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Aucune souffrance n’est inutile

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John Moore/GettyImages North America/AFP

John Moore/GettyImages North America/AFP

David Mills - Aleteia USA - publié le 19/01/17

Un homme témoigne que les douleurs vécues peuvent nous servir à aider les autres.

Face à la peine, les gens cherchent souvent une réponse magique, une technique, une astuce, quelque chose qui puisse les aider. Et je sais par expérience qu’il n’y en a aucune.

Aucune souffrance n’est inutile. Je veux dire par là que c’est un entraînement. Notre souffrance trouve une utilité dans ce monde et c’est une bénédiction qui rend cette douleur plus supportable.

Hier soir tard, j’étais assis au salon, à fixer la page d’un livre sans vraiment la lire, lorsque j’ai reçu le mail d’un ami.

Il m’écrivait depuis l’hôpital. Un de ses amis venait d’y être reçu après s’est battu contre un cancer du cerveau pendant trois ans et demi. Il me demandait comment l’accompagner au mieux durant cette épreuve. Il s’excusait d’évoquer un sujet douloureux mais il avait vraiment besoin d’aide.

La longue nuit àlhôpital

Je me suis remémoré cette longue nuit passée à l’hôpital au chevet de ma sœur, trois mois plus tôt. Il aura fallu six mois pour qu’elle s’en aille ; six mois que j’ai passé à ses côtés. La douleur que j’ai ressentie cette dernière nuit était insupportable.

Après la mort de ma sœur, les gens me disaient toutes sortes de choses pour me réconforter et m’aider. La compassion s’accompagnait souvent de conseils. Ils pensaient bien faire et la plupart du temps j’étais convaincu de la sincérité de leurs mots, mais malgré tout, je voulais qu’ils se taisent. Qu’ils se taisent et me laissent seul.

En écoutant certaines personnes cela semblait facile. Et c’était justement une partie du problème. Même ceux qui avait été témoins de ma peine parlaient de quelque chose qu’ils ne connaissaient pas vraiment. Leurs propos étaient peut-être justes mais ils les disaient sans en comprendre le sens.

Ceux qui avaient connu cette douleur parlaient souvent très peu. Leurs quelques mots étaient prononcés en connaissance de cause. Même leur « je suis désolé » signifiait beaucoup, parce qu’ils avaient vécu la même chose.

Ils parlaient comme des camarades vétérans et solidaires. Je sentais que nous étions côte à côte dans la bataille. Aucun d’entre eux ne prétendaient avoir de réponse. Ils n’avaient pas besoin d’en dire beaucoup mais ce qu’ils disaient était toujours d’une grande aide. Leur compréhension suffisait.

La réponse

Bien sûr, j’ai tout de suite répondu à mon ami. Les gens qui traversent ce genre d’épreuves cherchent souvent une réponse magique, une technique, une astuce, quelque chose qui pourrait les aider. Je le sais par expérience. Je sais aussi qu’il n’y en a pas. Voici ce que je lui ai écrit :

« Ma réponse n’est pas dramatique et ne semblera peut-être pas satisfaisante, » ai-je écrit. « Mais la seule chose à faire pour l’accompagner est simplement d’être présent. »

Je lui ai dit que d’après mon expérience, et ce que j’ai appris des autres, les malades vont de l’avant en se rapprochant de la mort. Ils n’attendent rien de notre part. Ils ne veulent pas qu’on leur fasse la morale, ils ne veulent pas qu’on entame la conversation. Nous voulons peut-être avoir la conversation cruciale avant la fin, mais pas eux. Il n’y a rien que l’on puisse faire à part être à leur côté. C’est ce que ma sœur voulait.

J’ai parlé à mon ami de la fin de vie. Ma femme et moi avons passé les deux derniers jours avant la mort de Karen à rester près d’elle à tour de rôle. C’est tout ce qu’elle souhaitait. Elle ne voulait pas parler car de toute manière n’y pas grand chose à dire.

Le dernier soir, alors que son état s’aggravait davantage, je me suis assis près elle jusqu’à ce qu’elle décide d’aller à l’hôpital. Lorsque nous y sommes arrivés vers 22h, elle nous avait déjà quitté. Nous avons prié à son chevet et je me suis assis près d’elle le reste de la nuit.

Je lui ai tenu la main en lui chantant des chansons, peut-être plus pour moi que pour elle, bien que certains experts affirment que les morts peuvent nous entendre. Je lui parlais de temps en temps, j’ai prié et j’ai beaucoup pleuré.

Être simplement présent

« Sois juste présent, c’est l’essentiel. »

C’est ce que j’ai écrit à mon ami et ça l’a aidé. La souffrance que j’ai vécu lors du dernier jour passé avec ma sœur s’est révélée utile à quelqu’un qui avait besoin d’entendre les paroles d’un « vétéran ». Cela rend les choses plus supportables quand la vie ne cesse de nous rappeler les douleurs passées. Rappelez-vous toujours : votre souffrance n’est pas inutile.

Tags:
souffrance
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