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Plaidoyer pour l’adoption d’un revenu universel

©Pixabay
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Le revenu universel est-il vraiment la porte ouverte à une « société de l'assistanat et du farniente », comme le dit Manuel Valls ?

Depuis quelques jours, avec la candidature à la primaire de la gauche de Benoît Hamon, la question du revenu universel est placée sur le devant de la scène. On a presque oublié que c’était également une proposition portée par certains candidats de la primaire de la droite. Il est vrai que c’étaient des candidats que l’on imaginait difficilement victorieux, contrairement à Benoît Hamon qui semble pouvoir l’emporter. C’était notamment une idée défendue par Jean-Frédéric Poisson, le candidat du parti chrétien-démocrate.

C’est également une idée défendue par Pierre-Yves Gomez dans son ouvrage consacré au travail, L’intelligence du travail (Desclée De Brouwer, 2016). Il y donne cette définition du travail : « J’appelle travail l’activité de l’être humain qui, confronté à des contraintes, produit selon un projet déterminé, quelque chose pouvant servir à d’autres » (p. 16). « Le propre du travail (…), c’est de réaliser quelque chose qui échappe au travailleur, dont le résultat existe en dehors de lui » (p. 29).

Or, comme il le montre avec une profonde acuité, le drame de la vision contemporaine du travail, c’est qu’on l’a réduit à sa dimension financière. Il avait déjà montré en 2013, dans son ouvrage Le travail invisible (Éditions nouvelles François Bourin, 2013), comment la financiarisation de l’économie depuis les années 1980 avait accru un risque, né avec les prémices du capitalisme. Charles Péguy le dénonçait déjà en son temps : « Ces ouvriers ne servaient pas. Ils travaillaient. Ils avaient un honneur, absolu, comme c’est le propre d’un honneur. Il fallait qu’un bâton de chaise fût bien fait. C’était entendu. C’était un primat. Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le salaire ou moyennant le salaire. Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le patron ni pour les connaisseurs ni pour les clients du patron. Il fallait qu’il fût bien fait lui-même, en lui-même, pour lui-même, dans son être même. Une tradition, venue, montée du plus profond de la race, une histoire, un absolu, un honneur voulait que ce bâton de chaise fût bien fait. Toute partie, dans la chaise, qui ne se voyait pas, était exactement aussi parfaitement faite que ce qu’on voyait. C’est le principe même des cathédrales » (extrait de L’Argent, paru en 1913). L’écrivain regrette notamment la disparition du travail dans notre vision de la société, ainsi que la reconnaissance du travailleur. On voit désormais le travail uniquement comme un moyen de générer un profit. Mais le travail en lui-même, le travail vivant n’est plus reconnu : il n’est perçu que comme effort et souffrance, et non cette joie d’agir, de faire, de produire, de concevoir et de créer.

La rémunération comme critère unique du travail 

C’est cette perte de sens du travail vivant qui a conduit à oublier que le travail a longtemps concerné tout un pan de domaines non marchands : le potager cultivé pour toute la famille, mais également toutes les activités de la vie courante accomplies bénévolement au service des autres, dans la sphère familiale et amicale. Que ce soit faire la cuisine, organiser des événements entre amis, bricoler dans sa maison, élever ses enfants, aider un proche à déménager, un nombre considérable d’activités ne sont pas marchandes et ne génèrent pas de revenu et sont pourtant des travaux tout aussi vivants et authentiques.

La financiarisation de l’économie et le monopole des entreprises sur le travail ont conduit à les dévaloriser, à ne plus voir ces activités comme du travail. Participer à l’organisation d’un mariage pour en faire un bel événement qui réjouisse en même temps toute la famille, les amis, les mariés, est-ce un travail ? On répondra non si on le fait gratuitement. Pourtant on trouve des agences de « wedding planner » (en anglais, organisateurs de mariage) qui sont rémunérés pour cela. Dans ces conditions, cette activité devient un travail. Mais sa nature reste la même. C’est donc que c’était déjà un véritable travail, mais qu’on ne le voyait pas.


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La crise du travail d’aujourd’hui, c’est justement qu’on ne définit comme travail une activité qu’à partir du moment où elle est rémunérée et non en fonction de la nature propre de l’activité. D’où l’importance de percevoir la véritable intelligence de l’acte, comme le propose Pierre-Yves Gomez. Si l’on relit sa définition du travail citée plus haut, on voit bien que la question de la rémunération n’en fait pas partie. Il faut donc considérer tout le travail domestique et bénévole qui participe au bien commun comme du travail à part entière, un travail essentiel, et l’on avait pu voir notamment dans une vidéo l’incroyable somme de compétence qu’il faut pour être une mère de famille.

Le revenu universel à l’opposé de l’assistanat 

L’enjeu du revenu universel, c’est justement de reconnaitre l’existence de tout ce travail non marchand et de ne pas voir dans le travail uniquement la source de profit qu’il permet, au salarié comme à l’actionnaire. C’est rémunérer le travail non rémunéré. C’est mettre le travail au service de la dignité des personnes, au service de la vie et de toute la création. Car le premier des travailleurs, n’est-ce pas Dieu lui-même qui nous apprend dans la Genèse comment travailler et percevoir notre travail, indépendamment du revenu qu’il génère ? « Dieu vit tout ce qu’il avait fait : cela était très bon. Il y eut un soir et il y eut un matin : sixième jour. Ainsi furent achevés le ciel et la terre, avec toute leur armée. Dieu conclut au septième jour l’ouvrage qu’il avait fait et, au septième jour, il se reposa, après tout l’ouvrage qu’il avait fait. Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, car il s’était reposé après tout son ouvrage de création. » Joie d’agir, joie de créer, joie de contempler et joie de communier : « Tu es béni, Dieu de l’univers, toi qui nous donnes ce pain, fruit de la terre et du travail des hommes, nous te le présentons ; il deviendra le pain de vie » ainsi débute la liturgie eucharistique à la messe. Les moines bénédictins l’avaient bien compris : « Ora et Labora », prie et travaille, pour te tenir au plus près de Dieu.

Ainsi, le revenu universel ne consisterait pas selon Pierre-Yves Gomez à consacrer l’assistanat ou une société de paresse, mais bien à reconnaitre l’existence de tous ces travaux non rémunérés, tout le travail de notre vie courante non marchande et à redonner toute sa dignité et son importance à ces activités pourtant fondamentales pour l’humanité. Cela permettrait en même temps aux salariés de redécouvrir la véritable nature du travail dans les entreprises comme partout ailleurs pour qu’ils se réapproprient leur travail et le voient tel qu’il est vraiment, à savoir comme l’une des plus belles œuvres de leur liberté et de leur dignité de personnes, et de la manière par excellence d’agir au service des autres et du monde.

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