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Redonner du sens à un monde qui bientôt n’en aura plus

kuloser / Pixabay
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Il est urgent de proposer une perspective humaniste chrétienne renouvelée à la techno-humanité qui émerge.

Curieusement, les théologiens catholiques qui se penchent sur les questions soulevées par le transhumanisme sont pour l’instant peu nombreux. C’est sans doute une erreur, d’autant plus que le transhumanisme parle souvent de religion, soit pour la dénigrer de manière virulente, soit pour y greffer une spiritualité inspirée du new-age. Il est donc important que les théologiens des religions établies réfléchissent sur les changements majeurs qui risquent d’advenir et les conséquences théologiques qu’ils impliquent.

Il n’est pas question d’opposer stérilement une vision réactionnaire du monde à une vision progressiste. Le progrès veut dire aller vers un mieux disait C.S. Lewis, et lorsque quelqu’un se rend compte que ce que l’on définit comme progrès n’en est pas un, qu’il freine et qu’il fait marche arrière pour revenir à l’embranchement où l’on s’est trompé, il est de facto plus proche du but que celui qui continue bêtement à rouler tout droit dans la mauvaise direction.

Plutôt que de se servir de son génie pour améliorer ses conditions d’existence, ce qui est totalement juste, l’homme semble créer quelque chose susceptible de le détruire. C’est le désenchantement et le mécanisme qui dissout l’homme. Fatigué d’être lui-même et non roi juste et volontaire, l’homme s’efface progressivement. Plutôt que de se servir de la projection dans Internet afin d’élargir sa conscience du monde qui l’entoure, il est happé par la Toile et en vient à se considérer comme une cellule impersonnelle d’un corps. Ce corps n’est pas celui du Christ, il est horizontal et immanent, c’est un organisme collectif comme une fourmilière, c’est un corps sans âme…

Et C.S. Lewis toujours, de prophétiser : « L’étape ultime sera atteinte lorsque l’Homme, par l’eugénisme, par le conditionnement prénatal et par une éducation et une propagande fondées sur une psychologie parfaitement appliquée, sera parvenu à exercer un contrôle total sur lui-même. La nature humaine sera la dernière composante de la Nature à capituler devant l’Homme. La bataille sera alors gagnée. Nous aurons ôté le fil de la vie des mains de la Parque et serons désormais libres de façonner notre espèce conformément à notre bon vouloir. La bataille aura, certes, été gagnée, mais qui, exactement, l’aura remportée ? Car, le pouvoir qu’à l’Homme de faire de l’espèce humaine ce qui lui plaît est de fait le pouvoir qu’ont certains hommes de faire des autres ce qui leur plaît. »

Avoir confiance en l’avenir

Peut-être est-il déjà trop tard : « Il aurait fallu qu’une réflexion soit entreprise il y a très longtemps. Il y a une dizaine d’années, il était peut-être encore temps d’imaginer une attitude souple à l’égard de ces évolutions, en contrôlant, en régulant, en restant attentif à ce qui allait se passer. Maintenant c’est trop tard. Les choses ont largement échappé à la régulation. Chaque législation a pris un cours différent. Certains pays ont tout interdit, d’autres autorisent tout. Le seul fait de ces différences crée des interstices dans lesquels peuvent se glisser toutes les pratiques possibles. »


Lire aussi : L’homme serait-il dépassé par les conséquences de ses propres innovations techniques ?


Néanmoins, le christianisme nous apprend à rester droit face aux doctrines extrêmes et à cultiver une certaine confiance en l’avenir. En tant que chrétiens, nous accueillons avec enthousiasme tout progrès technologique concourant à une réelle amélioration de la vie sur Terre. Mais pour que ces améliorations technologiques soient réellement un progrès et non l’avènement d’une dystopie, il faut pouvoir être à même de leur offrir un cadre conceptuel éthique mais aussi philosophique et théologique où elles puissent fleurir sans tourner au cauchemar. Pour le dire de manière encore plus directe, ces technologies émergeront de toute façon, ne pas s’en préoccuper revient à les subir et surtout à se laisser submerger par la philosophie ultra-matérialiste et nihiliste qui les porte. Dans un monde en grande partie touché par une crise économique mais aussi morale et spirituelle, un monde qui oublie Dieu, le moque ou le transforme en idole monstrueuse, un monde où règne une perte de repère, un grand désespoir et un vide de sens patent, il y a une grande attente messianique doublée d’une dangereuse dépréciation de l’humain en tant que tel. Tout alarmisme gardé, cette situation détonante dans laquelle nous vivons pourrait déboucher sur une société encore plus cynique, nihiliste et délétère que celle que nous connaissons actuellement.

Il est donc urgent de proposer une perspective humaniste chrétienne renouvelée à la techno-humanité qui émerge. Un humanisme chrétien qui ne serait pas en réaction passéiste vaine à une hyper-modernité qui s’impose mais tenterait plutôt de l’ensemencer en considérant l’homme dans son intégrité corporello-spirituelle et sa dignité.

Donner de la profondeur au vide 

La volonté du transhumanisme est de dépasser l’espèce, de donner naissance à une nouvelle espèce posthumaine, « le Successeur » de Jean-Michel Truong. Ceci doit nous faire nous réinterroger sur le telos chrétien, la déification de l’être. Cette notion, qui est pourtant au cœur des premiers siècles de la théologie chrétienne, fut un peu mise de côté au cours des siècles (surtout en Occident), non par désaccord mais accent porté sur la morale et une théologie plus rationnelle. Peut-être faudrait-il renouer avec le beau telos chrétien capable de nourrir une forte espérance et de donner un horizon théologique et théocentrique à ce monde en manque de repère et de sens. Au début de la révolution industrielle, le peintre symboliste Henri le Groux avait peint le Grand Chambardement pour exprimer son désarroi face au monde nouveau qui s’imposait.


Lire aussi : Faire disparaître l’humain


Aujourd’hui, nous sommes sans doute à la veille d’un « chambardement » au moins aussi important et il est certainement du devoir des chrétiens de proposer des réponses qui ne soit ni le déni de la lame de fond qui arrive, ni l’opposition absolue aux nouvelles technologies mais plutôt l’accompagnement de celles-ci et leur réception dans un cadre théologique solide et profond. Il faut faire avec le transhumanisme ce que l’Église a toujours fait : non être en réaction mais donner la profondeur et le supplément d’âme sans lequel cette nouvelle société aux pouvoirs colossaux sera dangereusement bâtie sur le vide du non-sens.

Des progrès fantastiques peuvent être accomplis pour le bien de l’humanité si celle-ci évite le piège de la désacralisation totale réduisant le mystère de l’existence à quelques équations. Nous ne pouvons que donner raison au docteur en sciences physiques et en philosophie Dominique Lambert : « Un enjeu majeur pour les chercheurs aujourd’hui est de voir comment développer des technologies qui contribuent réellement à aider, à développer l’homme et les sociétés, sans sombrer dans une négation incohérente de l’humain ou dans un asservissement à des fantasmes de toute-puissance. Je fais le pari qu’un tel développement est non seulement possible mais qu’il est aussi très fructueux pour les technosciences elles-mêmes ».

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