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On a décrypté pour vous l’encyclique « Laudato si’ » du pape François (2/2)

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Le groupe Ora et Labora s'est fixé pour objectif de se consacrer à l'étude de l'encyclique.

Découvrez la 1ère partie de l’article ! 

L’homme et la technique

Au cœur du problème écologique, se trouve donc fondamentalement la relation de l’homme à la nature et ainsi à la technique, qui est une démarche visant à dominer la matière, et dont l’encyclique rappelle qu’elle s’entend de « la tendance de l’esprit humain au dépassement progressif de certains conditionnements matériels ». Une tendance constitutive de l’homme et indissociable de notre humanité profonde.

Si l’encyclique reconnaît que la technique a apporté des bénéfices considérables à l’homme dans tous les domaines et dans toutes les sciences, la technique est désignée avec défiance pour avoir imposé un paradigme unidimensionnel d’action et de compréhension, qui est à la racine de nombreux problèmes écologiques actuels et qui ne saurait apporter seul des solutions durables à ces problèmes.

Benoît XVI expose dans Caritas in Veritate, que « la technique est liée à l’autonomie et à la liberté de l’homme. Elle exprime et affirme avec force la maîtrise de l’esprit sur la matière. L’esprit, rendu ainsi « moins esclave des choses, peut facilement s’élever jusqu’à l’adoration et à la contemplation du Créateur ». La technique permet de dominer la matière, de réduire les risques, d’économiser ses forces et d’améliorer les conditions de vie. Elle répond à la vocation même du travail humain : par la technique, œuvre de son génie, l’homme reconnaît ce qu’il est et accomplit son humanité. » Laudato Si’ ajoute que la technique, facteur de progrès, a porté remède à d’innombrables maux qui nuisaient à l’être humain et le limitaient, et peut même produire du beau.

La technique, facteur déterminant de la société?

À l’inverse, dans la préface du Système Technicien de Jacques Ellul se trouve un résumé prémonitoire des critiques de la technique formulées par l’encyclique Laudato Si’ : « Pour Ellul, la technique est donc le facteur déterminant de la société. Plus que le politique et l’économie. Elle n’est ni bonne ni mauvaise, mais ambivalente. Elle s’auto-accroît en suivant sa propre logique. Elle crée des problèmes qu’elle promet de résoudre grâce à de nouvelles techniques. Elle s’est développée sans aucun contrôle démocratique. Elle est devenue une religion, qui ne supporte pas d’être jugée. Elle renforce l’État, qui la renforce à son tour. Elle épuise les ressources naturelles. Elle uniformise les civilisations. Elle tue la culture. » (Jacques Ellul, Le système technicien, Préface de Jean Luc Porquet, Cherche Midi).

En permettant de dominer la nature qui devient un pur support de l’action humaine, la technique est avant tout puissance. Et pour ceux qui ont la connaissance et le pouvoir économique d’en faire usage, elle leur permet d’élargir leur emprise aux hommes (notamment considérés en tant que travailleurs ou consommateurs). La technique en-soi peut donc être mise en accusation pour être la cause de la dégradation de l’environnement, de l’épuisement des réserves naturelles et de la pollution.

La technique nie la dimension spirituelle de l’homme et de son environnement

Mais non contente de s’imposer comme solution aux problèmes, la technique tend également à s’imposer comme manière de penser ces problèmes, en imposant la rationalité instrumentale, c’est-à-dire que la raison est utilisée de manière exclusive pour répondre aux besoins de l’homme. Dans cette rationalité technocratique, tout est analysé en termes d’efficacité ou de productivité. La question des fins se dissout dans la question des moyens. Matérialiste par méthode, la technique nie la dimension spirituelle de l’homme et de son environnement, de sorte qu’aucune solution purement technique ne saurait constituer une réponse aux problèmes environnementaux que nous connaissons.

Bergson, dans Les deux sources de la religion et de la morale, affirmait que : « Tout progrès matériel nécessite un supplément d’âme ». Ainsi, il est erroné d’affirmer que les problèmes de l’environnement et du développement peuvent être pensés et résolus exclusivement d’un point de vue technologique. Ils nécessitent de remettre la dignité de l’homme au cœur du débat, conformément au principe déjà rappelé plus haut selon lequel « tout est lié ». En somme, le développement ne doit pas être seulement technologique mais intégral. L’Église, sans remettre en question la technique, invite donc à sa « juste application ». Cela implique de conserver une attitude de prudence et de discernement face à la nature et aux finalités des différentes techniques appliquées. À la créativité humaine doit répondre une responsabilité. L’encyclique Laudato Si’ constate qu’il manque aujourd’hui à l’homme « une éthique solide, une culture et une spiritualité qui le limitent réellement et le contiennent dans une abnégation lucide ». (Laudatio Si’, n° 105). L’homme doit se reconnaître enfant de Dieu dans sa créativité et admettre que « sa capacité propre de transformer s’accomplit toujours à partir du premier don originel des choses fait par Dieu ». (Laudatio Si’, n° 105).

La conversion écologique

Fort de ces constats, on se demandera pratiquement comment concilier foi et préoccupations écologiques. Laudato Si’ nous invite à cet effet à une conversion écologique dans laquelle « l’éducation environnementale devrait nous disposer à faire ce saut vers le Mystère, à partir duquel une éthique écologique acquiert son sens le plus profond ». (Laudatio Si’, n° 210).

Ce « saut vers le Mystère » soulève deux objections principales auxquelles l’encyclique propose de répondre.

La première consisterait à dire qu’aucune spiritualité n’est nécessaire, la doctrine, les idées et les valeurs seraient suffisantes. Le pape François répond par la négative, car, si l’on se situe dans la perspective d’une éducation, nous ne sommes pas à la recherche d’aperçus théoriques ou de belles échappées conceptuelles ou rationalistes, mais de nouvelles sources de motivation. Or, il n’est pas possible de s’engager dans de grandes choses, muni seulement d’idées et « sans une mystique qui nous anime ».

La deuxième objection consisterait à opposer écologie et spiritualité, dans la mesure où elles concernent des réalités a priori opposées, l’écologie et la terre d’une part, et la spiritualité et le ciel d’autre part. Là encore, le pape François répond que « la spiritualité n’est déconnectée ni de notre propre corps, ni de la nature, ni des réalités de ce monde ; la spiritualité se vit plutôt avec celles-ci et en elles, en communion avec tout ce qui nous entoure. » (Laudatio Si’, n° 216). La spiritualité chrétienne est spiritualité de l’incarnation. Là où l’humanité conquiert son authenticité, où elle s’accomplit, où l’on travaille à son accomplissement, la lumière évangélique se dévoile.

Vivre sa vocation de protecteur de l’œuvre de Dieu

Cette spiritualité écologique doit engendrer une conversion écologique, puisqu’elle a pour finalité l’obtention d’un changement. Changement qui présuppose de reconnaître ses péchés et ses vices et de se repentir, avant de pouvoir vivre pleinement sa vocation de protecteur de l’œuvre de Dieu. En second lieu, reconnaissant qu’une spiritualité individuelle, et encore moins une spiritualité individualiste, ne saurait apporter les changements nécessaires face au péril que nous connaissons, le Pape François appelle de ses vœux une conversion communautaire.

Une conversion écologique doit se fonder sur la foi au Dieu qui est Trinité créatrice et la conviction que « tout est lié dans le monde », (Laudatio Si’, n° 92). Mais la foi chrétienne n’est pas seulement un ensemble de convictions, de vérités à croire, c’est aussi un mystère à célébrer et une expérience de foi, dont certaines pratiques prennent un relief particulier dans le cadre d’une conversion écologique, notamment, ainsi que le relève le pape François, les sacrements (et en particulier l’eucharistie), l’observance du dimanche, et les bénédicités et les grâces.

Dans un registre plus subjectif, le pape François propose des attitudes d’âme pour vivre cette conversion écologique. On en relève sept : (1) gratitude et gratuité et donc générosité, (2) sens de la connexion, (3) créativité et enthousiasme, (4) sobriété, (5) humilité, (6) paix et (7) présence aux personnes et aux choses.

Enfin, pour adopter ces attitudes d’âme, Laudato Si’ recommande de prendre pour modèles quatre saints : sainte Marie Mère de Dieu, saint Joseph, sainte Thérèse de Lisieux et, enfin, saint François d’Assise, dont un cantique a prêté son nom à l’encyclique.

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