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On dit que le catholicisme revient. Mais lequel ?

© Hannah Assouline/ Éditions du Cerf/Wikimedia/Facebook/Philip Conrad-Photo12

© Hannah Assouline/ Éditions du Cerf/Wikimedia/Facebook

Jean Duchesne - Publié le 17/01/17

Sa diversité offre le prototype du « vivre-ensemble ».


Lire aussi : Les catholiques ont-ils un problème d’identité ? Deux approches en débat


Depuis quelque temps, il se dit dans les gazettes et sur les écrans de smartphone que le catholicisme reprend du poil de la bête. Surtout depuis qu’un candidat à l’élection présidentielle a osé se dire chrétien. La religion ne serait donc pas en voie de disparition comme prévu ? Il y a non seulement l’islam qui défie la sécularisation, mais encore des gens qui se mêlent des affaires publiques et même de politique au nom de leur foi au Christ !

Michel Onfray et Jean-Luc Marion

Pas de panique, vient de trompeter Michel Onfray dans Décadence(janvier 2016), un pavé de 700 pages qui vient de sortir chez Flammarion : la civilisation judéo-chrétienne est à bout de souffle et condamnée, assure-t-il ; alors l’islam occupe tout simplement le vide qu’elle laisse. En déclarant notre société décadente, le philosophe farouchement anti-establishment et athée reprend ce qu’a déjà dit plusieurs fois Jean-Luc Marion, qui a enseigné la métaphysique à la Sorbonne, et ne fait pas mystère de sa fidélité à l’Église. Il a fait cette analyse dès 2014 dans une intervention sur KTO, et il l’a développée dans sa leçon à la séance solennelle de rentrée de l’Académie catholique de France, le 10 octobre dernier au Collège des Bernardins (texte publié dans la revue Communio de septembre-décembre 2016).

Les deux penseurs se réfèrent explicitement à Nietzsche. Michel Onfray en retient que la Bible et les Évangiles sont usés et ne peuvent plus servir. Tout surnaturel étant disqualifié, il ne reste plus qu’à retrouver un paganisme décomplexé et joyeusement hédoniste, soi-disant préconisé par Nietzsche. Pour Jean-Luc Marion, la décadence, c’est l’incapacité à entrer véritablement en crise, c’est-à-dire à choisir (krinein en grec) avec la liberté que donne le Christ. Ce qui introduit dans l’ère du nihilisme, prédite par Nietzsche, où les « valeurs » n’ont que le prix, fatalement variable et nul à terme, qui leur est attribué sur le marché culturel. Les spécialistes diront si c’est l’athée ou le croyant qui a le mieux compris les aphorismes du philologue et poète allemand. Il est cependant permis de relever que l’homme augmenté du transhumanisme n’a pas grand-chose à voir avec le surhomme nietzschéen et que le philosophe chrétien salue la lucidité de Nietzsche, qui a bien vu le marasme où engluerait, en attendant l’hypothétique avènement du surhomme, le refus du Dieu fait homme, crucifié et ressuscité.

Laurent Dandrieu et Erwan Le Morhedec

La combinaison de cette convergence (inattendue, sur la décadence de l’Occident) et de cette divergence (prévisible, sur l’avenir du christianisme) est compliquée par le fait que le catholicisme est loin d’être le « bloc » qu’imaginent de l’extérieur ses contempteurs. En témoignent deux livres parus ces derniers jours en même temps que celui de Michel Onfray. D’une part, Laurent Dandrieu, critique d’art et de cinéma, récemment auteur (au Cerf) d’une étude bien reçue sur Les Peintres de l’invisible : le Gréco, Rembrandt, Vermeer et autres messagers de l’infini. Il vient de sortir (aux Presses de la Renaissance) un essai dont le titre est éloquent : Église et immigration, le grand malaise. D’autre part, Erwan Le Morhedec, avocat et essayiste, mais aussi blogueur remarqué sous le pseudonyme de Koz, qui s’est battu aussi bien pour défendre Benoît XVI que contre le « mariage pour tous ». L’idée maîtresse de l’ouvrage qu’il publie au Cerf claque sur la couverture comme une gifle : Identitaires : les mauvais génies du christianisme.

Autrement dit, d’un côté on craint que les « valeurs » occidentales, coupées de leurs racines chrétiennes, soient balayées par l’intransigeance religieuse des nouveaux « barbares » misérables qui affluent et que les chrétiens confondent charité et pusillanimité sentimentale ; de l’autre on dénonce une crispation sur des traditions formelles qui étouffent la foi profonde et l’empêchent de se renouveler pour relever les défis de la sécularisation, de la mondialisation et des flux migratoires provoqués par les guerres et la pauvreté.

Combien de catholicismes ?

Pour compléter le tableau au-delà des oppositions binaires et par trop simplistes, La Croix donne presque simultanément les résultats d’une étude sociologique commandée à l’institut de sondage Ipsos. Il n’en ressort pas moins de six types distincts de catholiques… Cette enquête a le mérite de prendre en compte non plus seulement la pratique dominicale, mais encore d’autres formes de piété et les engagements, en signalant la pluralité des orientations politiques. Au vu de cette recherche, l’idée (ou le soupçon) d’un parti clérical bien structuré et hiérarchisé, cherchant à prendre le pouvoir ou à imposer ses marottes rétrogrades (voir la une de Libération le 24 novembre 2016) s’avère relever de la paranoïa.

Et pourtant, cette belle catégorisation laisse insatisfait. D’abord parce qu’il est difficile de se reconnaître dans un seul des « profils » définis. Ensuite parce qu’on aurait aimé voir intégrer d’autres paramètres, notamment l’utilisation du numérique : internet et les « réseaux sociaux » (indices de « contemporanéité »), mais également la présence dans quasiment tous les domaines de catholiques, ni honteux, ni fanatiques. Ce qui amène, enfin, à rappeler que les catholiques ne sont pas que ça. Sauf vocation personnelle et mission institutionnalisée, le baptême ne confère pas une identité particulière parmi d’autres et exclusive de toute autre. La foi ne retire pas du monde ; elle y ouvre et incite à s’y investir ; elle met chaque chose à sa place sans rien gommer. Il n’y a pas que le caritatif et le politique. On peut appartenir à l’Église et s’intéresser aux arts et à la littérature, au sport et aux jeux de société, aux sciences et au jardinage, à son métier et à sa famille…

Il y a des cathos partout, qui n’ont, ni envie ni besoin, ni de se cacher ni de tout contrôler. Peu importe le poids que leur accorde la sociologie. Car leur diversité comme enfants de l’unique Père des cieux offre le prototype du « vivre-ensemble » dont notre « aujourd’hui » est en quête.


Pour aller plus loin : 

La tribune de l’abbé Fabrice Loiseau : « Le christianisme ne sera jamais culturellement ou politiquement neutre »

La tribune de Falk van Gaver sur Charles Péguy : « Toute détestation du temporel est une abomination »

La tribune d’Arnaud Bouthéon : « Identitaires catholiques : la menace fantôme »


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CatholiqueLa TribunePolitique
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