alors principalement sur le témoignage oral des contemporains du Christ : discours, récit des paraboles, des miracles, des conflits et autres événements faciles à retenir. Les apôtres privilégient la rencontre personnelle pour communiquer la bonne nouvelle, à l’exemple du Maître : « Amen, amen, je te le dis : nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu, et vous ne recevez pas notre témoignage » (Jean 3, 11). Les premiers textes qui bâtiront le corpus de certains évangiles sont écrits à cette époque notamment celui de Marc, secrétaire et disciple de Pierre.

3. La deuxième génération chrétienne (années 70 à 100). Après la mort des apôtres (sauf Jean qui meurt à Éphèse autour de l’an 100) et de tous ceux qui connurent Jésus, il est nécessaire de coucher par écrit le dépôt de la foi que les diverses communautés chrétiennes avaient fidèlement conservé : c’est la tradition. Cette tradition met l’accent sur les témoignages de Pierre, désigné « pasteur du troupeau » par le Christ lui-même (premier Pape en somme) ; de Jacques (le majeur, grand missionnaire ou le mineur, cousin de Jésus et chef de la communauté chrétienne de Jérusalem, premier évêque en quelque sorte), de Jean (le disciple bien-aimé du Seigneur, auteur du dernier évangile a être écrit) et de Paul de Tarse, « l’apôtre des gentils » qui évangélise le monde romain méditerranéen.

Voici comment Irénée de Lyon, deuxième évêque de la capitale des Gaules, disciple d’un compagnon de l’apôtre Jean, résume la rédaction des évangiles vers l’an 180 dans son ouvrage Contre les hérésies (IIIe vol.)  :

« Matthieu entreprit donc aussi d’écrire son Évangile chez les Hébreux et en leur propre langue, pendant que Pierre et Paul annonçaient l’évangile à Rome et y fondaient l’Église. D’un autre côté, après leur départ, Marc, le disciple et l’interprète de Pierre, nous transmit lui aussi par écrit ce que son maître prêchait, et Luc, le compagnon de Paul, mit dans un livre, l’évangile que celui-ci annonçait. Ensuite Jean, le disciple du Seigneur, qui a reposé sur sa poitrine, publia lui aussi l’Évangile, tandis qu’il habitait à Éphèse en Asie.»

Le commandement de Jésus aux apôtres n’était pas d’écrire, mais de prêcher l’Évangile et de faire des disciples :

« Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé » (Mt 28, 18-22). « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création » (Mc 16, 15). « Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes 1, 8).

Seuls quelques apôtres et leurs plus proches collaborateurs ont ressenti le besoin d’écrire un évangile.

L’Évangile selon Jean dit explicitement:

« Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. » (Jean 20, 30-31).

Et Luc, un médecin, disciple et compagnon de saint Paul, exprime bien pourquoi il a écrit son Évangile :

« Beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui, dès le commencement, furent témoins oculaires et serviteurs de la Parole. C’est pourquoi j’ai décidé, moi aussi, après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début, d’écrire pour toi, excellent Théophile, un exposé suivi, afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements que tu as entendus. » (Luc 1, 3-4)

Voilà pourquoi le Nouveau Testament ne compte que quatre évangiles tandis que Jésus a désigné douze apôtres.

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