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Dernier hommage à Michel Déon

© Angélique Provost
© Angélique Provost
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En images et avec Jean d’Ormesson, retour sur la messe en l’honneur du dernier des Hussards qui a eu lieu mercredi 18 janvier à Saint-Germain-des-Prés.

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Mercredi 18 janvier, il est 10h30 à Saint-Germain-des-Prés. Le froid pince les terrasses du Flore et des Deux Magots, si bien que les radiateurs suspendus ne chauffent que des tables vides. À l’intérieur en revanche, les banquettes sont pleines de visages familiers : quelques journalistes, des critiques littéraires, des hommes de lettres… Tous vêtus d’une sobre élégance et d’un sourire triste. Sur le trottoir d’en face, dans quelques minutes, on se retrouvera pour un dernier hommage au Jeune Homme Vert, au Taxi Mauve, aux Poneys Sauvages, au Balcon de Spetsai

L’heure vient. On se presse. Comme si un mort ne pouvait pas attendre… Sur le parvis, tous ont le droit au sourire amical de Denis Tillinac. Un frisson vous parcourt avant de pousser la vieille porte : et si Paris, décadente à l’image de son maire hostile au retour des cendres d’un académicien sur sa terre natale, n’avait pas jugé utile d’assister à cette messe ? Et puis on se rassure : l’église est comble. Saint-Germain appartient aux Hussards.

Lorsque les trois jeunes prêtres vêtus du violet des jours de deuil et de pénitence remontent l’allée centrale jusqu’à l’autel, l’assemblée se lève avec solennité. Ses cheveux sont blancs : il faut croire que la jeune génération avait mieux à faire que de saluer le génie qu’elle n’aura jamais.

La messe fut simple et belle. Pas de sermon pour la ponctuer. On le comprend aisément : qui oserait jouer les orateurs quand l’hommage d’ouverture est assuré par le grand Jean d’Ormesson ? Il fut le seul à parler. Ils avaient pourtant leurs différends, rappela-t-il : « Je croyais en l’Europe, lui était nationaliste et royaliste ». Il s’octroya une demi-heure d‘éloge et de souvenirs dont nous pouvons vous conter quelques bribes.


Lire aussi notre série sur les Hussards


Il se tenait droit, digne, l’air d’un soldat de la littérature à qui la bataille vient de prendre un camarade. Mais il ne s’agit pas ici de faire l’éloge de Jean d’Ormesson, et nous tâcherons donc de garder nos bons mots pour le vieux Déon. Si pourtant on ne peut s’empêcher d’être admiratif devant l’orateur, que cela soit bien le signe que Michel Déon était un homme de lettres éminemment talentueux pour mériter une telle oraison funèbre. Une oraison oui, car avant de vous redire quelques bons mots prononcés sur la vie du défunt, il nous faut vous dire qu’il y eut, bien que cela ne plût pas à tous, quelques mots d’espoir prononcés sur la vie éternelle.

C’est là-bas sans doute, que se reforment désormais les Hussards, « cette bande d’écrivains qu’il incarnait plus que personne avec Blondin, avec Nimier, avec Jacques Laurent… »

« Tu étais un rebelle » ajoute-t-il plus tard. « Tu n’étais pas un Casanova (…) tu étais très loin des personnages de Marivaux ». Il ne cesse pourtant d’évoquer son charme, qui s’exerça de Coco Chanel à Françoise Sagan, mais aussi, par le biais de l’amitié, sur les hommes : « Ton amitié avec Houellebecq suffirait à nourrir tout un roman, un roman à rebondissements et à épisodes.

Un de tes amis que je n’ai jamais connu est toujours resté mystérieux. Il s’appelait Fraigneau. André Fraigneau était ton ami. Ce qui était un peu paradoxal, il était aussi l’ami de Marguerite Yourcenar.

Quand Fraigneau est mort, Marguerite Yourcenar a écrit un beau poème, qui n’est pas très connu :

Vous ne saurez jamais que votre âme voyage
Comme au fond de mon cœur un doux cœur adopté ;
Et que rien, ni le temps, d’autres amours, ni l’âge,
N’empêcheront jamais que vous ayez été.
Que la beauté du monde a pris votre visage…

(…) Que la beauté du monde a pris votre visage… Je pense que c’est le sentiment que beaucoup d’entre vous, tous, ressentent quand on prononce le nom de Michel Déon. »

Plus loin il poursuit le portrait ainsi :

« De tous ces pays, tu as été surtout attaché aux îles, tu étais l’écrivain des îles. (…) Te souvient-il encore, ma chère Chantal (la femme de Michel Déon, ndla) de ces matins à Syros ou à Spetsai ? Nous refaisions le monde et nous mangions des oursins… »

Et lorsqu’il conclut ses tendres anecdotes de ces mots : « Je pourrais parler de toi pendant des heures, je pourrais écrire un livre ». On n’espère plus qu’une chose : que ce ne soient pas de vains projets.

Enfin nous ajouterons à ces mots de Jean d’Ormesson : « Tu as été comme une sorte d’idole, de protecteur pour un certain nombre d’écrivains plus jeunes que toi de 30 ou 40 ans », qu’il l’est encore et le sera toujours pour les jeunes gens dans la vingtaine que nous sommes.

Bon vent, Michel Déon !


En images :

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